Les priorités du MR pèseront le plus sur les finances publiques, le PS veut lever 18 milliards d’euros de nouvelles taxes

Baptiste Lambert

Le Bureau fédéral du plan s’est penché pour la deuxième fois sur le chiffrage des programmes des partis politiques. Chaque parti a pu soumettre une trentaine de mesures prioritaires dans huit catégories. Leur impact sur les finances publiques a été minutieusement étudié, mais pas seulement. Leur influence sur le pouvoir d’achat, le marché de l’emploi, sur l’environnement ou encore la mobilité a également été prise en compte.

À politique inchangée, le Bureau fédéral du plan rappelle que le déficit devrait atteindre 5,6% du PIB en 2029, avec une dette qui passerait à 116,8%. Selon les priorités soumises par les partis, c’est le programme du MR qui devrait peser le plus sur les finances publiques, puisque le déficit grimperait à 7,6% et la dette s’alourdirait à 121,5%.

À l’autre bout du spectre, on retrouve la N-VA, dont les priorités ramèneraient le déficit à 3,6% et la dette à 108%. Plus étonnamment, c’est le PS qui prend la deuxième place, suivi par le PTB, qui maintiendraient respectivement le déficit à 4,5 et 4,8%, et la dette à 111,6% et 114,1%.

Il est important de noter que les mesures prioritaires soumises par les partis ne permettent pas de réduire le déficit en dessous de la barre des 3%, soit le carcan budgétaire européen. Aucune formation politique ne le fait.

Credit : BFP

Impôts, croissance et emploi

Dans le détail, on remarque que les mesures soumises par le MR influencent surtout la baisse des recettes, c’est-à-dire des taxes. Alors que les priorités d’Ecolo et du PS sont celles qui gonfleront le plus ces mêmes recettes.

Pour le PS, on recense 18,7 milliards d’euros de nouvelles taxes. 5,6 milliards pour la globalisation des revenus (imposer les revenus du patrimoine au même barème que l’IPP), 7,5 milliards pour la taxe sur le patrimoine, 2,9 milliards pour la taxe sur les plus-values ou encore 2,7 milliards d’euros pour la suppression du régime fiscal favorable des stock-options. Ces nouvelles taxes seront toutefois compensées par des réductions d’impôt de l’ordre de 8 milliards : soit autour de 10 milliards de nouvelles recettes.

Ecolo lève autour de 11,8 milliards d’euros de nouveaux impôts et y ajoute 5,2 milliards d’euros avec la suppression de voitures de société.

Au nord du pays, la N-VA met clairement l’accent sur la baisse des dépenses, tout comme l’Open Vld.

Credit : BFP

Avec un tel déficit, c’est le MR qui performe le mieux en termes de gain de croissance, avec 1,7% de croissance annuelle de 2024 à 2029, par rapport au 1,3% du scénario de référence, à politique inchangée. Le PTB et le PS ferment la marche, malgré l’augmentation des recettes. L’augmentation du pouvoir d’achat est également la plus marquée chez les libéraux francophones, alors que là encore, le PS ferme la marche.

C’est aussi le MR qui créerait le plus d’emplois, avec 338.000 nouveaux postes d’ici 2029, contre 199.000 pour le PTB, 240.000 pour le PS et 247.000 pour Ecolo. Avec les priorités du MR, le taux d’emploi grimperait à 75,9% pour les 15-64 ans.

Credit : BFP

Le MR a-t-il joué le jeu ?

Sur les réseaux sociaux, le président du MR, Georges-Louis Bouchez, a très vite dégainé, estimant, à juste titre, être le parti qui augmente le plus la croissance, le pouvoir d’achat, le nombre d’emplois et qui augmente la compétitivité (-3,1% de coût de salaire horaire). Il oublie de dire que ses mesures prioritaires sont aussi celles qui coutent le plus aux finances publiques. Ne voulant pas lever de nouveaux impôts, le MR doit forcément faire baisser les dépenses, mais n’a soumis aucune mesure probante en ce sens au BFP.

On touche ici à un point crucial : les limites de l’exercice. Le BFP n’étudie pas tout le programme des partis, mais certaines mesures phares. Or, toutes les formations politiques n’ont pas pu atteindre les 30 mesures. Le MR est par exemple à 25, là où la N-VA a pu en soumettre 32 et le PS à 19. Notamment parce qu’une partie des mesures proposées n’était pas chiffrable, comme la lutte contre la fraude fiscale et/ou sociale, a nuancé le Bureau fédéral du plan. Une autre partie se trouvait en dehors du cadre législatif défini, voire en dehors de la constitution.

Ensuite, les mesures prioritaires sont laissées au choix des partis : chacun y aura mis les ingrédients qu’il souhaitait. “Globalement, les partis ont joué le jeu”, commente le BFP. Autrement dit, les formations politiques n’ont pas soumis que des cadeaux électoraux, comme cela avait été trop le cas en 2019. “On remarque même qu’une croissance reste possible en limitant le déficit public”, constate le BFP.

Les libéraux francophones ont à cet égard moins joué le jeu : leurs mesures sont celles qui ont le plus d’impact positif, mais qui crée aussi le plus grand trou pour les finances publiques. Ce qui ne manque pas d’être souligné par leurs opposants politiques, le PS en tête, qui fustige “l’argent gratuit du MR”. Les libéraux ne pourront pas se montrer surpris, puisque des discussions régulières ont eu lieu entre les formations politiques et le Bureau fédéral du plan, durant l’élaboration de ce nouvel outil.

Un outil destiné à tout le monde à cette adresse www.dc2024.be et qui permet de voir, dans le détail, l’impact de chaque mesure.

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