Le 22 décembre le Codeco (Comité de concertation qui réunit les principales autorités, appelons les " autorités A ", de tous les nombreux pouvoirs exécutifs des divers gouvernements de nos régions, communautés et du royaume) lors d'une courte réunion, a décidé d'instaurer une série de mesures qui, selon certaines sources non identifiées mais généralement dignes de crédit, avaient déjà été identifiées et accordées par une partie desdites autorités.

Depuis lors et avec une unanimité digne de mention et rarement, pour ne pas dire jamais car il ne faut jamais dire jamais, atteinte dans nos contrées ni du nord ni du sud ni de l'ouest ni de l'est et encore moins de l'ensemble, un secteur d'activité soumis ces derniers mois à des périodes longues d'inactivité (on pourrait presque parler de secteur d'inactivité) a décidé, à son tour, de ne pas obtempérer aux décisions des autorités A, nombreuses et variées, réunies le 22 décembre.

Curieusement, certaines autorités (appelons les "autorités B") se sont jointes au secteur d'activité en inactivité pour signaler leur refus de faire appliquer les décisions des autorités A précédemment citées. Parmi ces autorités B refusant d'appliquer les décisions des autorités A il n'y a rien de moins qu'une branche du gouvernement, le pouvoir judiciaire ou du moins une partie de celui-ci, le Parquet. Il y a aussi des autorités proches du citoyen ordinaire, à tout le moins beaucoup plus proches du citoyen, puisqu'il s'agit de bourgmestres. Pire encore, des exécuteurs directs des décisions des autorités chargés de les faire respecter sur le terrain, terrain sur lequel les autorités A contestées par d'autres autorités B ne sauraient s'aventurer, ou de moins en moins, c'est-à-dire les forces de police du royaume, débordées par les multiples tâches que les nombreuses et variées autorités leur enjoignent d'exécuter ont déclaré derechef qu'elles se voyaient dans l'incapacité de s'occuper du contrôle du maintien en inactivité de ce secteur d'activité.

J'ai même entendu une autorité spirituelle d'un des nombreux et variés cultes et convictions philosophiques dont notre Royaume est fier, et non des moindres, déclarer en public mais en petit comité respectant les normes sanitaires que nos curieuses autorités auraient besoin d'une réorientation spirituelle.

Devant cette situation quelque peu chaotique et faisant très fortement penser à une soirée de baptême estudiantin, là où les freins se détendent, les interdits se donnent des permissions et l'imagination déborde de ses lits habituels, la ministre de l'Intérieur a pensé qu'il y avait une crise. Elle a donc fait donner au Centre de crise l'ordre à toutes les autorités de moindre importance de respecter et faire respecter les décisions des autorités exécutives A, du 22 décembre.

Personne à cette heure tardive ne sait ce que les autorités B défiant les autorités A feront ou ne feront pas dorénavant. Cependant, les simples citoyens ont leur mot à dire, après tant de mois avec leurs mots à taire. Car la question n'est pas de savoir si l'on doit le respect et l'obéissance à une décision des autorités A (légitimes, les autorités). La question est de savoir quoi faire face à une décision d'autorités légitimes qui ont fait le choix de prendre d'une décision soit stupide, soit irrationnelle, soit concoctée lors d'une session de spiritisme, soit inventée de toute pièce sans rapport aucun avec la réalité, soit tellement absurde qu'elle servirait à vérifier jusqu'à quel point les citoyens sont prêts à suivre une décision d'autorité aussi absurde soit elle.

Que dois-je faire, moi simple citoyen, devant une décision inique prise par des autorités légitimes ?

Depuis 1946 on sait que suivre des ordres n'est plus un argument recevable à l'heure de justifier une attitude (1). Depuis les études de Milgram on sait aussi que beaucoup d'honnêtes citoyens sont quand même enclins à suivre des ordres inhumains pour autant qu'ils émanent (ou semblent émaner) d'une autorité légitime (2).

L'intention des autorités du 22 décembre vise à limiter les contacts sociaux. Elles ont donc décidé très illogiquement de fermer les endroits où les contacts sociaux sont les moins susceptibles de provoquer des infections interpersonnelles, d'après un certain nombre d'études réalisées dans notre royaume ou ailleurs. Mais où, pensaient elles, les réactions seraient les moins douloureuses (pour les autorités, non pour ceux qui les subiraient) et les plus faciles à faire taire, car les arts de la scène, théâtres et salles de concert, cinémas et salles de spectacle, ne se boivent ni ne se mangent.

Que dois-je faire, moi simple citoyen, devant une décision inique prise par des autorités légitimes ? La seule, unique, simple et douloureuse réponse est de refuser de suivre cette décision, refuser des suivre des ordres absurdes sans justification et allant contre les évidences. Si les forces de police ne vérifient pas, si le Parquet ne poursuit pas, si les bourgmestres laissent faire, tant mieux pour les arts de la scène, pour les citoyens respectueux de leur conscience, pour tous ceux qui espèrent de leurs autorités des décisions justes, rationnelles, efficaces, équitables, compréhensibles, cohérentes.

Quand une autorité exige le respect et l'obéissance d'une décision erronée, au lieu de rectifier cette erreur, c'est l'autorité qui a tort, et c'est le citoyen refusant de respecter cette décision qui a raison.

Un dernier mot d'hommage à la Belgique. Il serait terrible le sort des Belges s'ils devaient vivre dans un pays où les bourgmestres enverraient les forces de police réprimer, où le Parquet demanderait aux juges de punir, et où ceux-ci le feraient, pour le grand contentement d'un pouvoir exécutif fort que se tiendrait coute que coute aux décisions prises, juste parce qu'elles émanent de l'autorité légitime, aussi iniques soient ces décisions. On n'en est pas là. Merci.

Daniel Rodenstein, médecin retraité.

(1) Les Procès de Nuremberg

(2) Stanley Milgram. Soumission à l'autorité. Calman-Lévy, France, 1974.

Le 22 décembre le Codeco (Comité de concertation qui réunit les principales autorités, appelons les " autorités A ", de tous les nombreux pouvoirs exécutifs des divers gouvernements de nos régions, communautés et du royaume) lors d'une courte réunion, a décidé d'instaurer une série de mesures qui, selon certaines sources non identifiées mais généralement dignes de crédit, avaient déjà été identifiées et accordées par une partie desdites autorités.Depuis lors et avec une unanimité digne de mention et rarement, pour ne pas dire jamais car il ne faut jamais dire jamais, atteinte dans nos contrées ni du nord ni du sud ni de l'ouest ni de l'est et encore moins de l'ensemble, un secteur d'activité soumis ces derniers mois à des périodes longues d'inactivité (on pourrait presque parler de secteur d'inactivité) a décidé, à son tour, de ne pas obtempérer aux décisions des autorités A, nombreuses et variées, réunies le 22 décembre. Curieusement, certaines autorités (appelons les "autorités B") se sont jointes au secteur d'activité en inactivité pour signaler leur refus de faire appliquer les décisions des autorités A précédemment citées. Parmi ces autorités B refusant d'appliquer les décisions des autorités A il n'y a rien de moins qu'une branche du gouvernement, le pouvoir judiciaire ou du moins une partie de celui-ci, le Parquet. Il y a aussi des autorités proches du citoyen ordinaire, à tout le moins beaucoup plus proches du citoyen, puisqu'il s'agit de bourgmestres. Pire encore, des exécuteurs directs des décisions des autorités chargés de les faire respecter sur le terrain, terrain sur lequel les autorités A contestées par d'autres autorités B ne sauraient s'aventurer, ou de moins en moins, c'est-à-dire les forces de police du royaume, débordées par les multiples tâches que les nombreuses et variées autorités leur enjoignent d'exécuter ont déclaré derechef qu'elles se voyaient dans l'incapacité de s'occuper du contrôle du maintien en inactivité de ce secteur d'activité.J'ai même entendu une autorité spirituelle d'un des nombreux et variés cultes et convictions philosophiques dont notre Royaume est fier, et non des moindres, déclarer en public mais en petit comité respectant les normes sanitaires que nos curieuses autorités auraient besoin d'une réorientation spirituelle.Devant cette situation quelque peu chaotique et faisant très fortement penser à une soirée de baptême estudiantin, là où les freins se détendent, les interdits se donnent des permissions et l'imagination déborde de ses lits habituels, la ministre de l'Intérieur a pensé qu'il y avait une crise. Elle a donc fait donner au Centre de crise l'ordre à toutes les autorités de moindre importance de respecter et faire respecter les décisions des autorités exécutives A, du 22 décembre. Personne à cette heure tardive ne sait ce que les autorités B défiant les autorités A feront ou ne feront pas dorénavant. Cependant, les simples citoyens ont leur mot à dire, après tant de mois avec leurs mots à taire. Car la question n'est pas de savoir si l'on doit le respect et l'obéissance à une décision des autorités A (légitimes, les autorités). La question est de savoir quoi faire face à une décision d'autorités légitimes qui ont fait le choix de prendre d'une décision soit stupide, soit irrationnelle, soit concoctée lors d'une session de spiritisme, soit inventée de toute pièce sans rapport aucun avec la réalité, soit tellement absurde qu'elle servirait à vérifier jusqu'à quel point les citoyens sont prêts à suivre une décision d'autorité aussi absurde soit elle. Depuis 1946 on sait que suivre des ordres n'est plus un argument recevable à l'heure de justifier une attitude (1). Depuis les études de Milgram on sait aussi que beaucoup d'honnêtes citoyens sont quand même enclins à suivre des ordres inhumains pour autant qu'ils émanent (ou semblent émaner) d'une autorité légitime (2).L'intention des autorités du 22 décembre vise à limiter les contacts sociaux. Elles ont donc décidé très illogiquement de fermer les endroits où les contacts sociaux sont les moins susceptibles de provoquer des infections interpersonnelles, d'après un certain nombre d'études réalisées dans notre royaume ou ailleurs. Mais où, pensaient elles, les réactions seraient les moins douloureuses (pour les autorités, non pour ceux qui les subiraient) et les plus faciles à faire taire, car les arts de la scène, théâtres et salles de concert, cinémas et salles de spectacle, ne se boivent ni ne se mangent. Que dois-je faire, moi simple citoyen, devant une décision inique prise par des autorités légitimes ? La seule, unique, simple et douloureuse réponse est de refuser de suivre cette décision, refuser des suivre des ordres absurdes sans justification et allant contre les évidences. Si les forces de police ne vérifient pas, si le Parquet ne poursuit pas, si les bourgmestres laissent faire, tant mieux pour les arts de la scène, pour les citoyens respectueux de leur conscience, pour tous ceux qui espèrent de leurs autorités des décisions justes, rationnelles, efficaces, équitables, compréhensibles, cohérentes. Quand une autorité exige le respect et l'obéissance d'une décision erronée, au lieu de rectifier cette erreur, c'est l'autorité qui a tort, et c'est le citoyen refusant de respecter cette décision qui a raison.Un dernier mot d'hommage à la Belgique. Il serait terrible le sort des Belges s'ils devaient vivre dans un pays où les bourgmestres enverraient les forces de police réprimer, où le Parquet demanderait aux juges de punir, et où ceux-ci le feraient, pour le grand contentement d'un pouvoir exécutif fort que se tiendrait coute que coute aux décisions prises, juste parce qu'elles émanent de l'autorité légitime, aussi iniques soient ces décisions. On n'en est pas là. Merci.Daniel Rodenstein, médecin retraité.(1) Les Procès de Nuremberg(2) Stanley Milgram. Soumission à l'autorité. Calman-Lévy, France, 1974.