Microsoft, le vétéran de l’informatique, a 50 ans

Microsoft. © Getty Images

Microsoft fête ce 4 avril ses cinquante ans. Autant d’années d’innovations technologiques qui l’ont porté au sommet de Wall Street et rendu ses systèmes informatiques incontournables. Sauf sur internet où il n’est jamais vraiment parvenu à percer  auprès du grand public.

“Ils ont cette image d’entreprise ennuyeuse, et d’action ennuyeuse en Bourse”, s’amuse Jeremy Goldman, analyste chez eMarketer. Ennuyeuse mais rentable: avec près de 3.000 milliards de dollars de capitalisation boursière, Microsoft présente la première valorisation au monde derrière Apple. Elle carbure principalement au cloud (informatique à distance), un secteur en forte croissance qui est encore monté en puissance avec la demande pour l’intelligence artificielle (IA) générative. “C’est une infrastructure pas hyper sexy mais très précieuse, elle rapporte beaucoup”, note l’expert.

Bill Gates et Paul Allen ont fondé “Micro Soft” en 1975 et lancé un logiciel d’exploitation, MS-DOS, dont le succès a assuré leur fortune. Rebaptisé plus tard Windows, c’est le système informatique qui fait tourner la majorité des ordinateurs dans le monde.

Bill Gates
Bill Gates © Getty Imaes

Bill Gates, cet informaticien passionné et philanthrope acharné, est l’un des geeks les plus connus de la planète. Né William Henri Gates III en 1955 à Seattle dans une famille bourgeoise, il crée ses premiers logiciels à 13 ans et fonde “Micro Soft” avant ses 20 ans, avec son ami Paul Allen, après deux ans à Harvard. Derrière son allure bonhomme se cache un dirigeant hyper exigeant, qui n’hésite pas à manœuvrer pour écarter la concurrence ou même diluer la participation de Paul Allen au capital.

En 2000, Bill Gates renonce à la direction générale, pour se consacrer à sa fondation avec sa femme Melinda, ex-ingénieure chez Microsoft et mère de leurs trois enfants.
L’organisation, alimentée par son immense fortune personnelle, investit dans les vaccins et l’agriculture dans les pays pauvres, et lutte contre le changement climatique.
Avec son ami le richissime Warren Buffett, il décide de donner de son vivant la moitié de son patrimoine à des associations caritatives et convainc d’autres milliardaires américains d’en faire autant. En 2020, il quitte le conseil d’administration de Microsoft – peu après que la firme ait reconnu l’existence d’une relation “intime” en 2000 entre le dirigeant et une employée.

L’année suivante, le couple Gates divorce. Melinda lui reproche notamment ses relations avec le financier américain Jeffrey Epstein, qui a exploité sexuellement des filles mineures. Mais c’est son rôle dans les campagnes de vaccination qui a fait de lui une des cibles préférée des théories du complot. Il y est accusé de tout et n’importe quoi, y compris d’avoir développé un “café aux insectes”, du “lait d’asticot” et de la “viande zombie”.

Les logiciels Microsoft Office (Word, Excel, PowerPoint) sont eux devenus synonymes des outils de bureautique au quotidien, même si la concurrence de Google Docs a provoqué une remise en question.

“Le fait qu’Office soit toujours un secteur d’activité important pour Microsoft en dit long sur sa capacité à innover”, souligne M. Goldman. “Ils ont trouvé un moyen de créer un produit sur abonnement, basé sur le cloud. Sans cela, avec l’apparition de services gratuits et premium, leur part de marché aurait pu être réduite à zéro.”

“Talon d’Achille”

Mais en termes d’applications utilisées au quotidien par des millions de personnes, Microsoft reste dans l’ombre des réseaux sociaux ultra populaires, des smartphones prisés ou des assistants IA polyvalents.

Ce n’est pas faute d’avoir essayé. La firme de Redmond (nord-ouest) a lancé la console de jeux vidéo Xbox en 2001 et le moteur de recherche Bing en 2009. Elle a racheté le réseau professionnel LinkedIn en 2016 et les studios Activision Blizzard en 2023.

Elle était sur les rangs pour tenter d’acquérir TikTok en 2020, et fait partie des actuels prétendants potentiels alors que la plateforme est à nouveau menacée d’interdiction aux Etats-Unis.

Mais de tous les piliers de la tech, “Microsoft est le moins doué de tous en termes d’interface pour les utilisateurs. C’est vraiment leur talon d’Achille”, soutient Jeremy Goldman. Sous la direction de Steve Ballmer (2000-2013), Microsoft a en outre manqué le virage du mobile. Satya Nadella, son successeur, a lui compris très tôt le potentiel des modèles d’IA, et investi massivement dans OpenAI avant même que la start-up ne devienne la star de la Silicon Valley grâce à ChatGPT fin 2022.

L’année suivante, l’entreprise a cru pouvoir enfin bousculer Google sur sa chasse gardée, la recherche en ligne, avec un nouveau Bing, qui répond aux questions des internautes en langage courant, grâce au modèle d’IA d’OpenAI. De fait, Microsoft a pris de court la firme californienne, qui a rapidement dégainé son propre assistant IA.

A la traîne dans l’IA ?

Au final, la refonte de Bing est néanmoins un échec, selon Jack Gold. Même si sa part de marché a progressé, Google reste proche des 90%. “Ils étaient là les premiers, avec un meilleur produit”, tranche l’analyste indépendant.

Il estime même que dans l’IA en général, Microsoft est à la traîne, parce qu’il n’a (pas encore) ni ses propres puces, ni son propre modèle. Le groupe déploie rapidement des services d’IA sur sa plateforme de cloud Azure et sa gamme Copilot d’outils d’IA générative.

Mais “la croissance des revenus d’Azure, en termes d’infrastructures IA, est moins prononcée que celles de ses concurrents”, assure Jack Gold. Il assure que Google Cloud, numéro trois du marché derrière Amazon (AWS) et Azure, a des chances de passer en deuxième position d’ici deux ans. Google attire plus facilement les start-up, d’après l’analyste, parce que les tarifs de Microsoft sont calibrés pour des grandes organisations.

“La force de Redmond se trouve dans les systèmes informatiques des grandes sociétés. Ils ont tout intérêt à se concentrer là-dessus, plutôt que sur les consommateurs, où il y a déjà beaucoup de concurrence”, commente-t-il.

Jusqu’à se séparer de Xbox? “Les jeux vidéos marchent bien, mais ils représentent une part insignifiante du chiffre d’affaires de Microsoft. S’ils déplaçaient ce budget de recherche et développement vers les solutions pour les entreprises, cela aurait du sens, à mon avis”.

Cinquante ans de Microsoft en quelques chiffres

365: Le groupe américain a lancé en 1990 la suite bureautique Office, qui regroupait à l’origine les logiciels de tableur Excel, de présentations PowerPoint et de traitement de texte Word.

La mise sur le marché en 2011 d’Office 365 (désormais connu sous le nom de Microsoft 365) a marqué la transition vers un modèle d’abonnement basé sur le “cloud” (informatique à distance), avec accès à une gamme de services en ligne (messagerie Outlook, visioconférence Teams, stockage en ligne OneDrive etc.) Pour Microsoft, le nom “365” est censé évoquer l’accessibilité à ses services tous les jours de l’année. Microsoft 365 comptait 86,3 millions d’abonnés à travers le monde fin 2024, selon les derniers résultats publiés par le groupe.

95%: Le navigateur Internet Explorer, lancé en 1995, a pendant plusieurs années dominé l’accès à internet, jusqu’à avoir en 2003 une part de marché de 95%, selon le site WebSideStory. Mais d’importantes failles de sécurité sur plusieurs versions du navigateur — dont la 6 qui fut décrite par le magazine américain PC World comme +le logiciel le moins sûr de la planète+ — ont nui à sa réputation et les internautes lui ont progressivement préféré des navigateurs concurrents. Internet Explorer a été retiré du marché en 2022, le groupe se concentrant sur son autre navigateur, Edge, lancé en 2015. Ce dernier n’avait plus en février 2025 qu’une part de marché de 5,3%, loin derrière Google Chrome (66,3%) et Safari du groupe Apple (18%), selon le site spécialisé Statcounter.

70,5% des ordinateurs de bureau dans le monde tournent sur Windows

Trois mois: Les cinquante premières années de Microsoft ont été marquées par des succès retentissants, mais aussi par des fiascos. En 2010, le géant du logiciel avait ainsi décidé au bout de moins de trois mois d’arrêter sa gamme de téléphones portables Kin, censée séduire une clientèle jeune adepte des réseaux sociaux, mais qui fut un échec commercial. Le Kin a rejoint la liste d’autres appareils aujourd’hui oubliés, comme le baladeur Zune, sorti en 2006, qui n’a jamais pu s’imposer face à l’iPod d’Apple sorti cinq ans plus tôt. Microsoft avait annoncé en 2011 qu’il en arrêtait la fabrication.

70,5%: Le système d’exploitation vedette de Microsoft, Windows, tournait sur 70,5% des ordinateurs de bureau dans le monde en février 2025, largement devant OS X (15,8%), le système des ordinateurs Mac d’Apple, selon StatCounter. Cette domination sur les PC mondiaux a contribué à mettre Microsoft (comme les autres géants de la tech Google, Apple, Facebook et Amazon) sous la surveillance étroite des autorités antitrust américaines et européennes, avec parfois des amendes retentissantes à la clé.

L’une des trois premières capitalisations boursières

2.900 milliards de dollars: Avec Apple et Nvidia, Microsoft est l’une des trois premières capitalisations boursières mondiales: environ 2.900 milliards de dollars à la fin mars.

80 milliards de dollars: Microsoft a parié tôt sur l’intelligence artificielle (IA) générative, investissant dans OpenAI avant le lancement de ChatGPT. Il prévoit de dépenser 80 milliards de dollars entre l’été 2024 et l’été 2025 pour construire les nouveaux centres de données et serveurs considérés nécessaires à la nouvelle génération d’IA. Cependant, face à la concurrence chinoise moins chère (de la start-up DeepSeek notamment), les marchés s’interrogent sur les dépenses colossales en puces de pointe et serveurs dernier cri engagées par Microsoft et les autres grandes entreprises technologiques.

Ces dernières années, le groupe a vu son activité tirée par la plateforme Azure, son vaisseau amiral dans le cloud, qui détenait fin 2024 une part de marché mondiale de 21%, derrière Amazon Web Services (30%), selon Synergy Research Group.

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