Tsipras critique le FMI et son "étrange position"

24/06/15 à 11:42 - Mise à jour à 14:10

Source: Belga

La Grèce et ses créanciers ne peuvent plus se permettre aucun faux pas pour éviter au pays un défaut de paiement imminent, et vont tenter de se rapprocher d'un épilogue avec une nouvelle réunion au sommet avec notamment le Premier ministre grec Alexis Tsipras.

Tsipras critique le FMI et son "étrange position"

Alexis Tsipras © Reuters

Sa venue à Bruxelles mercredi intervient avant une nouvelle réunion de l'Eurogroupe dans la soirée. Il était déjà dans la capitale européenne deux jours plus tôt pour un sommet, convoqué en urgence, pour aborder le dossier grec.

M. Tsipras doit rencontrer vers midi les dirigeants de la BCE et du FMI, Mario Draghi et Christine Lagarde, ainsi que Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, Klaus Regling, à la tête du fonds de soutien de la zone euro (MES), et Jeroen Dijsselbloem, le patron de la zone euro.

Cette rencontre, organisée par la Commission européenne, s'apparente à un nouveau "grand oral" pour le dirigeant de gauche radicale, alors que les négociations restent "difficiles", selon un diplomate, cinq jours avant la date-butoir d'un remboursement de quelque 1,5 milliard d'euros au FMI qui alimente les craintes de défaut de paiement.

Blocage du FMI ?

M. Tsipras a par ailleurs critiqué la position de "certaines institutions", visant le FMI, qui n'accepte pas "des mesures compensatoires" que la Grèce avait proposées, selon une source gouvernementale grecque.

"En s'adressant à ses collaborateurs avant de quitter Athènes pour Bruxelles" où il doit rencontrer les dirigeants des créanciers (UE, BCE et FMI), Alexis Tsipras a déploré "l'insistance de certaines institutions (créanciers) qui n'acceptent pas des mesures compensatoires", a indiqué cette source. Il visait le Fonds monétaire international, qui selon le gouvernement grec, n'accepte pas certaines des propositions grecques, a indiqué à l'AFP une autre source gouvernementale.

"Le refus des mesures compensatoires ne s'est produit nulle part. Ni en Irlande ni au Portugal, nulle part!", a-t-il dit selon cette source.

"Cette position étrange cache deux éventualités: soit elles (ces institutions) ne veulent pas d'accord soit elles servent des intérêts spécifiques en Grèce", selon le Premier ministre.

Le déblocage d'une tranche de prêt des créanciers en suspens depuis l'été dernier (7,2 milliards d'euros), ou à défaut un geste financier de la BCE, sera nécessaire pour qu'Athènes honore cette échéance.

La tenue de cette nouvelle réunion au sommet avec "les grands patrons" au sein des créanciers est le signe que les négociations coincent toujours, laisse entendre le diplomate interrogé.

Plus optimiste, une source au fait des discussions a elle évoqué "un climat positif, réaliste et déterminé à parvenir à une conclusion" rapidement.

La dernière ligne droite des dernières négociations ?

"Nous entrons dans la dernière ligne droite des négociations et nous espérons qu'elles seront les dernières", a déclaré mercredi matin le ministre grec des Finances Yanis Varoufakis, qui va accompagner M. Tsipras ce midi.

Avant la rencontre avec M. Tsipras, les responsables européens et du FMI doivent s'entretenir en petit comité pour "se coordonner et faire le point" avant la réunion de l'Eurogroupe, la troisième en une semaine, elle-même prélude à un sommet prévu jeudi et vendredi.

Pour obtenir l'aide promise, Athènes a présenté lundi de nouvelles propositions, basées surtout sur une hausse des taxes, qui prévoient des économies de 8 milliards d'euros à effectuer en 2015 et 2016. Elles ont été jugées relativement positives par les créanciers en vue de la conclusion d'un accord.

Saluant une reprise constructive du dialogue, Européens et FMI avaient toutefois averti lundi qu'il restait beaucoup de chemin à parcourir. "Un travail vraiment intensif" reste à faire avec la Grèce, avait alors souligné la chancelière allemande Angela Merkel.

Les discussions s'étaient poursuivies entre experts mardi à Bruxelles, où certains négociateurs grecs sont restés après les réunions de lundi.

Si la partie grecque accepte le principe d'un budget en excédent primaire (le solde du budget hors charge de la dette) de 1% cette année et 2% l'an prochain, qui a longtemps été l'un des points d'achoppement des discussions, elle bloque sur la répartition des différents taux de TVA et la réforme des retraites.

Selon une source proche des négociations, les créanciers ont demandé à Athènes d'augmenter la TVA sur les hôtels et restaurants à 23%, ce qui toucherait principalement les touristes étrangers et permettrait d'atteindre les objectifs budgétaires, en ne touchant pas à la TVA à 13% sur l'électricité et à 6% sur les médicaments, deux points sensibles dans un pays éreinté par six années de récession et touché par un chômage de masse.

Si un accord est trouvé dans les 48 heures, ce sera la conclusion de négociations "au forceps" de plus de cinq mois et à une série de réunions en urgence et négociations présentées à chaque fois comme celles de la dernière chance.

Mais il faudra encore que M. Tsipras le fasse approuver par son Parlement, ce qui pourrait s'avérer très délicat, et d'autres Parlements, dont le Bundestag allemand, devront se prononcer dans les jours qui suivent. Là encore, la partie n'est pas gagnée d'avance.

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