Carsid tuée par les quotas CO2 ?

29/03/12 à 10:04 - Mise à jour à 10:04

Source: Trends-Tendances

Les quotas CO2 obtenus gratuitement par Duferco étaient revendus pour payer les compléments de chômage des travailleurs de Carsid. Problème : "Ces quotas ont perdu près de 50 % de leur valeur en quelques semaines et Duferco ne veut pas suppléer au manque à gagner", dénonce le PTB. D'où l'annonce de la fermeture définitive.

Carsid tuée par les quotas CO2 ?

© Image Globe

Carsid avait demandé des quotas gratuits de CO2 pour la période 2013-2020

Carsid, dont la direction de Duferco a annoncé mercredi la fermeture définitive, avait introduit une demande de quotas d'émissions de CO2 (droit à polluer) à titre gratuit pour la période 2013-2020 à l'Agence wallonne de l'air et du climat (Awac). Ces quotas gratuits peuvent être éventuellement revendus et donc rapporter de l'argent.

Pour la période 2008-2012, Carsid a reçu une allocation de près de 15 millions de quotas, soit près de 3 millions par an, alors que le site était à l'arrêt depuis 2008, a-t-on appris mercredi auprès de Philippe Henry, ministre wallon de l'Environnement. "Il est de notoriété publique que ces quotas ont été utilisés pour payer les compléments de chômage des travailleurs durant cette période", reconnaît le ministre Henry.

L'allocation de quotas CO2 à titre gratuit à Carsid pour les périodes 2008-2012 et 2013-2020 n'a pas d'impact sur le budget wallon, défend le ministre.

Antonio Gozzi, patron de Duferco Belgium, a lui-même déclaré mercredi, lors d'une conférence de presse, que toutes les mesures d'accompagnement des travailleurs ont été mises en place (soit plus de 3 millions d'euros de complément au chômage) par la vente de paquets de quotas de CO2 dont disposait Duferco pour ses activités. "Aujourd'hui, cependant, la situation devient difficile, prévient-il. Fin 2011, la valeur des quotas de CO2 avait perdu 50 % par rapport à la moyenne des années précédentes."

Pour la période 2008-2012, il est possible, selon un article du décret Kyoto de 2004, de retirer des quotas aux sites à l'arrêt, souligne le ministre wallon de l'Environnement. Ce fut le cas notamment pour l'entreprise Gruppo Cordenons à Malmedy, pour laquelle il n'y avait pas d'espoir de redémarrage.

Le gouvernement wallon n'a toutefois jamais voulu appliquer cette mesure pour Carsid "pour préserver toutes les chances (de trouver) un repreneur". Le site, en outre, n'était pas totalement à l'arrêt puisqu'une maintenance était notamment assurée, ajoute le ministre. L'activation par des entreprises sidérurgiques de la procédure de demande de quotas gratuits "peut laisser présager un certain espoir par rapport à leur reprise d'activité", avait tout récemment indiqué le ministre Henry dans un communiqué.

Pour la période 2013-2020, l'Awac a procédé au calcul des allocations provisoires de Carsid sur base des données historiques de production. Une liste provisoire des allocations a été adoptée par le gouvernement wallon le 8 mars 2012. Les données seront envoyées pour vérification à la Commission européenne.

Les quotas ne seront attribués que lorsque l'ensemble du processus sera terminé. En cas de fermeture, l'allocation 2013-2020 pourra être retirée. Et en cas de reprise, l'entreprise pourra bénéficier d'une allocation de quotas via la réserve européenne.

Carsid : le PTB dénonce le "comportement de vautour" de Duferco

L'effondrement récent du cours des quotas de CO2 a déterminé cette décision de fermer définitivement Carsid, estime de son côté Germain Mugemangango, président du Parti du travail de Belgique à Charleroi, dans une réaction publiée sur son site Internet : "La Région wallonne accorde des quotas CO2 aux entreprises sidérurgiques (elle vient d'ailleurs d'allouer à Carsid 2,85 millions de tonnes de quota CO2 jusque 2020). Y compris aux entreprises fermées. Revendus, ces quotas peuvent générer pas mal d'argent. ArcelorMitttal a, par exemple, généré 93 millions de dollars de cash en 2011 (69 millions d'euros)."

C'est ainsi que Duferco a payé l'allocation complémentaire des travailleurs mis en chômage économique pendant près de quatre ans, continue-t-il : "Comme l'allocation de chômage économique est payée par la collectivité, c'est une opération blanche pour la direction de Duferco. "

Problème : ces quotas ont perdu près de 50 % de leur valeur en quelques semaines et Duferco ne veut pas suppléer financièrement au manque à gagner.

"C'est un comportement de vautour, selon le président carolo du PTB. Duferco fonctionne depuis des années à coups de subsides de toutes sortes. Ils limitent les investissements réels au maximum et, dès qu'il faut payer un peu, menacent de s'en aller. Ils ont attendu un retournement de la conjoncture économique avec une usine et du personnel soutenu par la collectivité et maintenant que cette issue heureuse se fait attendre, ils s'en vont. La direction de Duferco fait ça depuis des années et le personnel politique wallon, dans sa majorité, regarde cela avec bienveillance."

Le processus Duferco est "révélateur de la politique économique wallonne", selon le PTB

Le processus Duferco est révélateur de la politique économique wallonne, déplore encore le parti de gauche : "On laisse les coudées franches aux multinationales. On soutient l'entreprise à fond avec de l'argent publique et on attend que le miracle se produise." Mais il ne se produit pas, poursuit Germain Mugemangango, "et il ne se produira pas. Cette vision économique issue du gouvernement wallon et des partis qui y sont présents ne fonctionne pas. Et maintenant, ce groupe qui a fait un bénéfice moyen de 280 millions de dollars (210 millions d'euros selon le bilan annuel 2010) ces trois dernières années, est sur le point de mettre des centaines de personnes sur le carreau."

Supprimer cette activité économique provoquera cependant 1.000 pertes d'emplois directs et probablement 3.000 pertes d'emplois indirects, chiffre le patron carolo du PTB. "La moitié de ces travailleurs ont plus de 50 ans. Pour eux, les perspectives de trouver un autre travail seront très difficiles. Est-ce que Monsieur Gozzi sait qu'un actif sur quatre est au chômage dans notre région ? C'est pour toutes ces raisons que nous sommes totalement opposés à la fermeture de Carsid et que nous mettrons tout en oeuvre pour soutenir ceux qui devront monter au créneau pour soutenir ces travailleurs."

Trends.be

Nos partenaires