Grèce: l'accord au Parlement, danger pour Tsipras

15/07/15 à 17:27 - Mise à jour à 17:27

Source: Belga

L'accord entre la Grèce et ses créanciers devait être adopté ce mercredi au Parlement grec, mais avec un risque pour Alexis Tsipras de perdre sa majorité parlementaire, tandis que le FMI a semé le trouble en demandant une nouvelle fois un fort allègement de la dette d'Athènes par l'Europe.

Grèce: l'accord au Parlement, danger pour Tsipras

Alexis Tsipras © Reuters

Clé de sa démonstration de bonne volonté aux créanciers, avant d'espérer obtenir dans quelques semaines un troisième plan d'aide d'au moins 80 milliards d'euros, le gouvernement de M. Tsipras a déposé dès mardi soir le projet de loi à faire voter "d'ici au 15 juillet", selon les termes de l'accord signé lundi matin à Bruxelles. Il s'agit notamment d'une hausse de la TVA, et de l'adoption d'une règle d'or budgétaire.

M. Tsipras s'est expliqué mardi soir lors d'une interview télévisée sur les raisons qui l'ont poussé à signer, dans un climat de grande tension, ce texte qui est loin d'alléger l'austérité rejetée pourtant à 61% le 5 juillet par les Grecs, lors du référendum. "J'assume mes responsabilités pour toute erreur que j'ai pu commettre, a-t-il déclaré, j'assume la responsabilité d'un texte auquel je ne crois pas mais que j'ai signé pour éviter un désastre au pays", en l'occurrence une sortie de l'euro en forme de plongée dans l'inconnu.

Il peut s'appuyer sur un sondage Kapa Research pour le journal To Vima -- réalisé sur un échantillon de 700 personnes -- révélant que, bien que très partagés sur les termes de l'accord, 70,1% des Grecs pensent que le Parlement doit l'adopter.

Reste à savoir qui des 300 députés votera pour. Les grands partis d'opposition, Nouvelle Démocratie (conservateurs), Pasok (socialistes) et Potami (centre-gauche), réunissant 106 députés à eux trois, y ont appelé.

Déprimant

Désormais, c'est de l'attitude de la gauche de Syriza (149 députés) et de l'allié de droite souverainiste ANEL (13 députés) que risque de dépendre la composition future du gouvernement grec, voire son chef.

Le président d'ANEL Panos Kammenos, ministre de la Défense, a vigoureusement critiqué l'accord, ce qui ne préjuge pas du vote de celui en qui M. Tsipras a vanté mardi un allié "resté à ses côtés", avec lequel il a des rapports "parfaits".

Difficile aussi d'évaluer les comptes chez Syriza, dont 32 députés avaient manifesté des réticences (15 "oui mais", 2 non, 8 abstentions et 7 absents) lors du vote sur le principe-même des négociations du week-end, vendredi dernier.

Il y aura de toute façon des défections de poids comme la puissante présidente du Parlement Zoé Konstantopoulou, ou le ministre de l'Energie Panagiotis Lafazanis, qui privilégie "les alternatives", comme un retour à la drachme.

Nadia Valavani, députée et cadre de Syriza, a carrément remis son portefeuille de ministre adjoint des Finances, écrivant à M. Tsipras : "la solution qui nous est imposée aujourd'hui d'une façon si déprimante, n'est pas viable. Ni pour eux (l'Europe), ni pour le peuple (grec) ni pour le pays".

M. Tsipras, qui se décrit en "capitaine de navire", n'a pas voulu dire ce qu'il ferait des dissidents, "questions de procédure" interne qu'il a reléguées à plus tard.

Les banques fermées encore un mois ?

Au passage, il a fait comprendre que les banques, fermées depuis le 29 juin, pourraient encore le rester au moins un mois, jusqu'à l'accord final sur un troisième plan. Il a espéré que la BCE, dont le conseil des gouverneurs se réunit jeudi, augmenterait le plafond de l'aide d'urgence aux banques, afin que les Grecs puissent retirer un peu plus que les 60 euros quotidiens qu'on leur impose depuis deux semaines.

Le Premier ministre a signé en espérant l'ouverture ultérieure d'une discussion sur un aménagement de la dette grecque, qui approche de 180% du PIB.

Or le FMI, un des trois créanciers avec l'UE et la BCE, a semé le trouble mardi soir, publiant, après des fuites dans la presse, un document assurant que la dette grecque est "totalement non-viable" et doit subir une forte cure d'amaigrissement, soit par une longue extension des délais de remboursement, soit, préférablement, par un allègement pur et simple, auquel les Européens sont opposés pour l'instant.

"Solution concrète et ambitieuse"

Les statuts du FMI l'empêchant d'accorder des prêts à un pays dont il estime la dette non-viable, "nous avons besoin d'une solution concrète et ambitieuse" au problème de la dette pour réintervenir en Grèce, a fait comprendre un haut cadre du Fonds sous couvert d'anonymat.

Il était difficile de juger de l'impact de cette prise de position sur la suite des négociations, notamment avant le vote par plusieurs Parlements européens de l'accord de lundi, parfois dans des pays très remontés contre la Grèce comme la Lettonie ou la Slovaquie.

Le secrétaire américain au Trésor Jacob Lew - les Etats-Unis, très vigilants à éviter que le problème grec ne vire au désastre, ont aussi la plus forte quote-part mondiale au FMI - a en tout cas annoncé une visite en Allemagne et en France mercredi et jeudi pour discuter "de la voie à suivre pour la Grèce au sein de la zone euro".

Le vote du Parlement grec se fait mercredi sur fond de grève des fonctionnaires grecs à l'appel du syndicat Adedy, la première depuis l'arrivée de Syriza au pouvoir, qui ralentissait l'activité des transports ou des hôpitaux en milieu de journée, sans la bloquer.

Une manifestation contre l'accord devait se dérouler mercredi soir devant le Parlement.

Un financement d'urgence via un fonds communautaire ?

La Commission européenne a par ailleurs proposé le recours à un fonds communautaire comme solution pour un financement d'urgence de la Grèce, malgré les réticences de plusieurs Etats dont la Grande-Bretagne, afin de répondre aux besoins d'Athènes en attendant le déblocage d'un éventuel troisième plan d'aide.

L'accord de lundi ne règle pas la question du financement à court terme du pays, au bord du gouffre financier, dans l'attente de la mise en place d'un éventuel plan d'aide. Les Européens ont mis à l'étude plusieurs options, toutes qualifiées de "très complexes", pour éviter que les efforts des dernières semaines ne soient réduits à néant.

La Commission pousse pour l'option du fonds communautaire, alors que le temps presse pour assurer le "pont" financier dont a besoin la Grèce dès les prochains jours: déjà en défaut de paiement vis-à-vis du FMI, le pays doit rembourser le 20 juillet 4,2 milliards d'euros à la Banque centrale européenne (BCE).

Au total, ses besoins de financement sont évalués à 12 milliards d'euros d'ici à la mi-août, mais la proposition de la Commission, rendue publique mercredi, couvre la seule période allant jusqu'à fin juillet, soit 7 milliards d'euros.

"L'Union mettra à disposition de la Grèce un prêt d'un montant maximum de sept milliards d'euros, avec une maturité maximum de trois mois", explique le document. La Commission émet également comme condition que le parlement grec approuve mercredi soir la série de mesures de réforme promises.

Plusieurs responsables européens avaient auparavant évalué à quatre semaines le délai minimum nécessaire pour la mise en place d'un plan d'aide.

La proposition de la Commission a été transmise au Conseil européen, qui représente les 28 Etats membres de l'Union européenne et devra l'adopter à la majorité qualifiée, et au Parlement européen pour information.

Il s'agit de réactiver le FESM, un fonds de la Commission européenne disposant d'une capacité de 13 milliards d'euros qui avait participé au renflouement de l'économie de l'Irlande et du Portugal.

"Ce n'est pas une option simple", concède le vice-président de la Commission européenne Valdis Dombrovskis, qui estime qu'il n'y a toutefois aucune perspective de prêts bilatéraux et que les autres options sont moins réalistes. Le Letton a reconnu qu'il y avait "un problème politique", étant donné qu'il avait été convenu qu'après la création du Fonds européen de stabilité financière (FESF) et le Mécanisme européen de stabilité (MES), le FESM ne pourrait plus être sollicité par les pays de la zone euro.

La Grande-Bretagne, non membre de la zone euro, a exprimé de fortes réserves quant au recours à ce fonds. "La zone euro doit régler ses propres factures", avait affirmé dès mardi le ministre des Finances britannique George Osborne.

Selon Londres, la Suède et le Danemark ont eux aussi émis des doutes sur cette proposition. La République Tchèque, elle, s'y est dite opposée. L'Allemagne s'est aussi montrée réticente. Mardi, son ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, avait estimé que l'option du fonds communautaire n'était "pas très constructive".

Valdis Dombrovskis a d'ores et déjà promis un règlement qui doit protéger les intérêts financiers des pays non membres de la zone euro dans le cas où Athènes ne serait pas en mesure de rembourser l'emprunt, par exemple en mettant en garantie les bénéfices que la BCE engendre sur les obligations grecques.

En savoir plus sur:

Nos partenaires