Pourquoi DSK dérangeait au FMI

17/05/11 à 11:06 - Mise à jour à 11:06

Source: Trends-Tendances

Si le bilan des trois ans et demi de Dominique Strauss-Kahn à la tête du Fonds monétaire international est généralement positif, certains ne sont pas mécontents de le voir partir.

Pourquoi DSK dérangeait au FMI

© Bloomberg

Trop européen

Si les Européens ont tendance à applaudir le rôle clé que joue DSK depuis un an et demi pour sauver l'euro et soutenir les pays en difficulté, les observateurs extérieurs ont un regard plus critique sur son bilan. Le fait qu'un tiers des engagements du fonds soient consacrés à l'Europe ( 30 milliards d'euros pour la Grèce, 17,5 pour l'Irlande et 26 pour le Portugal) fait en effet grincer les dents des Etats-Unis, du Canada et des grands pays émergents qui se demandent si cette "générosité" ne se fait pas au détriment d'autres régions du monde. Selon Simon Ward, économiste du fond Henderson interrogé par The Telegraph, "il y a probablement au FMI des gens qui ne sont pas d'accord avec l'échelle des ressources dédiées" à l'Europe. A l'époque du sauvetage de la Grèce, le représentant républicain américain Mike Pence avait même tenté de faire passer une loi interdisant au FMI de secourir les états européens ayant dépassé les limites de Maastricht.

De fait, DSK a été très impliqué personnellement dans le sauvetage des pays européens. Dès dimanche, les médias grecs ont estimé que le gouvernement socialiste grec de Georges Papandréou avait "perdu un allié". La télévision publique Net a rappelé que le chef du FMI "avait aidé la Grèce" lors des négociations avec l'UE pour décrocher l'aide au pays, face au "nein" des Allemands qui ont traîné des pieds pendant plusieurs mois en 2010 avant d'accepter de participer à un plan de sauvetage.

Trop souple

Cela pourrait surprendre les Grecs et les Irlandais qui subissent les contrecoups de l'austérité imposée par le FMI, mais certains actionnaires du fonds trouvent que DSK a été trop indulgent avec eux. Les Asiatiques en particulier, qui conservent le souvenir amer du traitement reçu de la part du FMI lors de la crise de 1997-98, ne voient pas pourquoi les conditions demandées aux Européens sont plus flexibles.

C'est sûr qu'en comparaison avec Bruxelles et surtout Berlin, le FMI fait figure d'ange. "Malgré une unité officielle entre le FMI et l'UE, DSK a toujours été plus sensible que l'UE à la situation difficile de Papandreou et à la nécessité de ne pas appliquer une pression intenable sur la Grèce", explique au New York Times Yanis Varoufakis, professeur d'économie à l'Université d'Athènes. Pour preuve, DSK plaide depuis déjà plusieurs mois pour une prolongation des délais de remboursement de la dette grecque. Aujourd'hui, c'est la possibilité d'un second plan de sauvetage qui risque d'être compromise si DSK n'est plus là pour défendre Athènes.

Avec l'Irlande aussi le FMI s'est monté plus conciliant que Bruxelles au moment de négocier les conditions de l'aide. Il a en effet rapidement cédé sur la question de l'impôt sur les sociétés et a obtenu l'allongement d'un an de la période accordée à l'Irlande pour rentrer dans les clous budgétaires. Le FMI aurait également essayé de faire participer les créanciers privés des banques irlandaises, détenteurs de dette publique, dans le plan de sauvetage afin de soulager un peu le contribuable. Là encore c'est Bruxelles qui aurait refusé.

Selon Rob Cox de Reuters, cette relative "douceur" de l'approche de DSK reflétait ses ambitions présidentielles françaises. En tant que futur candidat socialiste, il ne pouvait se permettre d'être trop dur avec la Grèce. Avec son départ, des remèdes plus "traditionnels" pourraient donc s'imposer de nouveau.

Pas assez orthodoxe

Sous la direction de DSK, le FMI s'est ouvert à davantage de débats. Une ouverture qui n'était pas du goût des faucons de l'institution. S'ils ne donnaient jamais lieu à de réels changements de politiques, certains articles publiés ont néanmoins abordé des thèmes jusqu'à là tabous tels que les contrôles de capitaux, la taxe sur les transactions financières ou encore les inégalités comme cause de la crise. L'article de l'économiste en chef Olivier Blanchard sur les avantages de laisser filer l'inflation à 4% avait particulièrement fait sensation. Ainsi, "le changement à la tête du FMI sera l'occasion de rappeler que l'institution n'est pas un think tank chargé de nourrir le débat sur la politique économique, estime sur Atlantico l'économiste Jean Marc Daniel. L'isolationnisme ambiant à Washington et le provincialisme qui s'installe à Bruxelles et à Berlin militent pour un retour à une approche très technique des dossiers traités par le FMI."

Une occasion pour les pays émergents ?

Traditionnellement, le directeur du FMI est un Européen. Or le départ précipité de DSK pourrait apporter de l'eau au moulin des grands pays émergents qui ne cessent de contester le monopole des Occidentaux sur la direction des institutions de Bretton Woods et de demander un processus de nomination "ouvert, transparent et basé sur le mérite. Ainsi, le poste pourrait bien être confié pour la première fois à un représentant d'un des pays émergents. Et déjà les Européens montent au créneau. "Il est préférable que l'Europe continue à occuper ce poste", a estimé lundi le ministre des Finances Belge Didier Reynders. "Dans cette phase, il y a de bonnes raisons pour dire que l'Europe a de bons candidats", a renchéri la chancelière allemande Angela Merkel.

Cela n'empêche pas des noms non européens de circuler : le ministre des finances de Singapoure Tharman Shanmugaratnam, l'ancien ministre des finances d'Afrique du Sud Trevor Manuel, l'ancien ministre de l'économie turc Kemal Dervis, ou encore l'ancien gouverneur de la banque centrale chinoise et actuel conseiller au FMI Zhu Min. Les émergents aiment à rappeler que s'ils avaient plus de voix au FMI, ils auraient plus confiance en la volonté du fonds de leur porter secours en cas de crise. Ainsi, ils seraient moins enclins à accumuler des montagnes de réserves de change, ce qui permettrait de réduire les déséquilibres mondiaux tant décriés.

Laura Raim, L'Expansion.com

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