Lire la chronique d'Amid Faljaoui
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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

07/07/14 à 10:48 - Mise à jour à 10:48

La dette est un poison dont la carte de crédit est le porte-drapeau

Voir, dans une vidéo dite informative, un jeune garçon d'une dizaine d'années, expliquer que la vie est nettement plus simple grâce à une carte de crédit, peut mettre mal à l'aise la plupart des parents.

Ce sont mes confrères du journal L'Echo qui m'ont alerté sur cette vidéo britannique initiée par une start-up dénommée Osper. Cette start-up britannique a créé une application destinée aux jeunes de 8 à 18 ans qui leur permet d'effectuer eux-mêmes leurs achats, et cela, soit avec leurs smartphones, soit directement avec une carte de crédit à leur nom.

Bien entendu, la start-up a prévu les éventuelles critiques et a donc imposé qu'au moins un des parents dispose d'une adresse email et d'une tablette ou d'un smartphone pour suivre en direct les transactions de leurs enfants. Car les achats des enfants sont directement débités sur la carte bancaire des parents qui ont imposé un plafond à ne pas dépasser au préalable.

Pour s'assurer encore que cette application ne soit pas trop critiquée, ses initiateurs l'ont évidemment présentée de façon ludique, mais aussi scolaire afin qu'elle soit perçue comme une sorte de programme pédagogique. Bref, le discours officiel de cette start-up, c'est qu'elle prépare les enfants à la gestion financière de leur vie d'adulte.

Voilà pour l'histoire officielle telle que racontée par nos amis du journal L'Echo. En réalité, c'est un malaise qui se dégage de cette application. Si nous sommes en crise profonde aujourd'hui, c'est en partie parce que nos Etats et nos ménages se sont endettés plus que de raison. Le seul pays qui s'en tire vraiment, c'est l'Allemagne. Quand l'Allemagne jouait à la fourmi, les pays du sud comme l'Espagne ou le Portugal jouaient à la cigale. Si l'immobilier aux Pays-Bas a chuté à ce point, c'est parce que le gouvernement le subsidiait fiscalement avant la crise. Bref, si le marché immobilier hollandais se porte si mal, c'est parce que les citoyens se sont endettés plus que de raison avec la complicité fiscale du gouvernement.

On l'a compris à travers ces exemples, la dette est un poison, et une carte de crédit son porte-drapeau. Est-ce vraiment ce qu'on veut à l'avenir ? Que sous prétexte d'apprendre aux enfants âgés de 8 ans à gérer leur argent, on leur apprend en réalité qu'une dette fait partie de la vie réelle. Sans compter que l'argent qui n'a pas été gagné, ne serait-ce que via un petit job d'étudiant, est de l'argent virtuel. Au final, cette start-up britannique rend un très mauvais service aux enfants et aux parents qui succomberaient à ce deal. Le plus étonnant, c'est qu'après la crise de 2008 des initiatives pareilles peuvent encore voir le jour. Ils n'ont décidément rien compris.

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