IBPT : Les cinq défis du nouveau gendarme des télécoms

20/04/10 à 16:30 - Mise à jour à 16:30

Source: Trends-Tendances

Une concurrence faiblarde et des tarifs élevés : le marché belge des télécoms ne fonctionne pas de manière optimale. Luc Hindryckx, le nouveau patron du régulateur du secteur, estime qu'il est temps de prendre les mesures nécessaires pour "mieux huiler le marché".

IBPT : Les cinq défis du nouveau gendarme des télécoms

© Thinkstock

"La situation est critique." Douze ans après la libéralisation du marché des télécoms chez nous, le nouveau président de l'Institut belge des services postaux et des télécommunications (IBPT), Luc Hindryckx, ne peut que dresser un constat d'échec : il y a moins de concurrence aujourd'hui qu'il y a 10 ans et les opérateurs étrangers ne se bousculent pas pour investir dans notre pays. La faute à qui ?

Depuis quelques années, c'est précisément l'IBPT, le gendarme du marché, qui a souvent été pointé du doigt par les acteurs du secteur : les opérateurs alternatifs lui reprochent de ne pas être assez sévère avec Belgacom, Test-Achats souligne régulièrement que l'IBPT est un des régulateurs les plus faibles en Europe, tandis que Belgacom a pris pour mauvaise habitude de contester toutes les décisions du régulateur en justice. Et même si les pouvoirs de l'IBPT ont été renforcés en mai 2009, tout le monde s'accorde à dire que ses moyens en personnel qualifié et en ressources financières restent nettement insuffisants.

Autant dire que la tâche qui attend Luc Hindryckx et les autres membres du nouveau conseil de l'Institut ne s'annonce pas des plus faciles. "Notre rôle sera de créer une nouvelle dynamique sur le marché belge des télécoms, explique le président. Aujourd'hui, il y a trop de cailloux et de grains de sable qui empêchent les processus de fonctionner correctement. Il faut mieux huiler tout ça."

Pour y arriver, le nouveau conseil planche depuis son entrée en fonction, en novembre dernier, sur un plan stratégique, qui sera présenté au secteur dans les semaines à venir. La plupart des opérateurs belges fondent beaucoup d'espoirs dans cet IBPT new look. Voici comment l'Institut compte répondre à leurs attentes.

1. Devenir plus indépendantet plus respecté

Le moins que l'on puisse écrire est que la désignation d'un nouveau conseil pour l'IBPT ne s'est pas faite sans mal : elle a duré six mois de plus que prévu et surtout, elle a donné lieu à quelques solides affrontements au sein du gouvernement fédéral, particulièrement entre libéraux et socialistes, ces derniers acceptant difficilement de voir leurs candidats évincés. Mais au final, les membres du conseil ont bel et bien été choisis par un jury indépendant, présidé par le professeur de l'UCL Paul Nihoul, ce qui a contribuéà la "dépolitisation" de l'Institut.

"Le fait d'avoir été choisis sur base d'un processus de sélection très professionnel nous donne clairement une certaine autorité légitime, confirme Luc Hindryckx. Même les autres régulateurs européens ont été impressionnés." Le fait que les quatre membres du conseil disposent tous d'une expérience dans le secteur privé renforce également la crédibilité du "nouvel" IBPT : Luc Hindryckx a notamment travaillé pour Global One, Level 3 et Telenet, Catherine Rutten (qui était déjà membre du conseil précédent) pour BT, Axel Desmedt pour France Télécom, tandis que Charles Cuvelliez a travaillé entre autres pour Belgacom, KPN Orange et Orange Business Services.

Le nouveau conseil jouit donc clairement d'une certaine crédibilité sur la ligne de départ. Mais cela ne suffit pas : Luc Hindryckx insiste également sur l'importance de se faire respecter, ce qui était loin d'être toujours le cas pour le conseil précédent. "Nous ne serons pas un chien qui ne fait qu'aboyer, prévient-il. Nous utiliserons tous les moyens à notre disposition pour faire respecter nos décisions. Notre objectif est de faire de l'IBPT un régulateur fort, indépendant et respecté."

2. Prendre des décisions plus rapidement

Quelques semaines à peine après son entrée en fonction, le nouveau conseil de l'IBPT a frappé un grand coup en proposant une baisse drastique et rapide des tarifs de terminaison sur les réseaux mobiles, débloquant ainsi un dossier qui stagnait depuis des mois. Certes, Luc Hindryckx reconnaît avoir profité du travail réalisé par l'équipe précédente ("le dossier était dans un état d'avancement qui faisait qu'il n'y avait plus aucune raison d'attendre") mais il n'empêche : le ton est donné.

Fait assez inhabituel pour l'IBPT : un communiqué de presse a même été envoyé aux différentes rédactions du pays pour expliquer cette décision, avec comme objectif évident d'améliorer l'image de l'Institut. "Désormais, nous avons l'intention de prendre notre communication en main", précise Luc Hindryckx. Après le dossier des tarifs de terminaison, qui a été soumis à la consultation du secteur mais qui devrait être bouclé en juillet, l'IBPT compte sortir d'autres dossiers importants du frigo : la faible concurrence sur le marché de l'Internet haut débit, l'analyse des coûts réels de Belgacom, l'alignement des câblos (en particulier Telenet et VOO) sur le même cadre régulatoire que les autres opérateurs télécoms...

"Le travail est en cours mais il ne faut pas mettre la charrue avant les boeufs ni définir les résultats finaux avant même de commencer, précise le président. Il faut que les processus soient rigoureux." Cela dit, Luc Hindryckx le promet : l'IBPT arrivera avec des projets de décision avant la fin de cette année.

3. Réserver le même traitement à tous les acteurs du marché

Par le passé, le régulateur des télécoms a parfois été accusé d'être trop clément vis-à-vis de Belgacom. "Nous souhaitons avoir une ligne cohérente, répond le président de l'Institut. Nous analyserons tous les dossiers de la même manière, qu'ils concernent Proximus, Mobistar ou n'importe quel autre opérateur." Pour prouver que l'IBPT veut désormais être "accessible"à tous les acteurs du secteur, le nouveau conseil a rencontré individuellement une trentaine de sociétés depuis le début de cette année.

D'autres devraient suivre dans les semaines et les mois à venir, l'Institut voulant à tout prix éviter de donner l'impression de se trouver dans une tour d'ivoire. "C'est ce que j'appelle une offensive d'écoute active, sourit Luc Hindryckx. Pour rétablir la confiance, nous voulons rencontrer tous les opérateurs pendant au moins deux heures en les laissant aborder tous les sujets dont ils veulent parler."

4. Avoir une vision plus claire sur l'avenir

Selon le nouveau président de l'IBPT, le faible taux d'investissement des opérateurs télécoms étrangers sur le marché belge s'explique notamment par l'incertitude régulatoire, qui ne permet pas d'avoir une visibilité sur plusieurs années. D'où l'importance pour lui de fixer un plan stratégique clair pour les cinq à 10 ans à venir, dans l'espoir que cela amènera des groupes étrangers à s'intéresser à nouveau à la Belgique.

"Il est du devoir d'un institut comme le nôtre de susciter l'investissement et la création d'emploi", estime Luc Hindryckx. C'est notamment pour cette raison que le président de l'IBPT est un partisan de la quatrième licence de téléphonie mobile, alors que celle-ci ne fait pourtant pas l'unanimité en raison du très faible nombre de candidats intéressés et de la petite taille du marché belge. "L'Internet mobile va devenir très important, souligne-t-il. Aujourd'hui, on est à moins de 6 % de pénétration de cette technologie en Belgique, ce qui est négligeable. Un quatrième opérateur va non seulement permettre de doper ce marché, mais pourrait également redynamiser le secteur de l'Internet fixe."

5. Obtenir les moyensnécessaires

"Les attentes vis-à-vis du nouveau conseil de l'IBPT sont importantes, et c'est légitime, mais si on veut des résultats, il faut donner au régulateur les moyens de ses ambitions !" Selon Luc Hindryckx, le gendarme belge des télécoms ne pourra être réellement efficace que si on lui accorde davantage de moyens.

"Lorsqu'on compare nos effectifs avec ceux des autres régulateurs européens, on constate qu'aux Pays-Bas, il y a 44 experts qui s'occupent des analyses de marché et qu'en France ils sont encore bien plus nombreux, alors que nous fonctionnons avec seulement 14 experts, raconte-t-il. Bien sûr, il y en a qui rétorquent que le marché belge est plus petit mais en réalité, l'analyse de marché ne dépend pas de la taille du pays concerné. Au contraire : on peut même dire que cette analyse demande davantage de travail chez nous que dans les pays voisins, vu la complexité institutionnelle de la Belgique." Le message vis-à-vis du gouvernement est on ne peut plus clair. Mais sera-t-il entendu en ces temps d'austérité budgétaire ?

Mathieu Van Overstraeten

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