Dans une récente interview donnée à L'Echo, Steven Vanackere, vice-gouverneur de la Banque nationale et vice-président du Conseil supérieur de l'emploi, s'était plaint que quelque chose chez nous n'encourageait pas à travailler. Il avait pris l'exemple des réfugiés ukrainiens et s'étonnait qu'aux Pays-Bas, 80% des Ukrainiens travaillent. Chez nous, ils ne sont que 20%.
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Dans une récente interview donnée à L'Echo, Steven Vanackere, vice-gouverneur de la Banque nationale et vice-président du Conseil supérieur de l'emploi, s'était plaint que quelque chose chez nous n'encourageait pas à travailler. Il avait pris l'exemple des réfugiés ukrainiens et s'étonnait qu'aux Pays-Bas, 80% des Ukrainiens travaillent. Chez nous, ils ne sont que 20%. Des lecteurs ont réagi en s'étonnant de cet étonnement. "J'ai recueilli une maman ukrainienne et son enfant autiste pendant trois mois", nous écrit l'un d'eux. Et cette maman réfugiée a rapidement touché 1.500 euros par mois, majorés de 150 euros pour son fils. "Il est bien clair qu'avec de tels émoluments, ces gens qui ne parlent même pas anglais pour la plupart [...] n'ont évidemment aucune envie d'aller bosser."Ce lecteur ajoute que de son côté, après 40 ans de carrière, il perçoit une pension de 880 euros parce que, pour des raisons de santé, il a dû demander une mise à la pension anticipée. Mais si d'un côté sa pension est minime, de l'autre, il ne peut pas l'améliorer en travaillant. Car s'il perçoit plus que 6.240 euros de rémunération supplémentaire par an, la fiscalité qui s'applique devient décourageante. "Ce système nous broie", résume, amer, notre interlocuteur.Cet exemple typique de piège à l'emploi et de désincitation au travail nous rappelle que le problème est lancinant depuis des décennies. Notre pays semble être incapable de réaliser une véritable réforme structurelle (les pensions, l'énergie, la fiscalité, etc.). Mais il a aussi une administration et un exécutif qui multiplient textes et règlements, sans vision sociétale aucune puisque ce devrait être au législatif de s'en occuper et qu'il ne le fait pas. Aujourd'hui, la Belgique est pressée de toutes parts (FMI, Union européenne, etc.) de pousser les gens vers le travail, d'améliorer l'équité dans la perception de l'impôt, d'accroître l'efficacité des dépenses, d'équilibrer les retraites et de faire en sorte, au final, que la société trouve des moyens pour affronter les défis futurs (retraite, climat) tout en préservant une indispensable cohésion.Certes, du côté des partis du gouvernement aussi, on sent cette volonté de bouger et, notamment, d'entreprendre enfin une grande refonte de la fiscalité. Mais il est à craindre une fois encore que cette réforme structurelle ne reste dans les limbes. Et qu'au lieu de vouloir remettre le système d'équerre, on élabore péniblement un nouveau tax shift pour s'attirer les faveurs d'un électorat de plus en plus désabusé.Or, sans vrai pilotage, l'administration tourne fou. Sur LinkedIn, Roland Rosoux, collaborateur scientifique à l'association d'avocats LawTax, rappelle quelques chiffres effarants de l'an dernier pour ce qui touche aux textes concernant les experts comptables: "2.400 articles légaux ou réglementaires nouveaux, modifiés ou abrogés sont contenus dans plus de 300 lois, arrêtés, etc. C'est une règle qui change toutes les quatre heures!" Et face à cette déferlante, le contribuable citoyen est prié de ne pas se tromper car l'administration ne lui reconnaît plus le bénéfice de la bonne foi quand il commet une erreur. Tout cela n'est pas sans conséquence sur les fondements de notre régime politique: "A défaut de pouvoir convaincre les citoyens de l'utilité et du caractère 'juste' des mesures adoptées [...] sans aucune réflexion ou vision à long terme, on augmente l'arsenal répressif", souligne Roland Rosoux. Il craint une dérive autocratique d'un régime qui ne sait littéralement plus où donner de la tête. On voudrait le détromper. Mais les arguments nous manquent.