La Grèce est-elle enfin sauvée?

04/05/10 à 14:43 - Mise à jour à 14:43

Source: Trends-Tendances

De sa crise de liquidités à court et moyen terme, oui. De sa crise budgétaire, le doute persiste. De sa crise économique, certainement pas. Explications.

La Grèce est-elle enfin sauvée?

© Reuters

De sa crise de liquidités à court et moyen terme, oui. De sa crise budgétaire, le doute persiste. De sa crise économique, certainement pas. Explications.

Jamais un pays n'avait encore obtenu un prêt d'un tel montant : les pays de la zone euro et les FMI se sont engagés à verser - sous conditions - 110 milliards d'euros à la Grèce sur trois ans. Un plan de sauvetage d'une ampleur inédite. La crise grecque est cependant loin d'être finie.

L'enveloppe de 110 milliards est-elle suffisante ?

La Grèce a besoin d'argent, de beaucoup d'argent pour financer sa dette colossale, proche cette année de 300 milliards d'euros et qui devrait culminer en 2013 à près de 150% PIB du pays. Or le pays, qui traverse la pire crise financière de son histoire, ne parvient plus à se financer sur les marchés en émettant des obligations. Ou alors à un coût prohibitif. Les prêts de l'UE et du FMI à un taux "préférentiel" de 5% sont donc les bienvenus. Ils vont permettre à la Grèce d'éviter d'avoir recours aux marchés financiers pendant au moins 12 mois selon des analystes de Goldman Sachs, 18 mois selon le FMI voire quasiment trois ans selon Natixis. Pour Philippe Sabuco, économiste chez BNP Paribas, ce plan "offre à la Grèce une vraie bouffée d'oxygène, du temps pour assainir ses finances sans subir la pression des marchés". "Cela est de nature à rassurer les marchés", assure-t-il.

La pression des marchés est-elle redescendue ?

Un peu, même si les marchés financiers ont accueilli l'aide mise en place pour la Grèce avec scepticisme. La situation s'est améliorée - modérément - sur le front des emprunts d'Etat grecs, dont les taux restent à des niveaux très élevés (autour de 8,59% pour les obligations à 10 ans et 9% pour les obligations à deux ans). Les Bourses européennes ont clôturé globalement en hausse lundi 3 mai, mais l'euro restait en dessous de 1,32 dollar. Mais qu'importe puisque la Grèce entend désormais et pour au moins un an se passer des marchés.

La Grèce peut-elle réussir à assainir ses finances publiques ?

En contrepartie de l'aide financière de l'UE et du FMI, Athènes s'engage à réduire de plus de dix points son déficit budgétaire d'ici à 2014, soit l'équivalent de 30 milliards d'euros d'économies. Coupes des salaires des fonctionnaires et des dépenses publiques, gel des retraites, hausse de la TVA, de la fiscalité et des taxes sur l'alcool, les cigarettes et l'essence sont au menu du gouvernement grec. Au regard des analystes économiques, ce plan d'ajustement est "faisable". "A condition qu'il soit bien mis en place", prévient Laurence Boone de Barclay's Capital. Politiquement, son adoption par le Parlement grec ne fait pas de doute, la majorité socialiste au pouvoir bénéficiant du soutien du principal parti de droite. En revanche, la pilule aura plus de mal à passer dans l'opinion publique.

Les Grecs sont-ils prêts à accepter cette cure d'austérité ?

Même si le soutien populaire apporté à la personne du Premier ministre George Papandréou reste fort, les études d'opinion montrent une opposition grandissante aux mesures d'austérité. Car pour les Grecs, le plan est surtout synonyme d'efforts douloureux : la vie va devenir plus chère, leur pouvoir d'achat va baisser et le chômage risque d'exploser. Le secteur public, le premier visé par les mesures de rigueur, est le plus hostile. Les syndicats sont déjà prêts à batailler contre cette thérapie de choc. Ils appellent à une nouvelle - la troisième en moins de trois mois - journée nationale de grève mercredi 5 mai. La mobilisation aura valeur de test de la capacité du gouvernement à imposer son plan.

Quand la Grèce va-t-elle sortir de la crise ?

La contrepartie de cette rigueur budgétaire est la récession, qui s'annonce plus grave que prévue -recul d'au moins 4% du PIB cette année et de 2,6% en 2011, après -2% en 2009. "Lutter contre la crise économique, telle est désormais la priorité de la Grèce", estime Philippe Sabuco. Or "ce nouveau programme d'assainissement budgétaire aura un effet dépressif sur la demande intérieure, ce qui pourrait se traduire, à terme, par des recettes fiscales moins importantes que prévu", ajoute l'économiste de BNP Paribas. Afin de soutenir le retour de la croissance, attendue en 2012 (+1,1% de hausse de PIB selon Athènes), le gouvernement grec prévoit de rendre plus flexible le marché de l'emploi. Il entend aussi lutter contre l'évasion fiscale ce qui, selon des économistes, pourrait renflouer le budget grec de plusieurs points de pourcentage - l'économie du marché noir représente entre 20 et 40% du PIB grec. Néanmoins, déplore Laurence Boone, "il y a peu de détails dans le plan grec sur des réformes structurelles destinées à élever la croissance du pays". L''économie grecque souffre en effet de plusieurs faiblesses : elle n'est pas compétitive et dépendante de secteurs cycliques à moindre valeur ajoutée (le transport maritime, le tourisme et l'agroalimentaire).

Trends.be, L'Expansion.com

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