Guy Legrand
Opinion

06/06/13 à 10:19 - Mise à jour à 10:19

Et voilà l'Amérique dans le rouge!

Peut-on se réjouir du malheur des autres ? Non, bien sûr ! Mais peut-être s'en consoler... Les indicateurs économiques publiés lundi dernier de part et d'autre de l'Atlantique ont de quoi mettre un peu de baume au coeur des Européens, face à une Amérique qui semble vouloir les mettre à genoux...

Les indicateurs en question, ce sont les indices ISM et PMI. Peu connus d'un public même averti, ils sont suivis de très près par les économistes et plus encore par les acteurs des marchés financiers, aussi vrai qu'ils reflètent le sentiment des entreprises pour les mois à venir.

Le premier est compilé par l'Institute for Supply Management. Appelé ISM pour simplifier, cet indice synthétise les réponses obtenues auprès d'un grand nombre de dirigeants de société. A la manière du célèbre Ifo allemand, ou encore de la courbe synthétique calculée par la Banque nationale de Belgique. L'indice ISM a été, en partenariat, dupliqué ailleurs dans le monde, sous le nom PMI. Comme son cousin américain, le PMI européen existe en versions manufacturing (industrie) et services. Tous deux ont le niveau 50 pour pivot. Un chiffre supérieur indique une expansion de l'activité, un chiffre inférieur une régression.

Pour en revenir aux Etats-Unis, l'ISM manufacturing se situait à 50,7 en avril. Les plus optimistes l'attendaient à 54 en mai, les plus pessimistes à 49. Ces derniers avaient raison. A 49, cet indice est à son niveau le plus bas depuis juin 2009. Il s'était envolé au lendemain de la crise, jusqu'à tutoyer le niveau 60 deux ans plus tard. Depuis, il s'étiole impitoyablement, avec une moyenne de 57,3 en 2010, de 55,2 en 2011 et de 51,7 à peine l'an dernier. Aux Etats-Unis non plus, la reprise économique n'est décidément plus ce qu'elle était. Le chiffre de mai est d'autant plus inquiétant que les composantes les plus sensibles de cet indice, à savoir la production et les commandes reçues, sont en recul très accentué. Et que plusieurs des entreprises interrogées signalent un décrochage vers le milieu du mois de mai. L'indice ISM sera-t-il dès lors en nouveau repli ce mois-ci ?

L'ISM industriel américain reste supérieur à son comparse européen, qui affiche 48,3 en mai. L'écart s'est cependant réduit à 0,7 point, contre 6,5 en juillet 2012. L'Europe se redresse après avoir lourdement chuté en 2011, tandis que les Etats-Unis, qui avaient mieux résisté, perdent un peu pied. Soyons juste : l'écart reste énorme au niveau des indicateurs relatifs aux services. L'ISM américain s'affiche à 53,1 en avril et on l'attendait un peu en hausse pour mai (le chiffre a été publié le 5 juin). Notre PMI, lui, fait pâle figure, avec un malheureux 47,5. Globalement, on observe une stabilisation de part et d'autre de l'Atlantique. Avec une différence de taille : l'Europe a connu une lourde chute en 2011, pas les Etats-Unis. Aujourd'hui, le Vieux Continent a cessé de perdre du terrain et rattrape même quelque peu son retard. On s'en voudrait de ne pas le relever...

GUY LEGRAND

Nos partenaires