Philippe Ledent
Philippe Ledent
L'opinion de Philippe Ledent, senior economist chez ING Belgique, chargé de cours à l'UCL.
Opinion

01/12/10 à 15:59 - Mise à jour à 15:59

Zone euro : arrêter de tourner en rond

En supposant que les pays de la zone euro ont encore la volonté de poursuivre leur destin commun, de grands pas vont encore devoir être franchis dans la construction européenne.

Zone euro : arrêter de tourner en rond

© Isopix

En supposant que les pays de la zone euro ont encore la volonté de poursuivre leur destin commun, de grands pas vont encore devoir être franchis dans la construction européenne. Il faudra avant tout trouver une solution durable au cercle vicieux qui s'est engagé entre les difficultés d'un secteur public surendetté et celles du secteur bancaire encore fragilisé par la crise économique et financière. En effet, toute difficulté financière d'un Etat affecte les secteurs bancaires européens qui sont, rappelons-le, les principaux détenteurs des dettes publiques. Dans le pire des cas, certaines banques devraient alors être renflouées une nouvelle fois par les Etats européens, ce qui mettrait ces derniers davantage en difficulté, et ainsi de suite.

Jusqu'à présent, l'Europe s'est limitée à freiner ce cercle vicieux en contenant le risque de contagion via des aides directes aux pays en difficulté. Cette méthode ne représente néanmoins qu'une solution provisoire. Les quelques pays européens en bonne santé financière peuvent aider les pays les plus en difficulté, mais ne peuvent supporter le poids de tous les problèmes de la zone euro. A long terme, c'est inéluctable, un secteur de l'économie devra payer la facture liée à la sortie du cercle vicieux.

Mauvaises solutions

Les détracteurs du secteur bancaire (nombreux depuis la crise financière) proposeront certainement de laisser certains pays faire défaut sur leur dette, ce qui reviendrait à faire payer la facture par le secteur bancaire européen (ils diront qu'il l'a bien cherché), mais aussi par les compagnies d'assurances, les fonds de pension et les petits épargnants. Mais il serait illusoire de prétendre redresser l'économie européenne dont 80 % du financement se fait via le secteur bancaire... en affaiblissant voire en éradiquant ce dernier.

Par ailleurs, la BCE ne peut pas, au contraire de la Fed, payer la facture en renforçant ses achats d'obligations d'Etat par émission de monnaie. Une telle politique est contraire à ses statuts et présenterait un risque inflationniste à plus long terme. Le poids de la sortie du cercle vicieux serait donc in fine supporté par ceux et celles qui subissent une forte inflation, c'est-à-dire les épargnants. Est-ce bien équitable ?

Equilibre multidimensionnel

La meilleure solution consiste probablement à trouver deux équilibres. D'une part, un équilibre entre un assainissement des finances publiques et une politique économique visant à stimuler la croissance. D'autre part, il s'agit de trouver un équilibre entre une possible restructuration des dettes de certains Etats et les dégâts que de telles annonces peuvent entraîner.

S'agissant du premier équilibre, il est urgent que les Etats arrêtent de vivre au-dessus de leurs moyens. Cependant, stimuler la croissance économique est indispensable à la sortie du cercle vicieux, car n'en déplaise aux adeptes de la décroissance, elle améliore la santé des banques et du budget de l'Etat simultanément. Stimuler la croissance tout en pratiquant l'austérité ne peut néanmoins se faire que par la conduite de réformes structurelles profondes, car les mesures conjoncturelles ou one shot ne suffiront pas cette fois.

C'est une occasion unique de remettre la stratégie de Lisbonne (devenue Europe 2020) au devant de la scène, et d'adapter les recettes qui ont fait le succès de l'Allemagne aux autres pays européens. S'agissant du deuxième équilibre, la possibilité d'une restructuration "contrôlée" doit être discutée : les pertes qu'entraînerait une telle restructuration doivent être supportables pour le secteur bancaire et le financement des Etats qui seront, par leur restructuration, exclus des marchés financiers, doit être assuré par ailleurs. On le voit, le problème est multidimensionnel. Il doit surtout être discuté dans sa globalité au niveau européen. Penser que l'on peut encore maintenir une politique monétaire unique mais des politiques budgétaires nationales est devenu irréaliste.

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