"J'entends beaucoup de gens dire que les grandes crises offrent l'opportunité de réformes qui n'avaient pas pu être réalisées auparavant pour faire face à l'enjeu climatique ou aux inégalités, déclare Peter Praet. Et en effet, nous voyons apparaître une série de réformes structurelles. Aux Etats-Unis, en Italie où Mario Draghi a mis en place de vastes chantiers et dans d'autres pays."

Le risque de faire trop peu est plus important que le risque de faire trop."

Peter Praet

L'ancien chief economist de la BCE est particulièrement impressionné par l'importance des réformes mises en place par le président américain. "Je l'ai dit il y a quelques jours au quotidien El Pais, Joe Biden a été extrêmement agressif en matière de politique fiscale et monétaire. Sur le plan fiscal, il a placé la barre très haut, il veut exercer une forte stimulation pour rebondir à court terme, mais il veut associer ces mesures à des mesures structurelles ambitieuses. Il veut régler des problèmes vieux de plusieurs décennies: inégalités, soins de santé, éducation, sous-investissement public, environnement. Et il veut même refaire les règles internationales. Il ne s'agit pas seulement d'une impulsion à la Obama: c'est bien plus." Peter Praet estime que nous sommes face à des changements de l'ampleur de ceux mis en place par Margareth Thatcher. "C'est évidemment très différent de ce qui s'est passé dans les années 1980 mais c'est le même choc contre le système. C'est la même idée qu'après une crise grave, il faut saisir l'opportunité de résoudre une série de problèmes essentiels."

Risque calculé

Alors oui, ajoute Peter Praet, le président américain prend un risque, "celui essentiellement de réveiller l'inflation, car ce sont des programmes costauds. Mais je pense que ce risque est calculé et nécessaire. Car un retour à la situation antérieure signifierait pour les Etats-Unis un retour à la bipolarisation du paysage politique, au populisme... Il faut un changement et Joe Biden doit le faire rapidement car il y a toujours le danger de perdre sa majorité au Congrès lors des élections de mi-mandat, dans deux ans".

En Europe, la tonalité est différente. "Il y a certes une certaine dynamique avec le plan de relance et les plans français, italien, allemand, mais elle est moins forte qu'aux Etats-Unis. Certains diront que nos problèmes sont moins graves. Je ne pense pas. Et le risque de faire trop peu est plus important que le risque de faire trop."

Peter Praet ajoute: "Toutes ces dépenses ne peuvent pas être financées uniquement par la dette publique, qui était déjà élevée avant la crise. Au niveau européen, une partie des programmes de relance est financée par la dette. Au moment de lancer le plan, on avait dit qu'on lèverait un impôt communautaire. Mais le débat devient difficile entre les pays qui désirent une capacité fiscale européenne, ceux qui ne la désirent pas et ceux qui désirent refinancer sans cesse cet endettement. Au niveau national, nous avons des niveaux de dettes soutenables en tenant compte des taux d'intérêt actuels. Cependant, même si les taux restent bas à l'avenir, il faudra, pour certains pays tels que la Belgique, faire preuve d'une certaine rigueur budgétaire tout en réallouant les dépenses publiques pour répondre à une population qui a davantage d'exigence dans des domaines comme la lutte contre les inégalités, le changement climatique, les soins de santé, etc. Ce ne sera pas facile".

Récemment, Peter Praet avait dit à L'Echo que face à ces demandes, il ne voyait pas comment nous allions échapper à un impôt de solidarité. Il confirme: "cet impôt devrait toucher également les patrimoines", précise-t-il.

"J'entends beaucoup de gens dire que les grandes crises offrent l'opportunité de réformes qui n'avaient pas pu être réalisées auparavant pour faire face à l'enjeu climatique ou aux inégalités, déclare Peter Praet. Et en effet, nous voyons apparaître une série de réformes structurelles. Aux Etats-Unis, en Italie où Mario Draghi a mis en place de vastes chantiers et dans d'autres pays." L'ancien chief economist de la BCE est particulièrement impressionné par l'importance des réformes mises en place par le président américain. "Je l'ai dit il y a quelques jours au quotidien El Pais, Joe Biden a été extrêmement agressif en matière de politique fiscale et monétaire. Sur le plan fiscal, il a placé la barre très haut, il veut exercer une forte stimulation pour rebondir à court terme, mais il veut associer ces mesures à des mesures structurelles ambitieuses. Il veut régler des problèmes vieux de plusieurs décennies: inégalités, soins de santé, éducation, sous-investissement public, environnement. Et il veut même refaire les règles internationales. Il ne s'agit pas seulement d'une impulsion à la Obama: c'est bien plus." Peter Praet estime que nous sommes face à des changements de l'ampleur de ceux mis en place par Margareth Thatcher. "C'est évidemment très différent de ce qui s'est passé dans les années 1980 mais c'est le même choc contre le système. C'est la même idée qu'après une crise grave, il faut saisir l'opportunité de résoudre une série de problèmes essentiels." Alors oui, ajoute Peter Praet, le président américain prend un risque, "celui essentiellement de réveiller l'inflation, car ce sont des programmes costauds. Mais je pense que ce risque est calculé et nécessaire. Car un retour à la situation antérieure signifierait pour les Etats-Unis un retour à la bipolarisation du paysage politique, au populisme... Il faut un changement et Joe Biden doit le faire rapidement car il y a toujours le danger de perdre sa majorité au Congrès lors des élections de mi-mandat, dans deux ans". En Europe, la tonalité est différente. "Il y a certes une certaine dynamique avec le plan de relance et les plans français, italien, allemand, mais elle est moins forte qu'aux Etats-Unis. Certains diront que nos problèmes sont moins graves. Je ne pense pas. Et le risque de faire trop peu est plus important que le risque de faire trop." Peter Praet ajoute: "Toutes ces dépenses ne peuvent pas être financées uniquement par la dette publique, qui était déjà élevée avant la crise. Au niveau européen, une partie des programmes de relance est financée par la dette. Au moment de lancer le plan, on avait dit qu'on lèverait un impôt communautaire. Mais le débat devient difficile entre les pays qui désirent une capacité fiscale européenne, ceux qui ne la désirent pas et ceux qui désirent refinancer sans cesse cet endettement. Au niveau national, nous avons des niveaux de dettes soutenables en tenant compte des taux d'intérêt actuels. Cependant, même si les taux restent bas à l'avenir, il faudra, pour certains pays tels que la Belgique, faire preuve d'une certaine rigueur budgétaire tout en réallouant les dépenses publiques pour répondre à une population qui a davantage d'exigence dans des domaines comme la lutte contre les inégalités, le changement climatique, les soins de santé, etc. Ce ne sera pas facile". Récemment, Peter Praet avait dit à L'Echo que face à ces demandes, il ne voyait pas comment nous allions échapper à un impôt de solidarité. Il confirme: "cet impôt devrait toucher également les patrimoines", précise-t-il.