Fonds flexibles: une fenêtre de tir sur l’obligataire

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Après une période de cinq années particulièrement difficiles, les fonds obligataires flexibles et globaux disposent aujourd’hui d’un contexte plus favorable pour réaliser de bonnes performances durant les prochaines années.

Les stratégies obligataires flexibles (avec une couverture sur l’euro) sortent d’une période très difficile, les meilleurs fonds ayant affiché au mieux des performances annualisées légèrement positives durant les cinq dernières années. Ces stratégies étaient devenues très populaires vers le milieu de la décennie précédente, suite à la mise en place des politiques d’assouplissement quantitatif par les autorités monétaires des grands pays développés.

L’idée principale était de permettre aux investisseurs de pouvoir sortir de leurs placements dans les obligations souveraines domestiques (dont les rendements s’étaient réduits à peau de chagrin) en diversifiant les portefeuilles au niveau global afin de chercher le rendement où il était encore possible. Ces produits pouvaient donc s’exposer librement entre les obligations d’entreprises de bonne qualité, le haut rendement, les souverains, la dette émergente (en devise forte ou locale), la dette financière ou les obligations convertibles.

Dans un premier temps, ces stratégies tout-terrain ont bien rempli leur objectif, rencontrant le succès auprès des investisseurs. Encore aujourd’hui, la taille de ces produits reste d’ailleurs encore significative: le plus petit fonds de notre échantillon ci-dessous rassemble déjà plus de 500 millions d’euros en actifs sous gestion et le plus gros, plus de 60 milliards de dollars.

Point d’inflexion

Mais lorsque la baisse des rendements obligataires s’est étendue progressivement à la plupart des classes d’actifs obligataires, les performances sont devenues moins attrayantes. Enfin, le retour de l’inflation et le mouvement de hausse des taux directeurs ont fait plonger le cours de tous les cours obligataires, avec en moyenne une baisse de près de 10% pour les fonds de notre échantillon en 2022. Depuis le début 2023, la performance s’est toutefois stabilisée avec une progression moyenne de 1,4% pour ces même fonds.

Franck Dixmier (Allianz GI)

Mais le contexte économique est aujourd’hui totalement différent du début 2022. “Les économies sont aujourd’hui en train de décélérer de manière significative, en ligne avec le resserrement global des conditions financières, souligne Franck Dixmier, global CIO fixed income chez Allianz Global Investors. Aux yeux d’un investisseur obligataire, la direction des politiques menées par les banques centrales reste cruciale pour déterminer l’allocation entre les différentes classes d’actifs. La grande question est aujourd’hui de savoir où elles vont s’arrêter, et ce qu’elles vont faire ensuite.”

Une normalisation de l’inflation est toutefois attendue pour les prochains trimestres, mais avec une stabilisation qui devrait s’opérer au-dessus des niveaux visés par les grands argentiers mondiaux. Les spécialistes des marchés obligataires estiment donc que le contexte est aujourd’hui beaucoup plus favorable pour effectuer un retour sur ces marchés.

« Les taux sont aujourd’hui proches de leur sommet. »

Nicolas Deltour, chief investment strategist chez Belfius, souligne que la direction est aujourd’hui à une détente des politiques monétaires dans un horizon de 12 à 18 mois. “Dans ce contexte, nous privilégions actuellement une diversification sur des maturités plus longues afin de capter durablement le rendement. Les obligations sont notre principale conviction à l’heure actuelle, car les taux sont aujourd’hui proches de leur sommet. En outre, l’impact des prochaines hausses de ces taux sur les cours obligataires sera moins important qu’en 2022. Nous pensons donc qu’il est aujourd’hui important pour les investisseurs de revenir sur les marchés obligataires dans une optique de long terme, mais il faut faire preuve d’agilité à court terme vu la courbe fortement inversée avec des taux à court terme supérieurs aux taux à long terme…”.

AMAURY D’ORSAY
Amaury d’Orsay (Amundi) © pg

Amaury d’Orsay, head of fixed income chez Amundi, estime aussi qu’après la forte baisse des cours intervenue en 2022, nous sommes aujourd’hui dans une séquence de marché où le sentiment va alterner entre les risques d’inflation et la crainte d’une récession. “Les taux longs risquent donc de rester assez volatils. Il faut être aujourd’hui acheteur de la dette souveraine allemande à 10 ans si le taux dépasse 2,5% et vendeur s’il chute sous les 2%. Et inversement, acheter sur la dette à 10 ans américaine si le taux dépasse 3,75% et vendeur s’il chute sous 3,25%.”

Pas baisser la garde

Pour Franck Dixmier (Allianz GI), commencer à anticiper une détente sur les taux en se positionnant sur les maturités plus longues (7 à 8 ans) sur la dette souveraine américaine semble des plus intéressant. “C’est clairement un point d’inflexion dans notre stratégie obligataire, après avoir été négatif sur la dette américaine pendant plus de deux ans. Il est toutefois prématuré de parler de baisse du taux directeur aux Etats-Unis”, prévient le gestionnaire.

Franck Dixmier se montre par contre plus prudent sur la zone euro, estimant que la Banque centrale européenne (BCE) ne va pas s’arrêter à deux tours de vis, mais encore relever son taux directeur jusqu’à 4,25 voire 4,5% durant les prochains mois si l’inflation sous-jacente n’est pas contrôlée. “Les politiques budgétaires restent expansionnistes, tandis le secteur bancaire est très bien capitalisé et dispose encore de moyens importants pour continuer à financer le secteur privé, juge-t-il. Il n’est donc clairement pas encore l’heure pour la BCE de baisser la garde.”

Trois convictions

Les convictions mises en avant par les spécialistes sont aujourd’hui de trois ordres. Premièrement, la dette émergente devrait bénéficier du cycle de baisse des taux et d’un dollar appelé à s’affaiblir, avec une prédilection pour le Mexique et l’Indonésie. “Historiquement, un bon point d’entrée, c’est lorsque le taux directeur de la Réserve Fédérale arrive à son pic, indique encore Franck Dixmier. Voilà donc un thème sur lequel nous sommes activement en train de construire des positions.”

Amaury d’Orsay (Amundi) apprécie également les perspectives de la dette émergente dans un contexte où la surperformance du dollar est appelée à se modérer tandis que le différentiel de croissance avec les pays développés est, lui, appelé à augmenter. “Sur un portefeuille obligataire diversifié, cette classe d’actifs peu aujourd’hui grimper jusqu’à 15-20% des encours”, estime-t-il.

Deuxièmement, les portefeuilles exposés sur la dette d’entreprise doivent aujourd’hui éviter le haut rendement qui pourrait être davantage exposé à des corrections dans un contexte de récession et de hausse des taux de défaut. Franck Dixmier (Allianz GI) croit ainsi que “le marché du haut rendement n’est pas aujourd’hui positionné pour pouvoir encaisser un choc sur la croissance”.

Enfin, troisièmement, sur le segment de la dette de meilleure qualité, les spécialistes privilégient la dette bancaire émise par les banques européennes. Pour Amaury d’Orsay, cette classe d’actifs bénéficie d’une prime élevée depuis les événements sur les banques régionales américaines, alors que leur situation financière est particulièrement solide. “La hausse des taux d’intérêt va également bénéficier aux résultats de ces institutions”.

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