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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

22/11/16 à 11:13 - Mise à jour à 11:24

Les grandes entreprises aussi sont dépendantes des lois de la physique

C'est étonnant mais vrai: les grandes entreprises vivent moins longtemps que nous. Les déboires de Lehman Brothers hier, et de Blackberry ou de Yahoo aujourd'hui montrent ou plutôt nous rappellent que les entreprises, elles aussi, disparaissent. Raison pour laquelle nos enfant doivent se préparer à changer plusieurs fois de jobs dans leur vie, surtout qu'à l'inverse des entreprises, leur espérance de vie a fortement augmenté.

Les grandes entreprises aussi sont dépendantes des lois de la physique

© Getty Images/iStockphoto

Lorsqu'un employé est déçu par son entreprise et qu'il veut justifier son désengagement à son égard, il a parfois tendance à dire autour de lui comme justificatif "qu'après tout, il n'a qu'une vie alors que l'entreprise, elle, sera toujours là, quoiqu'il arrive".

L'entreprise serait, en résumé, immortelle alors que nous, notre temps serait compté. En fait, rien n'est plus faux. Aujourd'hui, les entreprises - y compris et surtout les plus prestigieuses - vivent nettement moins longtemps que nous. C'est fou comme constatation, mais elle a été validée par le célèbre cabinet de consulting McKinsey.

Selon leur étude, la vie moyenne d'une société cotée - et on ne parle donc pas de la PME du coin - était de 61 ans en 1958 et n'est plus que de 18 ans aujourd'hui. Donc, sauf exception, une société cotée n'arrive plus à l'âge adulte aujourd'hui. Pourquoi ? Parce qu'elle est soit rachetée, soit fusionnée avec une autre, ou alors, elle tombe en faillite.

En fait, ce que l'on découvre ou plutôt redécouvre aujourd'hui nous disent nos confrères du Temps, c'est que les grandes entreprises sont aussi dépendantes des lois de la physique et en premier lieu de la deuxième loi de la thermodynamique qui stipule "que tout système est confronté à des déperditions d'énergie". Les physiciens appellent cela l'entropie. "Ce système ne peut fonctionner qu'avec un apport constant de cette même énergie".

En clair, adapté au monde l'entreprise, cette deuxième loi de la thermodynamique stipule, selon nos confrères du Temps, que "plus les entreprises sont grandes, et plus elles demandent une attention et une énergie grandissante pour leur propre fonctionnement. A la fin, elles passent plus de temps à se gérer elles-mêmes qu'à gérer leurs clients".

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L'entreprise serait, en résumé, immortelle alors que nous, notre temps serait compté.

C'est terrible comme constat, mais je suis sûr que vous reconnaitrez sans problème telle ou telle entreprise qui répond à ces critères. Sans compter qu'avec la pression des actionnaires, et un monde économique qui devient de plus en plus complexe, la durée de vie moyenne d'un dirigeant d'entreprise est de seulement 4 ans aujourd'hui.

C'est la raison pour laquelle beaucoup de dirigeants d'entreprises cotées en Bourse font des bêtises, car ils savent que leur temps est compté, et ils essaient de maximiser la valeur des actions qu'ils ont reçues sur un bref délai. Et tant pis si la décision d'investissement n'est pas bonne pour l'entreprise à plus long terme. En d'autres mots, les dirigeants des grandes sociétés cotées sont devenus myopes exactement comme les hommes politiques qui par nécessité sont déjà focalisés sur la prochaine élection.

Donc, oui, notre espérance de vie a augmenté fortement, et 50% des enfants nés au début de ce siècle peuvent espérer vivre 100 ans, alors que les sociétés cotées sont réduites à 18 ans. Le message pour nos enfants est simple et clair : ils ne connaitront pas la stabilité de l'emploi auprès d'un seul ou deux employeurs, ils devront être mobiles en permanence et prêts à changer d'entreprise et même de statut social plusieurs fois dans leur vie. Faut-il s'en plaindre ? Après toute la vie, n'est-ce pas aussi le mouvement ?

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