Geert Noels
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Retrouvez chaque semaine l'opinion de Geert Noels, chief economist du gestionnaire de fortune Econowealth.
Opinion

24/03/10 à 15:34 - Mise à jour à 15:34

Solidarité déplacée

La crise financière teste les limites de la solidarité. Les acteurs téméraires et imprudents comptent sur la mémoire courte, la compassion humaine et l'effet de contagion. De cette manière, les fourmis sont de plus en plus obligées de combler les trous creusés par les cigales...

Solidarité déplacée

La crise financière teste les limites de la solidarité. Les acteurs téméraires et imprudents comptent sur la mémoire courte, la compassion humaine et l'effet de contagion. De cette manière, les fourmis sont de plus en plus obligées de combler les trous creusés par les cigales...Vous rappelez-vous l'histoire des trois petits cochons ? Ils bâtissent tous trois une maisonnette mais l'un la construit en paille, l'autre en bois et le troisième en brique. Cette dernière construction nécessite plus de temps et d'effort, ce dont se gaussent les deux autres petits cochons. Mais lorsque le grand méchant loup arrive et détruit leur demeure en un rien de temps, les deux imprévoyants courent en hurlant de peur frapper à la porte de la maison en brique. Faisant preuve de magnanimité, le troisième petit cochon leur offre son hospitalité. Un bien joli conte avec une bien belle morale : soyez prudent et prévoyant mais vous pouvez aussi compter sur la solidarité des autres.

Mais je m'interroge sur la suite de cette histoire. Ces trois petits cochons vivent à présent ensemble. Le propriétaire de la maison est-il toujours seul maître à bord ou doit-il se concerter avec les deux autres avant de prendre des décisions ? Car il n'est désormais plus majoritaire. Si les deux petits cochons imprudents décident de laisser dorénavant les portes ouvertes, ils exposent l'occupant initial à un grave danger. Les deux petits cochons hébergés vont-ils aussi contribuer au chauffage et à l'approvisionnement en eau ? Vu le confort de la maison en brique, vont-ils se construire une maison identique ou bien reconstruire leur bicoque branlante en comptant sur l'éternelle solidarité de leur laborieux sauveur ?

Solidarité à sens unique

Pour un économiste, ce conte n'est donc pas une histoire innocente. L'Allemagne a aussi bâti une maison en brique dans laquelle beaucoup de pays ont entre-temps trouvé refuge. Certains sont parvenus à y entrer en se servant d'un mensonge, de faux prétextes et de promesses ou d'une combinaison de tous ces éléments, comme la Grèce.

Tout le monde ne connaît pas tout le monde : beaucoup ne savent pas que Malte, Chypre et la Slovénie sont déjà membres de la zone euro. Et que constate-t-on ? Que le petit cochon laborieux paie à présent pour presque tous les autres. L'Allemagne assure en effet 86 % des excédents d'épargne de la zone euro.

Cette situation évoque un autre conte, de la plume de Jean de la Fontaine (ou est-ce du stylet du Grec Esope ?) : la cigale et la fourmi. La zone euro ne compte plus que quelques "pays fourmis". Ce n'est pas par hasard qu'il s'agit des vrais pays de base de la zone euro : l'Allemagne, les Pays-Bas, la Finlande, l'Autriche et le Luxembourg. En face, il y a les "pays cigales" ou les "pays du Club Med" qui accumulent 77 % des déficits d'épargne. La sympathie que la France témoigne à l'égard de la Grèce est compréhensible : le Club Med n'est pas pour rien une entreprise française. Et même la Belgique a changé de camp. Les fourmis financent plus ou moins les cigales, en d'autres termes, il y a grosso modo un équilibre dans l'Euroland.

Pas de solidarité sans responsabilité

A présent que le grand méchant loup de la dette est à sa porte, la Grèce trouve que la zone euro doit voler à son secours. Est-ce encore de la solidarité normale ? La Grèce a été admise dans la zone euro sur base de chiffres trafiqués. De ce fait, elle a bénéficié pendant des années d'un taux d'intérêt de loin inférieur à celui qu'elle aurait dû payer si elle n'y était pas entrée mais elle n'a pas profité de cet avantage pour faire des économies. L'Allemagne, par contre, a dû consentir beaucoup de sacrifices au cours de ces 10 dernières années pour arriver là où elle est aujourd'hui. Je donne 100 % raison à Angela Merkel et aux épargnants allemands. La solidarité a ses limites. Les fourmis ne sont pas la cause des problèmes des cigales mais bien les sauveurs. L'alternative est que l'unique fourmi quitte la maison et s'en construise une nouvelle en brique. L'euro a plus besoin de l'Allemagne que l'Allemagne de l'euro. A moins qu'il s'en trouve encore parmi vous qui croient aux contes de fées...

Réactions : trends@econopolis.be

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