Lire la chronique d'Amid Faljaoui
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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

23/01/12 à 11:30 - Mise à jour à 11:30

Et si les marchés financiers avaient tort ?

Et si cette crise de la dette démontrait chaque jour que les marchés financiers ont tort ? Dire que les marchés financiers ont tort, c'est dire que, contrairement à ce qu'on écrit et dit depuis 30 ou 40 ans, les marchés financiers ne sont pas efficients.

Et si cette crise de la dette démontrait chaque jour que les marchés financiers ont tort ? Dire que les marchés financiers ont tort, c'est dire que, contrairement à ce qu'on écrit et dit depuis 30 ou 40 ans, les marchés financiers ne sont pas efficients. En entendant cela, certains professeurs de finance risquent d'avaler de travers leur petit déjeuner.

Pourtant, c'est ce qu'ose dire et surtout démontrer André Orléan, directeur de recherche au CNRS en France. Il vient de publier un livre, L'Empire de la valeur, qui affirme en gros que nos gouvernants politiques ont faux sur toute la ligne en accordant trop d'importance à la finance. Pour lui, la solution de la crise de la dette passe d'abord par la "définanciarisation" de nos économies.

La thèse de cet économiste tient en une phrase : les prix sur lesquels reposent les marchés financiers sont tronqués, pour ne pas dire totalement faux ! En effet, un marché physique se base sur la loi de l'offre et de la demande pour donner un prix. Plus un bien - que ce soit des pommes ou du champagne - est rare, plus son prix est en principe élevé.

L'erreur de la finance moderne est d'avoir étendu cette analyse du marché des biens physiques aux marchés financiers. Si, sur le marché physique, l'équilibre des prix dépend de la rareté des biens, ce n'est pas le cas pour les marchés financiers. Et pour cause : sur ces marchés, les prix évoluent en fonction de l'anticipation des futurs revenus. Les investisseurs sont à la fois des acheteurs et des vendeurs d'actifs financiers en fonction des anticipations qu'ils ont de leur rendement futur.

Le résultat de tout cela est que, lorsque le prix d'un actif financier monte, la demande ne baisse pas nécessairement comme ce serait le cas sur un marché des biens physiques. Pourquoi ? Parce qu'ici, les investisseurs peuvent anticiper que le prix de cet actif financier augmentera encore. Dans ce cas, ils spéculent...

Voilà pourquoi, nous dit André Orléan, les marchés financiers sont si volatils, donnent naissance à des bulles et déstabilisent l'économie réelle. Autrement dit, les prix fixés par les marchés financiers sont faux. Conclusion d'André Orléan : les marchés financiers sont inefficients, contrairement à tout ce qu'on nous répète depuis les années 1970. Reste à savoir par quoi les remplacer. Mais ça, c'est une autre histoire.

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