La semaine de travail de quatre jours, à horaire compressé, est "sur la table" de la Vivaldi. Un projet qui pour l'heure laisse encore de nombreuses questions ouvertes, estime Bernard Fusulier. Projet sérieux ou ballon d'essai, se demande le chercheur. "Les syndicats semblent méfiants (voir encadré, NDLR). Et on ne sait pas encore si la demande serait réversible, ou si elle peut être à durée indéterminée, ou quels secteurs seraient visés".
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La semaine de travail de quatre jours, à horaire compressé, est "sur la table" de la Vivaldi. Un projet qui pour l'heure laisse encore de nombreuses questions ouvertes, estime Bernard Fusulier. Projet sérieux ou ballon d'essai, se demande le chercheur. "Les syndicats semblent méfiants (voir encadré, NDLR). Et on ne sait pas encore si la demande serait réversible, ou si elle peut être à durée indéterminée, ou quels secteurs seraient visés".Mais le projet répondrait à une demande, à un problème social posé depuis plusieurs années : mieux pouvoir concilier vie privée et vie professionnelle. Comme la société en général, le monde du travail devient également plus complexe et plus flexible, analyse le sociologue du travail. Pour l'expert, il s'agit avant tout de trouver un équilibre. Des horaires compressés, pour une journée de travail en moins. "Pour une personne qui a une famille à charge, les horaires atypiques peuvent être plus compliqués, par exemple pour emmener les enfants à l'école, ou les récupérer à la crèche." D'un autre côté, une journée entière de libre permet de faire de nombreuses choses, comme des tâches domestiques et administratives. Ce choix d'horaire peut alors beaucoup varier en fonction de la configuration familiale.Une journée de travail à neuf-dix heures peut aussi créer de l'accumulation de fatigue. "Imaginez un élagueur, ou un couvreur ; la fatigue crée des risques", montre Bernard Fusulier.Le passage à la semaine de quatre jours devra se faire via la demande du travailleur même. "Donc la personne aura normalement pesé le pour et le contre, s'il le faut en famille ou en couple". D'un autre côté, cette option pourrait créer des tensions au sein des entreprises, et entre les différents secteurs, si des personnes ou des secteurs peuvent ou ne peuvent pas passer à quatre jours de travail. Cela peut amener de la frustration, argumente le chercheur. Ensuite, le management doit également gérer cette hétérogénéité des horaires, de manière cohérente, sans trop désorganiser le flux du travail."Le burn out coûte plus cher à l'Etat que le chômage", expose le sociologue du travail. Une semaine de quatre jours serait donc, pour lui, également un calcul économique de l'Etat pour réduire ces coûts ; où une journée de travail en moins pourrait réduire le stress et augmenter le bien-être. Mais le burn out n'est pas uniquement dû aux horaires, mais aussi à la précarité du travail et le désarroi qui en découle, ou encore au stress résultant de situations privées, comme le burn out parental."Le gouvernement avance à petits pas, sans vue d'ensemble", analyse Bernard Fusulier. Il compare l'initiative à la manière de faire en Grande Bretagne. Les employés y ont un "package" de possibilités d'aménagement d'horaires : télétravail, temps d'arrivée au matin et de départ au soir flexibles, semaine de quatre jours. Pour l'expert, le gouvernement propose ici une solution, unique et isolée. Le spécialiste trouve qu'il faudrait s'inspirer du package britannique, et proposer différentes solutions ensemble. Il faudrait également mieux combiner le temps de travail et les lois sur les horaires avec les différents congés qui existent (parental, pour assister un proche malade, etc.), où souvent il manque une bonne connaissance des possibles."Il faut voir les horaires en fonction des disponibilités des personnes à un moment donné de leur parcours de vie", plaide le chercheur. Un jeune travailleur célibataire est par exemple plus disponible qu'un travailleur plus âgé, qui doit s'occuper d'enfants ou d'un parent en perte d'autonomie. Il faudrait alors non seulement adapter la flexibilité des horaires, mais surtout avoir une vision globale, sur la durée entière de la carrière."Nous avons une vision trop restrictive du travail. On considère une personne "active" parce qu'elle a un emploi", réfléchit Bernard Fusulier. Mais pour lui, d'autres éléments entrent en compte : les personnes qui prennent du temps pour éduquer leurs enfants, pour s'occuper d'un parent malade, pour organiser des associations, qui participent à des débats publics, sont également "actives", car elles participent au bien commun."On commence à voir des avancées vers ce changement de mentalité. Le statut d'aidant proche est par exemple reconnu", estime le sociologue, qui se dit réaliste-utopiste.