"La longue histoire d'amour" du FMI et de l'Amérique Latine...

05/10/15 à 10:35 - Mise à jour à 10:35

Source: Afp

Le FMI a rarement bonne presse sur le globe mais en tenant son assemblée annuelle cette semaine au Pérou, l'institution a choisi la région du monde où son action est sans doute la plus décriée.

"La longue histoire d'amour" du FMI et de l'Amérique Latine...

Christine Lagarde © Reuters

Du Venezuela à l'Argentine en passant par Cuba ou le Brésil, l'Amérique latine semble avoir fait une indigestion des remèdes anti-crise que le Fonds monétaire international lui a prescrits depuis les années 60.

"C'est une longue histoire d'amour", ironise pour l'AFP Claudio Loser, un ancien chef de la division Amérique Latine au FMI. "Il y a depuis longtemps un discours sur le continent selon lequel le FMI est un instrument d'un nouveau type d'impérialisme".

Cuba est allé jusqu'au bout de cette logique en devenant en 1964, quelques années après la révolution castriste, le seul pays à claquer la porte du FMI.

L'Argentine a été moins radicale mais continue d'avoir la dent dure contre une institution et ses plans de sauvetage, qu'elle tient pour responsables de sa faillite en 2001. "Qu'à donc fait le FMI pour éviter les crises?", tançait sa présidente Cristina Kirchner en 2013.

Le Venezuela n'est pas moins féroce. En juillet dernier, son président Nicolas Maduro accusait encore l'institution de "sucer le sang (des pays) en même temps qu'il les prive d'oxygène". Caracas n'a d'ailleurs plus ouvert ses livres de comptes au FMI depuis 2004.

Son homologue bolivien Evo Morales avait, lui, filé la métaphore animale pour fustiger le FMI en 2009, au moment où l'institution était renflouée. "C'est comme donner de l'argent au loup, ou lui confier la garde du troupeau: le loup ne va pas garder les moutons, il va les dévorer", avait-il déclaré.

Première puissance du continent, le Brésil, sous assistance du FMI de 1998 à 2005, s'en est affranchi plus subtilement: il a créé avec d'autres pays émergents son propre fonds monétaire pour dénoncer une institution encore dominée par les puissances occidentales.

'Erreurs'

Pourquoi tant de méfiance ? Le bilan du FMI dans la région n'est pas immaculé mais reste difficile à établir.

"Il y a bien sûr eu des erreurs et une part d'arrogance", concède M. Loser, "mais les pays sont désormais plus prudents dans leur gestion économique".

Ce rejet de l'institution pourrait, en réalité, tenir à un facteur géopolitique: l'émancipation croissante des pays latino-américains vis-à-vis des Etats-Unis, notamment depuis l'arrivée au pouvoir de dirigeants de gauche dans les années 2000.

"C'est une partie de leur déclaration d'indépendance vis-à-vis des Etats-Unis", premiers actionnaires du FMI, assure à l'AFP Mark Weisbrot du think tank progressiste Center for Economic and Policy Research.

Au cours des récentes années, les pays de la région ont d'ailleurs pris soin d'accumuler d'importantes réserves pour ne plus avoir à faire appel au FMI en cas de coup dur.

Résultat: hormis de petites îles des Caraïbes, seuls deux pays --Mexique et Colombie-- bénéficient de programmes du FMI dans la région sous la forme de simples crédits de précaution.

L'actuel chef du département Amérique Latine du Fonds n'y voit toutefois pas un "signe de méfiance". "L'absence de programmes d'aide témoigne surtout du fait que la situation fiancière des pays de la région est bien meilleure qu'auparavant", assure Alejandro Werner dans un entretien à l'AFP.

En tenant sa grand-messe en Amérique latine pour la première fois en 50 ans, le FMI veut d'ailleurs apporter la preuve que les temps ont changé et qu'une page est en train de se tourner.

"La région a beaucoup changé au cours des vingt dernières années et le Fonds a lui aussi évolué", assure M. Werner, selon qui la relation est "moins conflictuelle et plus constructive que par le passé".

Certes, les relations avec l'Argentine et le Venezuela restent glaciales mais le FMI veut encore croire à un réchauffement qui serait "mutuellement bénéfique".

"C'est l'intérêt des pays parce que nous pouvons leur fournir une expertise et partager avec eux les meilleures pratiques", assure M. Werner. "Et c'est aussi dans notre intérêt parce que nous pourrons avoir une analyse plus profonde de la région", argumente-t-il.

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