Le gouvernement fédéral vient de transmettre à la Commission européenne la présentation des 89 projets soumis à un financement européen dans le cadre du Plan de reprise et de résilience. Ils représentent ensemble un budget de 7,7 milliards, bien au-delà donc de l'enveloppe de 5,9 milliards prévus pour la Belgique. Cette marge vise à s'assurer que l'enveloppe soit bien intégralement consommée, même si la Commission devait recaler ou recalibrer quelques projets. Le secrétaire d'Etat à la Relance, Thomas Dermine (PS), nous explique comment ces moyens renforceront le tissu économique belge à long terme.
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Le gouvernement fédéral vient de transmettre à la Commission européenne la présentation des 89 projets soumis à un financement européen dans le cadre du Plan de reprise et de résilience. Ils représentent ensemble un budget de 7,7 milliards, bien au-delà donc de l'enveloppe de 5,9 milliards prévus pour la Belgique. Cette marge vise à s'assurer que l'enveloppe soit bien intégralement consommée, même si la Commission devait recaler ou recalibrer quelques projets. Le secrétaire d'Etat à la Relance, Thomas Dermine (PS), nous explique comment ces moyens renforceront le tissu économique belge à long terme. Plus de la moitié du budget total sollicité (59% très précisément) vise à financer des infrastructures nécessaires pour rencontrer les objectifs climatiques et accélérer la transition énergétique. On y retrouve d'énormes chantiers de rénovation énergétique des bâtiments, des aménagements de mobilité douce ou des infrastructures de production et de transport d'énergie renouvelable. "Le coronavirus nous a fait prendre conscience, dans notre chair, que nos sociétés pouvaient être profondément impactées par des chocs systémiques, assure le secrétaire d'Etat. On n'imaginait pas il y a un an qu'elles pouvaient être mises à l'arrêt, les avions cloués au sol, par une pandémie. L'investissement public doit dès lors viser à éviter ou résister à d'autres chocs systémiques. Et les premiers viendront de phénomènes liés au réchauffement climatique. C'est pourquoi nous préparons les infrastructures pour les énergies de demain comme, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, on a construit les lignes à haute tension et posé les canalisations de gaz naturel." Thomas Dermine est d'autant plus enclin à miser sur le créneau vert que des entreprises belges sont très bien positionnées dans ce domaine. Il cite fièrement John Cockerill, l'un des leaders mondiaux de la production d'hydrogène par électrolyse ou les consortiums qui ont permis à la Belgique d'avoir la quatrième capacité installée d'éoliennes en mer au monde... "Avec de telles entreprises, nous devons être très ambitieux sur la transition énergétique, dit-il. Nous avons, en Belgique, les briques pour construire l'excellence industrielle dans les chantiers d'avenir, nous avons vraiment la capacité de créer les champions technologiques d'un monde plus vert." Si la Belgique dispose effectivement de champions dans les technologies vertes, elle n'est pas absente, loin de là, de l'autre volet principal de l'économie du futur : le numérique. Or, celui-ci ne repré- sente que 19% du volume des inves- tissements prévus dans le plan de relance. L'explication est relativement simple. Ce plan ne finance pas directement des entreprises (qui souhaiteraient, par exemple, numériser des processus ou y intégrer l'intelligence artificielle) mais des infrastructures et des projets de recherche. Les besoins en infrastructures sont ici plus modestes. On prévoit toutefois 125 millions pour une meilleure connectivité du territoire (fibres optiques, wifi) et 10 millions pour amorcer un écosystème bruxellois autour de l'intelligence artificielle. Le volet numérique du plan de relance vise en fait surtout les services publics (Sécurité sociale, Justice, administrations locales et régionales) qui devraient accélérer la digitalisation des processus pour les services aux citoyens et aux entreprises. L'un des projets les plus consistants en ce domaine concerne le renforcement de la structure A6K/E6K à Charleroi (105 millions), un hub d'innovation et de formation numérique et technologique. "Ce projet est intéressant car il rapproche l'école de l'atelier, c'est du décloisonnement presque au sens physique du terme, analyse Thomas Dermine. On y trouve des centres de formation, des équipes de recherche, des groupes industriels. En les réunissant dans un même espace, on crée l'effet de masse critique." Le défi sera ici que la recherche de cette masse criti- que ne conduise pas à une forme de mastodonte endormi mais parvienne à impulser effectivement du dynamisme et de l'innovation dans tout le tissu industriel. On a eu très peur quand les différentes entités du pays ont commencé à se chamailler sur la répartition de la manne européenne plutôt que d'évoquer les projets concrets. Finalement, la cohérence et la complémentarité des actions à mener semblent l'avoir emporté sur les querelles de chiffres. Une plume au chapeau du cabinet de Thomas Dermine mais aussi de l'Union européenne. D'une part, l'Europe exigeait une lecture transversale au niveau belge et non pas cinq ou six chapitres agrafés avec les plans de chaque entité,. D'autre part, les priorités d'affectation clairement fixées et les délais très serrés pour réaliser les chantiers (tout doit être fini pour la fin 2026) incitaient à la convergence presque naturelle des propositions régionales. Difficile en effet d'évoquer la mobilité autour du Bruxelles sans coordonner le rail fédéral et les transports publics régionaux. Ou de rêver d'une filière hydrogène sans rassembler le transport (qui relève du Fédéral avec Fluxys) et les applications industrielles qui peuvent être soutenues, elles, par les Régions. "Quand on met les gens ensemble autour de telles thématiques, on se rend compte que nous avons beaucoup en commun, concède Thomas Dermine. Nous avons ouvert les portefeuilles de projets, chacun avait accès à tous les projets des autres. Cela a généré une sorte de fertilisation croisée." En outre, au fil des réunions, les techniciens des différents gouvernements ont appris à se connaître et à viser la solution plutôt que l'affrontement. "La Belgique du futur, je la vois comme ça, poursuit le secrétaire d'Etat. Des Régions matures qui coopèrent et ont envie de se renforcer l'une l'autre plutôt que de se disputer sur des symboles." Ce processus de discussion sera étendu puisque des instances comme le Conseil central de l'économie, le Bureau du plan et le Conseil fédéral du développement durable se pencheront maintenant sur le plan de relance. "Toutes ces concertations nous exposent peut-être un peu plus mais si nous voulons de l'adhésion autour du plan, elles sont très importantes, estime Thomas Dermine. Déployer des infrastructures est sans doute plus simple dans un Etat centralisé et dirigiste mais je ne pense pas que notre processus nuise à la qualité de notre plan. Au contraire, à une époque où l'on voit les effets de la fragmentation des territoires, avec des zones métropolitaines qui captent la richesse, les talents et l'innovation - je pense aux gilets jaunes, à l'Amérique de Trump -, un modèle décentralisé comme le nôtre accorde beaucoup plus d'attention aux territoires et aux dynamiques locales." Toutes entités confondues, 1,485 milliard d'euros seront investis dans la rénovation énergétique de bâtiments. Une option louable mais qui est de l'ordre de la maintenance ou de la mise à niveau plus que de la projection dans l'avenir. "Non, la rénovation du bâti non seulement fournit de l'emploi à court terme mais réduit les émissions de CO2 à moyen et long terme, répond Thomas Dermine. En Belgique, les bâtiments, c'est quasiment autant d'émissions de CO2 que l'industrie." L'effet d'entraînement sur l'économie dépendra toutefois de la capacité, ou non, des entreprises belges à assumer un tel volume de chantiers entre aujourd'hui et 2026, en tout cas à l'assumer sans mettre à l'arrêt tous les autres projets de construction. "C'est un enjeu fondamental et nous sommes en contact permanent avec le secteur pour y répondre, ajoute le secrétaire d'Etat. Nous avons une opportunité unique de raccrocher des jeunes, en particulier dans les zones les moins favorisées, à l'emploi et aux métiers d'avenir. Du boulot sur l'isolation des bâtiments, il y en aura pour les 20 prochaines années vu l'état du bâti. C'est un enjeu pour les jeunes mais aussi pour toutes les entreprises de construction qui doivent se positionner sur les marchés d'exécution du plan de relance." C'est l'un des dadas du secrétaire d'Etat: la relance de l'investissement public. Les 20 dernières années, la Belgique y a consacré entre 2 et 2,5% de son PIB quand la moyenne européenne était entre 3 et 3,5%. D'où un retard évalué à 13 milliards d'euros. L'Europe en financera 45% à travers ce plan de reprise. "L'accord de gouvernement prévoit de tendre vers les 4% du PIB consacrés à l'investissement public d'ici 2030, précise Thomas Dermine. L'accord tacite, confirmé récemment en kern par le Premier ministre, est d'atteindre les 3,5% d'ici 2024." Pas besoin de revenir ici avec la gare de Mons pour rappeler que l'investissement public n'est pas toujours aussi vertueux dans la pratique que sur papier. Pourquoi, dès lors, n'avoir pas misé un peu plus sur l'apport privé? "Nous avons reçu énormément de projets, et même de super-projets, d'entreprises répondant aux enjeux numériques et climatiques définis dans le plan de relance, répond Thomas Dermine. Sans les entreprises, nous n'atteindrons pas nos objectifs. Mais nous som-mes bloqués par les règles européennes sur la concurrence et les aides d'Etat qui ne permettent pas d'investir directement dans les entreprises." La parade, c'est le Fonds de transformation, piloté par la SFPI (société fédérale de participations et d'investissement). Il aura pour mission de financer, via des prises de participation ou des prêts subordonnés, les projets numériques et climatiques des entreprises belges. Le gouvernement fédéral a doté ce fonds de 750 millions d'euros et ce montant pourrait être triplé avec l'apport d'investisseurs institutionnels, de fonds de pension, de fonds sectoriels, voire la mobilisation de l'épargne privée. "Le plan de relance donne une direction claire des priorités d'avenir affichées par l'ensemble des gouvernements, poursuit le secrétaire d'Etat. C'est très apprécié des entreprises qui ont besoin d'avoir un cap, de connaître les objectifs structurants pour investir."