On ne peut que partager le souci de la Commission de renforcer la souveraineté de l'UE au sein du monde numérique (encore qu'il eût été pertinent d'y ajouter les nanotechnologies, domaine dans lequel l'UE a également pris du retard par rapport à ses grands concurrents) et de réconcilier la dimension sociale et le marché.

En revanche, le premier objectif précité appelle quelques commentaires.

Il faut avant tout éviter l'amalgame entre la neutralité climatique (d'ici à 2050) et la lutte contre la pollution. La nécessité de cette dernière est une évidence tant d'un point de vue environnemental qu'économique pour autant qu'elle soit gérée raisonnablement. Le recyclage, l'économie circulaire, ou une solution adéquate à l'accumulation de déchets plastiques (sauvage ou non) sont autant d'initiatives convaincantes. Quant à l'utilisation des pesticides, elle requiert à la fois circonspection et pragmatisme. À cet égard, l'opinion des agriculteurs ne devrait pas être sous-estimée.

La mise en oeuvre de la neutralité climatique est un autre sujet (fédérateur ?). Elle n'a pas grand-chose à voir avec la pollution.

Nous ne pouvons qu'être séduits par la sincérité, la bonne foi, l'humanisme et l'élégance des propos de madame von der Leyen. Toutefois, son engagement inconditionnel en faveur du renouvelable intermittent, sa conviction (spontanée ou conditionnée) de création massive d'emplois qu'il engendrerait, ainsi que son silence à propos du nucléaire, me laissent perplexe.

Je ne m'étendrai pas sur les problèmes que pose une part importante du renouvelable intermittent dans le mix électrique ni sur son incapacité d'assurer l'approvisionnement électrique sans le soutien de centrales à gaz et en l'absence de l'électronucléaire, le sujet ayant déjà été largement couvert[1].

En revanche, la prétendue création massive d'emplois grâce aux filières éolienne et photovoltaïque mérite une mise au point. Ces emplois "ne sont pas l'expression d'une activité classique, mais bien d'emplois sous perfusion d'argent public" : exonération d'impôts, subventions européennes, tarifs subventionnés, émissions de certificats carbone, pour ne citer que quelques aides financières et fiscales profitant aux acteurs de l'écobusiness et pesant sur les factures des contribuables.

Voici deux exemples parmi de nombreux autres pour illustrer ce propos.

Assez logiquement, la fin des subventions au secteur de l'éolien en Allemagne a-t-elle conduit à d'importantes pertes d'emplois dans ce secteur d'activités à la suite de faillites ou de licenciements. Quelques mois après l'amendement de la loi EEG (Erneuerbare Energie Gesetz) instaurant, notamment, la suppression des subventions, 26 000 emplois avaient déjà été supprimés dans le secteur éolien en Allemagne, selon les chiffres publiés par le Bundestag. Malgré les 30 milliards/an investis depuis 2010 dans l'énergie renouvelable allemande, la transition énergétique (Energie Wende) est en crise. L'opposition croissante de la population aux projets éoliens et la concurrence des pays asiatiques et, en particulier de la Chine, n'ont fait qu'aggraver la situation.

En France, où la production d'électricité est déjà très largement bas carbone, grâce aux productions nucléaire et hydraulique, il est question de construire six parcs éoliens en mer entre Dieppe et les îles d'Yeu et de Noirmoutier (au grand dam des populations locales),

les subventions envisagées s'élevant à 2,16 milliards d'euros/an.[2]

La Cour des Comptes française considère ce soutien financier aux éoliennes comme coûteux et peu efficace par rapport à l'objectif recherché, c'est-à-dire la baisse des émissions de CO2.

Au lieu de tant investir dans la production électrique renouvelable intermittente, de peu d'efficacité et de relativement faible contribution à la neutralité carbone, il serait nettement plus rationnel et efficace d'utiliser les ressources financières considérables qui lui sont dédiées, à la réduction des émissions de GES (Gaz à Effet de Serre) associées au chauffage ou à la climatisation des bâtiments résidentiels, industriels ou commerciaux.

Enfin, il est étonnant que la ré-industrialisation européenne ne figure pas parmi les priorités citées par la Présidente lors de son allocution, alors que la désindustrialisation inquiétante de l'Union Européenne, accompagnée d'importantes pertes d'emplois, affaiblit l'Union en la rendant trop dépendante des importations des produits nécessaires à sa prospérité, et donc de la disponibilité de ceux-ci sur le marché international, et du bon vouloir des pays exportateurs.

L'Italie et la France ont subi le déclin le plus sérieux de leur industrie manufacturière ces dernières années alors que, dans le même temps en Allemagne et en Espagne, ce secteur d'activités a mieux résisté, non sans quelque tassement.

Une telle situation est tout bénéfice pour les États-Unis et pour les pays asiatiques dont principalement la Chine.

La souveraineté de l'UE est-elle moins essentielle lorsqu'il s'agit de la production industrielle alors qu'elle est revendiquée per la Commission pour le numérique ?

La reprise manufacturière européenne passe par la mobilisation de moyens financiers non seulement pour sa relance, mais également pour l'enseignement de la science et de l'ingénierie et pour la recherche dans les domaines scientifiques et technologiques.

En effet, le ré-industrialisation implique de disposer d'une réserve suffisante d'ingénieurs, de techniciens et de scientifiques capables de développer les techniques et les méthodologies innovantes permettant une insertion dans l'économie mondiale.

Jean-Pierre Schaeken Willemaers, Institut Thoma More, Président Pôle Energie, Climat, Environnement

[1]Voir également mes cartes blanches sur le sujet publiées par Trends Tendances.

[2] "Les éoliennes, la face noire de la transition écologique", Fabien Bouglé, Rocher, 2019.

On ne peut que partager le souci de la Commission de renforcer la souveraineté de l'UE au sein du monde numérique (encore qu'il eût été pertinent d'y ajouter les nanotechnologies, domaine dans lequel l'UE a également pris du retard par rapport à ses grands concurrents) et de réconcilier la dimension sociale et le marché.En revanche, le premier objectif précité appelle quelques commentaires.Il faut avant tout éviter l'amalgame entre la neutralité climatique (d'ici à 2050) et la lutte contre la pollution. La nécessité de cette dernière est une évidence tant d'un point de vue environnemental qu'économique pour autant qu'elle soit gérée raisonnablement. Le recyclage, l'économie circulaire, ou une solution adéquate à l'accumulation de déchets plastiques (sauvage ou non) sont autant d'initiatives convaincantes. Quant à l'utilisation des pesticides, elle requiert à la fois circonspection et pragmatisme. À cet égard, l'opinion des agriculteurs ne devrait pas être sous-estimée.La mise en oeuvre de la neutralité climatique est un autre sujet (fédérateur ?). Elle n'a pas grand-chose à voir avec la pollution.Nous ne pouvons qu'être séduits par la sincérité, la bonne foi, l'humanisme et l'élégance des propos de madame von der Leyen. Toutefois, son engagement inconditionnel en faveur du renouvelable intermittent, sa conviction (spontanée ou conditionnée) de création massive d'emplois qu'il engendrerait, ainsi que son silence à propos du nucléaire, me laissent perplexe.Je ne m'étendrai pas sur les problèmes que pose une part importante du renouvelable intermittent dans le mix électrique ni sur son incapacité d'assurer l'approvisionnement électrique sans le soutien de centrales à gaz et en l'absence de l'électronucléaire, le sujet ayant déjà été largement couvert[1].En revanche, la prétendue création massive d'emplois grâce aux filières éolienne et photovoltaïque mérite une mise au point. Ces emplois "ne sont pas l'expression d'une activité classique, mais bien d'emplois sous perfusion d'argent public" : exonération d'impôts, subventions européennes, tarifs subventionnés, émissions de certificats carbone, pour ne citer que quelques aides financières et fiscales profitant aux acteurs de l'écobusiness et pesant sur les factures des contribuables.Voici deux exemples parmi de nombreux autres pour illustrer ce propos.Assez logiquement, la fin des subventions au secteur de l'éolien en Allemagne a-t-elle conduit à d'importantes pertes d'emplois dans ce secteur d'activités à la suite de faillites ou de licenciements. Quelques mois après l'amendement de la loi EEG (Erneuerbare Energie Gesetz) instaurant, notamment, la suppression des subventions, 26 000 emplois avaient déjà été supprimés dans le secteur éolien en Allemagne, selon les chiffres publiés par le Bundestag. Malgré les 30 milliards/an investis depuis 2010 dans l'énergie renouvelable allemande, la transition énergétique (Energie Wende) est en crise. L'opposition croissante de la population aux projets éoliens et la concurrence des pays asiatiques et, en particulier de la Chine, n'ont fait qu'aggraver la situation.En France, où la production d'électricité est déjà très largement bas carbone, grâce aux productions nucléaire et hydraulique, il est question de construire six parcs éoliens en mer entre Dieppe et les îles d'Yeu et de Noirmoutier (au grand dam des populations locales),les subventions envisagées s'élevant à 2,16 milliards d'euros/an.[2]La Cour des Comptes française considère ce soutien financier aux éoliennes comme coûteux et peu efficace par rapport à l'objectif recherché, c'est-à-dire la baisse des émissions de CO2.Au lieu de tant investir dans la production électrique renouvelable intermittente, de peu d'efficacité et de relativement faible contribution à la neutralité carbone, il serait nettement plus rationnel et efficace d'utiliser les ressources financières considérables qui lui sont dédiées, à la réduction des émissions de GES (Gaz à Effet de Serre) associées au chauffage ou à la climatisation des bâtiments résidentiels, industriels ou commerciaux.Enfin, il est étonnant que la ré-industrialisation européenne ne figure pas parmi les priorités citées par la Présidente lors de son allocution, alors que la désindustrialisation inquiétante de l'Union Européenne, accompagnée d'importantes pertes d'emplois, affaiblit l'Union en la rendant trop dépendante des importations des produits nécessaires à sa prospérité, et donc de la disponibilité de ceux-ci sur le marché international, et du bon vouloir des pays exportateurs.L'Italie et la France ont subi le déclin le plus sérieux de leur industrie manufacturière ces dernières années alors que, dans le même temps en Allemagne et en Espagne, ce secteur d'activités a mieux résisté, non sans quelque tassement.Une telle situation est tout bénéfice pour les États-Unis et pour les pays asiatiques dont principalement la Chine.La souveraineté de l'UE est-elle moins essentielle lorsqu'il s'agit de la production industrielle alors qu'elle est revendiquée per la Commission pour le numérique ?La reprise manufacturière européenne passe par la mobilisation de moyens financiers non seulement pour sa relance, mais également pour l'enseignement de la science et de l'ingénierie et pour la recherche dans les domaines scientifiques et technologiques.En effet, le ré-industrialisation implique de disposer d'une réserve suffisante d'ingénieurs, de techniciens et de scientifiques capables de développer les techniques et les méthodologies innovantes permettant une insertion dans l'économie mondiale.Jean-Pierre Schaeken Willemaers, Institut Thoma More, Président Pôle Energie, Climat, Environnement[1]Voir également mes cartes blanches sur le sujet publiées par Trends Tendances.[2] "Les éoliennes, la face noire de la transition écologique", Fabien Bouglé, Rocher, 2019.