Christophe De Caevel
Christophe De Caevel
Journaliste Trends-Tendances
Opinion

13/10/14 à 12:18 - Mise à jour à 12:18

Elio Di Rupo face au risque du mandat de trop

Elio Di Rupo a décidé de briguer un quatrième mandat consécutif à la présidence du parti socialiste. Son mandat de trop ? Il occupe la fonction depuis quinze ans.

Elio Di Rupo face au risque du mandat de trop

© Belga

Le mandat de Di Rupo courrait jusqu'au printemps 2015. Il a cependant choisi d'anticiper les choses et de fixer l'élection présidentielle interne aux 21 et 22 novembre prochains. Pour l'heure, il est l'unique candidat déclaré pour ce scrutin. Pourquoi le bourgmestre de Mons a-t-il voulu accélérer ainsi le calendrier ? Officiellement pour que "le parti soit pleinement en ordre de marche pour relever les défis liés à la situation politique actuelle, en particulier au niveau fédéral". Elio Di Rupo a sans doute besoin de cette campagne interne pour re-légitimer un discours "à gauche toutes", après un mandat de Premier ministre au cours duquel il a avant tout incarné les compromis avec trois des quatre partis de l'actuel gouvernement de Charles Michel.

Ses talents de stratège politique et d'habile communicateur seront également précieux, alors que le PS va à la fois fustiger les économies fédérales et défendre les coupes dans les dépenses dans les Régions et Communautés. Mais néanmoins, la question se pose: Elio Di Rupo ne tente-t-il pas le mandat de trop ?

Lors de la dernière campagne électorale, il avait en effet été éclipsé par Paul Magnette, le président faisant fonction qu'il avait lui-même désigné. C'est bien le Carolo plus que le Premier ministre sortant qui a incarné la ligne socialiste. C'est lui, par exemple, qui a mené les deux débats face au leader de la N-VA, Bart De Wever. Pas de méprise: on ne dit pas que Magnette a joué "perso" durant cette période, au contraire même, mais il s'est vraiment révélé dans la fonction, générant un sentiment diffus de passation de témoins entre deux générations, faisant pour la première fois apparaître Elio Di Rupo comme un homme du passé.

Le désormais ex-Premier ministre sait évidemment tout cela. En anticipant le calendrier, il bétonne sa position: qui oserait aujourd'hui le défier et prendre le risque de diviser durablement le parti, alors qu'il doit mener une opposition résolue face au "gouvernement de l'ultra droite"? Même Charles Michel ne rêve pas d'un pareil cadeau...

Dans six ou sept mois, en revanche, tout pourrait être différent: la mobilisation syndicale inciterait peut-être à mettre en avant une personnalité plus marquée à gauche qu'un Di Rupo, au profil très social-démocrate et qui doit assumer les mesures du gouvernement qu'il a dirigé. À l'inverse, un regain de popularité de Charles Michel pousserait à un renouvellement des cadres face au plus jeune Premier ministre de l'histoire. Pour Elio Di Rupo, 63 ans, c'était donc le bon moment pour agir, avant qu'un ou une rival(e) potentiel(le) ne se profile ou que les circonstances politiques ne plaident pour une autre option. Mais cela ne gomme pas ces circonstances, qui pourraient bien transformer de 4e mandat présidentiel en un mandat de trop.

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