Christophe De Caevel
Christophe De Caevel
Journaliste Trends-Tendances
Opinion

19/08/16 à 15:54 - Mise à jour à 17:01

'Les bons résultats économiques proviennent-ils vraiment de l'action du gouvernement ?'

En cette période olympique, l'économie belge se met aussi à battre des records. Sur le premier semestre de l'année, le volume des offres d'emploi a ainsi atteint son niveau le plus élevé en 10 ans, dépassant même les chiffres d'avant la crise.

'Les bons résultats économiques proviennent-ils vraiment de l'action du gouvernement ?'

© BELGA

Il ne s'agit pas d'un feu de paille : la progression s'intensifie chaque trimestre depuis le début 2015 et elle atteint carrément les 30 % (oui, 30 pour cent ! ) sur le deuxième trimestre par rapport à la même période l'an dernier. Parallèlement, les données semestrielles de l'Onem indiquent une chute des emplois détruits en raison d'une faillite et cela pour la deuxième année consécutive.

Le vent d'optimisme est corroboré par une enquête du bureau de recrutement Robert Half auprès de 200 chefs d'entreprise belges. Six sur 10 envisagent d'engager du personnel au cours du second semestre 2016, un chiffre en hausse de 12 % par rapport à la même enquête l'an dernier. Une partie concernera bien entendu le remplacement de collaborateurs en partance mais 26 % des intentions de recrutement conduiront à des créations de postes et des augmentations d'effectifs. La progression des offres d'emploi devrait donc se poursuivre sur l'ensemble de l'année 2016. De quoi conforter les prévisions de la Banque nationale qui table sur la création de 140.000 emplois en trois ans.

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Six chefs d'entreprise belges sur 10 envisagent d'engager du personnel au cours du second semestre 2016.

Les résultats sont indéniables. Mais proviennent-ils directement des politiques gouvernementales ? On se gardera bien d'avancer une réponse péremptoire. Disons que la baisse des cotisations sociales et le saut d'index n'ont, à tout le moins, pas freiné le mouvement de regain de confiance dans les rangs patronaux. Et que la baisse attendue de l'impôt des sociétés pourrait l'accentuer demain.

La hausse de l'emploi est notamment soutenue par le travail intérimaire. Le volume moyen d'heures prestées en tant qu'intérimaires augmente en effet pour le 11e trimestre consécutif. Une telle inscription dans la durée atteste sans doute d'une évolution de fond du marché du travail : souvent analysé comme une rampe de lancement vers un emploi salarié classique, l'intérim devient peu à peu la norme de fonctionnement des entreprises, en tout cas pour certains métiers. La clé est évidemment la recherche de la flexibilité pour adapter les effectifs aux pics et creux de production. La croissance du nombre de travailleurs indépendants (+20 % depuis 2000) s'inscrit aussi dans cette évolution. Ce contexte montre à quel point le débat autour du projet de loi sur la flexibilité du ministre de l'Emploi Kris Peeters constitue un enjeu fondamental pour l'avenir de l'économie belge.

Autre enjeu de Kris Peeters : la réforme de la loi sur la compétitivité. La Belgique a nettement redressé la barre par rapport à ses voisins mais l'inflation pourrait inverser le cours des choses. Depuis quelque temps, notre pays connaît une inflation supérieure à celle de ses voisins. Ce n'est en soi pas un problème - surtout au vu des niveaux qui restent historiquement faibles - sauf que chez nous, cette inflation se répercute directement dans les salaires, via l'indexation. Cela risque de gommer les gains de compétitivité constatés ces dernières années. D'où vient cette inflation si particulière ? D'une part, de hausses fiscales qu'il faudrait peut-être neutraliser, au moins partiellement, dans le calcul de l'index (le déblocage de l'index a été anticipé de huit mois en raison de choix fiscaux des gouvernements fédéral et flamand) ; d'autre part, du prix comparativement élevé des services (télécoms, égouttage, déchets, etc., soit des secteurs où les pouvoirs publics sont très présents). Kris Peeters a sollicité une étude à ce propos, dans l'espoir de pouvoir pointer d'éventuels dysfonctionnements et d'y remédier. Ce sera très utile, pour ne pas dire indispensable, si la Belgique veut continuer à battre des records sans attendre la prochaine année olympique.

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