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L'art de la restauration chez Parmigiani Fleurier

31/03/16 à 11:29 - Mise à jour à 13:39

La maison horlogère Parmigiani Fleurier privilégie désormais le produit plutôt que le lifestyle. Son CEO Michel Parmigiani en a expliqué les raisons à Trends Style, sans faire l'impasse sur l'art de la restauration qui reste sa passion première.

L'art de la restauration chez Parmigiani Fleurier

Rares sont les maîtres horlogers ayant autant marqué l'univers de haute horlogerie que le Suisse Michel Parmigiani. A l'origine restaurateur de pendules et autres antiquités, il est devenu en quatre décennies l'un des créateurs les mieux cotés sur le marché international de la mesure du temps. Pourtant, à la veille du 20e anniversaire de sa marque, il a été contraint de licencier un tiers de son personnel - une nouvelle qui a provoqué un choc à Genève et dans la région.

Michel Parmigiani : " Un concours de circonstances est à l'origine des graves difficultés qu'ont connues les marchés. Dans la mesure où ils ne pouvaient pas se permettre de faire marche arrière, un certain nombre de grands groupes cotés en Bourse ont créé auprès des détaillants des surstocks d'un volume inhabituel. Sur des places telles que Hong Kong - le marché le plus important pour nombre de labels horlogers -, cela a donné lieu à des problèmes. D'autant que, ces derniers mois, pour des raisons politiques, cette région ne bénéficiait plus du même afflux de touristes (chinois). De plus, l'Europe a dû faire face aux conséquences des attentats, et le Moyen-Orient s'est trouvé en état de guerre. Une spirale négative qui incite les gens à dépenser moins. "

" En tant que petite entreprise, Parmigiani Fleurier jouit d'une certaine souplesse. Nous avons donc ralenti notre production en vue d'éviter les surstocks, mais il nous a fallu dès lors - et à regret - nous séparer d'un certain nombre de nos collaborateurs dans la production. Tous les autres services, de la recherche de nouveaux modèles au développement, ont pu poursuivre leurs activités au même rythme et avec les mêmes effectifs - soit au total, une centaine de personnes. Nous allons peut-être adapter ou mettre en attente l'une ou l'autre ligne mais il n'est pas question d'en arrêter définitivement. Par ailleurs, nous allons mettre davantage l'accent sur le produit que sur le lifestyle. Cela nous donnera du temps pour tester et affiner nos produits afin qu'ils soient fin prêts à la production dès le moindre signe de relance. "

Que signifie concrètement ce glissement du lifestyle vers le produit ?

" Que nous mettons un terme à certains de nos anciens partenariats. Mais notre collaboration avec le Festival International de Ballons de Château d'Oex se poursuit. "

Parmigiani Fleurier est associé à des marques de premier plan - Pershing, Bugatti. Comment ces collaborations voient-elles généralement le jour ?

" Ces deux marques ont pris spontanément contact avec nous. Normalement, nous déclinons les offres de production de montres sous licence mais, dans ces deux cas, la création restait l'apanage de Parmigiani Fleurier. Nos montres Bugatti sont uniques au monde. Le montage des pièces selon un axe transversal - par analogie avec un moteur automobile - a débouché sur un cadran qui renseigne le temps non pas à plat sur le poignet comme sur une montre traditionnelle, mais d'une façon latérale. En 2004, a été lancé notre premier modèle de montre Bugatti, le Type 370, hommage à la mythique Bugatti Veyron. Les 200 exemplaires produits se sont vendus en un rien de temps. Puis une autre série de montres Bugatti a vu le jour, dont la dernière devait être la Bugatti Galibier mais elle a été mise en attente, cette voiture n'étant jamais sortie. Elle est tout à fait au point et a été testée en profondeur. Nous l'adapterons en fonction de ce qu'il se passera chez Bugatti. Il suffit d'un signal de notre part pour faire démarrer la production. "

La marque ne perd pas pour autant son expertise en matière de restauration.

" Au fil du temps, Parmigiani a acquis une importante notoriété sur ce plan. Le fait que nous ayons réussi à restaurer la Pendule Sympathique de Breguet n'y est pas étranger. Il s'agit d'une pendule sobre, unique en son genre - pour moi, le plus bel objet qu'il m'ait été donné de restaurer. Tout le monde la tenait pour irréparable, ce qui avait été bien précisé lors de sa mise en vente par Sotheby's à Monaco. Mais informé de mes compétences, l'acheteur me l'a confiée. Elle se trouve actuellement dans le musée de Patek Philippe. Aujourd'hui, Parmigiani Fleurier possède toujours un atelier de restauration, exclusivement dédié à la réparation d'objets d'art datant des siècles passés. Pour l'heure, je travaille à une montre de gousset à tourbillon, extrêmement fine et délicate, réalisée jadis à Fleurier, le berceau de notre entreprise. Cette sorte de retour aux racines est exceptionnel. Cela éveille en moi un sentiment particulier car ce genre d'histoire n'arrive que fort rarement. "

L'art de la restauration chez Parmigiani Fleurier

La restauration de la Pendule Sympathique a-t-elle été la plus difficile que vous ayez menée ?

" Non. La plus difficile remonte aux années 1980. A cette époque, mon tout premier client - un collectionneur bâlois - m'a confié une montre de gousset anonyme du 19e siècle dans laquelle j'ai eu à réparer un automate avec illusionniste. La difficulté résidait non pas dans l'aspect 'illusion' mais dans la gestion des six questions auxquelles il donnait des réponses. L'une d'elles devait être glissée sur une plaque dans la montre. Lorsqu'on appuyait sur un bouton, l'illusionniste se mettait en mouvement et exécutait différents gestes dont celui de taper sur une tige, faisant apparaître ainsi la réponse. A la question 'Qu'est-ce qui est rare ?', l'une des six réponses possibles était 'un ami'. La difficulté venait aussi du fait que la montre avait été lourdement détériorée et transformée. Il m'a fallu réinventer et reconstruire le mécanisme, et ce, à une époque où l'on ne disposait pas, comme actuellement, de programmes informatiques, de simulations en 3D et d'autres modes de recherche. Aujourd'hui, une telle restauration serait nettement plus facile. "

L'art de la restauration chez Parmigiani Fleurier

Quelle pièce rêveriez-vous encore de pouvoir restaurer ?

" Mon rêve serait de travailler sur un chef-d'oeuvre tel que celui d'Antide Janvier, un maître horloger français du 18e siècle. Ce planétarium indiquait les positions des planètes, les phases de la lune, les marées, les éclipses du soleil et de la lune, l'équation du temps... et tout cela sur base d'engrenages - du jamais vu à l'époque. Un autre instrument magistral ancien est l'Astrarium de Dondi, appelé parfois 'huitième merveille du monde'. Il n'en existe que quelques répliques. L'une d'elles se trouve au Musée International de l'Horlogerie à La Chaux-de-Fonds, une autre au musée de Padoue et une autre encore au Musée Léonard de Vinci de la Science et de la Technique, à Milan. Cet Astrarium est passé au fil des ans par quantité de mains de sommités. A en croire les livres d'histoire, il aurait été la pièce favorite de Charlemagne. Et, toujours selon la légende, il aurait été détruit par le feu à l'époque de Napoléon, mais il n'existe aucune preuve. Mon rêve est que quelqu'un ayant retrouvé l'original débarque un jour dans mon atelier de restauration (rires). "

Où en sera la marque Parmigiani d'ici 20 ans ?

" Elle sera toujours là. Et bien là. Dix ans, vingt ans, cela passe vite. La marque en elle-même ne changera pas, mais nous allons développer l'aspect mécanique, car nous voulons davantage d'horlogerie et moins de lifestyle. "

La relève est assurée ?

" Absolument. Cinq horlogers ont suivi une formation auprès de moi. Deux en restauration et trois comme constructeurs ou prototypistes. "

TEXTE ANJA VAN DER BORGHT

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