BCE: les trois raisons pour lesquelles Draghi n'a pas convaincu

03/10/14 à 12:08 - Mise à jour à 12:08

Source: Trends-Tendances

On attendait beaucoup de la réunion de la BCE ce jeudi. Au final, la déception aura été à la hauteur de l'attente.

BCE: les trois raisons pour lesquelles Draghi n'a pas convaincu

© REUTERS

Oui, la réunion de la Banque centrale européenne (BCE) jeudi, à Naples, a déçu. Une déception qui s'est traduite dans les marchés : l'euro, qui la veille de la réunion de la BCE avait encore baissé face au dollar pour tomber en dessous de 1,26 dollar pour un euro, est remonté à 1,27 dollar jeudi et restait hésitant ce vendredi.

Ce mauvais ressenti des marchés s'explique "principalement en raison des choses que le gouverneur de la BCE (Mario Draghi) n'a pas dites", estime ce vendredi Frank Vranken, le chief economist de Puilaetco. En conséquence, ajoute-t-il, les actions du secteur bancaire qui avaient progressé en raison des grands espoirs placés dans l'opération d'assouplissement annoncée par la BCE font aujourd'hui du rétropédalage. Ce sont surtout les titres des banques espagnoles et italiennes, les plus sensibles à cette opération, qui en ont souffert. Jeudi, Santander a dévissé de 3,9%, Bankia de 3%, Unicredit de 4,8%, Mediobanca de 3,6%... Et BNP Paribas, qui a une grande filiale italienne (BNL), a perdu 3,5%.

Trop vague, trop peu

Pourquoi la BCE a déçu ? Pour trois raisons, au moins.

D'abord, parce qu'il existe désormais une incertitude sur l'ampleur de l'opération de "quantitative easing" planifiée par la BCE. Voici un mois, Mario Draghi avait dit que la BCE allait ramener son bilan au niveau de ce qu'il était en 2012, à savoir 3.000 milliards d'euros. Sachant qu'il est aujourd'hui grosso modo à 2.000 milliards, cela signifie que la banque centrale avait l'intention d'injecter 1.000 milliards de plus dans le système, essentiellement en rachetant des actifs titrisés des banques et en offrant des lignes spéciales de crédits long terme. Mais ce jeudi, Mario Draghi a été évasif, signalant qu'il se pourrait que la BCE n'utilise pas les 1.000 milliards promis. Première déception.

La deuxième réside dans l'incertitude sur la qualité des actifs que la BCE va racheter aux banques. Si la BCE allège les banques en rachetant leurs meilleurs portefeuilles de crédits, l'opération n'a pas beaucoup de sens. Si la BCE rachète de trop mauvais crédits, cela avantage les mauvaises banques, ce qui n'est pas le but non plus. La BCE devrait donc racheter des crédits pas trop mauvais, mais avoir une garantie au cas où ces actifs deviendraient toxiques. Qui garantirait ces crédits rachetés aux banques ? Les Etats. Mais ceux-ci ne veulent pas en entendre parler. Mario Draghi n'a pas donné de précision sur la solution qu'il envisage, et s'est contenté de dire que les crédits qui seront rachetés aux banques grecques et chypriotes devraient être de même qualité que ceux rachetés ailleurs. Mais cela ne règle pas le problème de fond.

Espoirs douchés

La troisième déception est la plus importante même si c'est celle dont on parle le moins. Contrairement à ce que l'on avait pensé depuis des mois, la BCE ne jouera pas la baisse de l'euro pour aider l'économie européenne. Mario Draghi a affirmé jeudi que s'il se réservait le droit de mettre en branle de nouvelles mesures non conventionnelles, son objectif n'était pas de faire baisser la monnaie unique. "Le taux de change est juste le résultat de notre politique monétaire pour ramener l'inflation aux alentours de 2%, a-t-il dit, ajoutant "l'euro n'est pas une solution aux problèmes économiques. Les pays doivent consentir à des réformes structurelles".

C'est une marche arrière. En mai, Mario Draghi avait dit que la BCE était très attentive à la trop grande fermeté de l'euro et qu'elle se réservait le droit d'intervenir.

Tout ceci sonne comme un aveu d'impuissance. Depuis le début de la crise, la BCE éprouve de grandes difficultés à soutenir l'économie réelle. Les mesures destinées à soutenir le crédit soutiennent les banques, mais ne donnent pas un coup de fouet aux investissements des entreprises ou des ménages. On pensait que la seule manière d'agir était alors de soutenir les exportations en faisant baisser l'euro. Mais jeudi, cet espoir a été proprement douché.

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