Lire la chronique d'Amid Faljaoui
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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

02/05/14 à 10:38 - Mise à jour à 10:38

Salaire des grands patrons : ne pas confondre entrepreneurs et dirigeants salariés

Les PDG surpayés font aujourd'hui l'objet de critiques virulantes de la part de petits actionnaires qui ont trop souvent l'impression que les salariés de luxe que sont les PDG de sociétés cotées en Bourse, jouent sur du velours en abusant du principe, "pile, je gagne et face tu perds"...

Ces dernières semaines, les hausses de salaires de certains grands patrons de sociétés cotées en Bourse sont restées en travers de la gorge de quelques actionnaires. C'était le cas, par exemple, pour un tiers des actionnaires de la banque britannique Barclays qui ont refusé d'approuver les salaires de la direction, jugés excessifs. La veille, c'était le cas aussi pour les actionnaires de Coca-Cola qui jugeaient excessif le paquet d'actions que comptait donner la société à 6400 dirigeants du groupe, car cela revenait à leur donner une moyenne de 2,6 millions de dollars par personne. Dans ces deux cas, la fronde des actionnaires n'a pas débouché sur un changement et les actionnaires ont fini par voter ce qu'on leur demandait. D'autres ont pu bloquer la hausse des salaires des dirigeants lorsque, par exemple, l'actionnaire principal est l'Etat. C'est, par exemple, le cas de RBS, une banque britannique qui a été sauvée par les derniers publics et le représentant de l'Etat s'est donc opposé à une proposition visant à porter les bonus à deux fois les salaires fixes !

Au fond, si aujourd'hui, les actionnaires n'hésitent pas à ruer dans les brancards, c'est parce qu'ils se rendent compte que la paie des dirigeants n'a pas toujours un lien avec leurs performances contrairement à ce que l'on a dit pendant des années. D'abord, elle choque sur le plan éthique, car le discours consiste souvent à dire que si les salaires des PDG de sociétés cotées sont si élevés, c'est la mondialisation qui le veut, c'est le marché, il faut pouvoir retenir les compétences. Là encore, on peut douter de ces arguments. Cela veut dire que la mondialisation pousse les salaires à la baisse pour les ouvriers et à la hausse pour les PDG. Les ouvriers seraient donc également en droit de demander que l'on nomme un PDG chinois ou polonais qui ferait le même travail, mais moins cher !

Par ailleurs, si les bonus et autres stock options étaient liés aux performances, cela se saurait. Pas mal de PDG de sociétés cotées, et notamment dans le secteur financier, ont détruit de la valeur actionnariale pendant la période de crise, et pourtant leurs bonus des années précédant la crise n'ont pas été remboursés. Pire, ils n'ont pu être dégommés que moyennant le paiement d'une indemnité importante (et quasi motivante !). C'est ce qui fait dire à certains commentateurs, que le système des stock-options est un système vicié basé sur le principe du "pile je gagne, face tu perds". Autrement dit, on partage les gains, mais on ne se soucie pas des pertes assumées par les autres ! C'est à cause de cette mentalité, propre à certaines sociétés cotées, que finalement l'ensemble des patrons est hélas mal vu et parfois mal traité fiscalement comme c'est le cas en France (taxation des 75% au-delà d'un million d'euros de salaire).

Ce qui est injuste, car on confond de la sorte entrepreneurs et dirigeants salariés. Or, il est vital, par exemple, pour la Belgique d'avoir des entrepreneurs et que ceux-ci aient une possibilité de faire fortune en Belgique, sans devoir s'exiler. La raison en est simple : être entrepreneur demande tant de nuits sans sommeil, tant de vacances sacrifiées et tant de dommages familiaux que plus personne ne voudra être entrepreneur s'il n'y a pas moyen de faire fortune. Donc, dans le débat sur les salaires, nuançons et ne confondons pas les quelques salariés de luxe que sont certains PDG de sociétés cotées (je dis bien certains) et les entrepreneurs qui, eux, mettent leur propre argent en danger

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