"Aura-t-on des jouets pour Noël ?". La question pourrait paraître étrange alors qu'on n'arrive à peine à la fin du mois d'octobre. Mais il existe une réelle inquiétude parmi un grand nombre d'acteurs du secteur de la distribution. La raison ? Les pénuries qui ne cessent de s'accumuler depuis le début de la crise sanitaire et qui prennent désormais des proportions démesurées ces dernières semaines.
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"Aura-t-on des jouets pour Noël ?". La question pourrait paraître étrange alors qu'on n'arrive à peine à la fin du mois d'octobre. Mais il existe une réelle inquiétude parmi un grand nombre d'acteurs du secteur de la distribution. La raison ? Les pénuries qui ne cessent de s'accumuler depuis le début de la crise sanitaire et qui prennent désormais des proportions démesurées ces dernières semaines.Les jouets ne sont pas les seuls bien concernés par cette situation. Si vous cherchez une chaîne pour la transmission de votre vélo, les délais d'attente explosent. Vous souhaitez installer une étagère d'une marque suédoise bien connue dans votre chambre ? On vous dira qu'il faudra attendre. Vous rêvez de profiter des possibilités des consoles de jeux nouvelle génération pour jouer à FIFA 22, impossible de trouver l'ombre d'une Xbox Serie X ou d'une Playstation 5. A ces quelques exemples, l'on pourrait rajouter les épices, la laine, les smartphones et mêmes les voitures qui n'ont jamais été aussi peu vendues qu'en cette année.Beaucoup craignaient que la crise sanitaire ralentisse la reprise, sauf que l'Europe et les Etats-Unis ont déjà retrouvé leur niveau d'avant-crise. Et l'augmentation de la demande s'est déplacée vers les biens durables au détriment des services qui sont en net recul. Ce glissement s'explique en partie par nos nouvelles habitudes de post-confinés. L'essor du télétravail et la numérisation de l'économie ont augmenté les besoins en produits électroniques. Les ménages qui ont su économiser pendant cette période ont propulsé les ventes d'automobiles et favorisé la bonne santé du secteur de la construction qui se retrouve avec des calendriers surchargés, mais aussi avec une pénurie de matières premières, notamment de bois. L'Europe et les Etats-Unis ont lancé des plans de soutien à la consommation qui ont permis aux voyants économiques de repasser au vert mais en oubliant que l'emballement de la demande allait avoir des conséquences catastrophiques sur les chaînes de production et d'approvisionnement. Celles-ci ne peuvent plus suivre une cadence devenue effrénée après avoir été fragilisées par des confinements successifs. Sans oublier que les pays occidentaux oublient qu'ils ne produisent que très peu des biens qu'ils adorent consommer. Dépendants de l'est du monde, les Européens et les Américains n'ont pas vu que les Asiatiques se débattaient toujours avec le coronavirus et que la situation épidémiologique nécéssitait de fermer certaines usines et ports pour endiguer la propagation du virus. Les compagnies maritimes se sont alors retrouvées contraintes de transporter des volumes de marchandises en rapide augmentation. Rien que sur l'année en cours, l'Organisation Mondiale du Commerce annonçait une augmentation de plus de 10% de ce volume.Les embouteillages ne s'allongent donc pas que sur les routes belges avec la levée des restrictions sur le télétravail. Aux entrées et abords des principaux ports du monde, les gigantesques porte-conteneurs font la queue. Et comme ceux-ci sont de plus en plus grands, et remplis à rabord, cela ne facilite pas la fluidité du trafic.Et pour charger des marchandises sur ces mastodontes des mers, encore faut-il qu'il y ait suffisamment de conteneurs et là aussi les effets de la pénurie se font ressentir. Tout comme dans les usines où en plus des fermetures sanitaires se sont ajoutées les pénuries d'électricité, notamment en Chine, un producteur clé pour le monde entier.Conséquence de tout cela, les délais de transport sont rallongés et le prix du fret flambe puisque ses coûts ont été multipliés par 10 sur les dix-huit derniers mois. Les pénuries s'enchaînent avec un effet domino puisque certaines en entraînent d'autres. Le manque de bois ralentit par exemple la fabrication de palettes et du coup, c'est toute la chaîne logistique qui est affectée. Le manque de semi-conducteurs contraint les constructeurs automobiles à interrompre l'activité de certaines de leurs usines. Du coup, quand les précieux biens arrivent en magasins, avec l'augmentation des frais, leur prix devient rapidement excessif. Du coup, pour faire plaisir à ses proches, le père Noël a intérêt à prévoir un budget dépenses à la hausse.Pour expliquer ces retards de livraison, on peut aussi souligner l'effet à retardement du blocage du canal de Suez par le porte-conteneurs Evergreen en mars dernier. Si la situation pouvait prêter à sourire sur le moment, il ne faut pas oublier tous les bateaux qui ont été bloqués plusieurs jours dans l'aventure avec pour effet de voir d'autres retards en découler...Une fois arrivées sur la terre ferme, faut-il encore que les précieuses marchandises puissent être livrées à destination. Mais le secteur du transport routier est lui affecté par une pénurie... de chauffeurs. Et la situation est particulièrement dramatique au Royaume-Uni où les dysfonctionnements se sont aggravés depuis le Brexit.Certains accusent aussi des acteurs de comportements non solidaires et d'avoir "organisé" des pénuries en retardant le redémarrage de leurs activités afin de bénéficier d'une hausse des prix. Michel-Edouard Leclerc, PDG de l'enseigne de distribution éponyme, pointait dernièrement dans une interview accordée aux médias français que "le prix des transports avait explosé de manière inconsidérée" . L'entrepreneur visait notamment le fret maritime et le tarif des conteneurs en provenance d'Asie et d'Afrique.Lors des réunions du Fonds monétaire internationale (FMI), du G20 et du G7 Finances de la semaine dernière, les dirigeants des pays industrialisés ont promis de s'attaquer aux difficultés d'approvisionnement qui pèsent désormais autant sur les matières premières que sur les produits de consommation courante. En effet, la menace de ralentissement de la croissance mondiale et d'une flambée des prix est bien réelle. D'ailleurs, le FMI a révisé à la baisse les prévisions de croissance de la Chine, des Etats-Unis, de l'Allemagne et du Royaume-Uni.La situation a pour effet de pousser les entreprises à s'interroger leur modèle d'approvisionnement et leur dépendance à l'égard de fournisseurs étrangers et de produits fabriqués toujours plus loin de l'Europe. Le ministre français de l'Economie Bruno Le Maire évoquait la solution à savoir"l'indépendance." Mais entre les intentions et les faits, il y aura encore un (très) long chemin à parcourir. Et la rentabilité à tout prix pèsera inévitablement dans les choix stratégiques qui seront opérés.Faisons maintenant le point sur quelques biens et produits menacés par les pénuries.Parmi les produits qui pourraient manquer d'ici la fin de l'année en Europe, il y a les vêtements et les chaussures. Des marques comme Nike et Adidas, dont une grande partie de la production se trouve en Asie du sud-est, pourraient en faire les frais vu la flambée des cas de Covid-19 dans la région qui ralentissent le rythme des usines de textiles. Du coup, il sera sans doute difficile de trouver certains modèles et ceux qui seront disponibles pourraient coûter beaucoup plus chers que d'habitude. Alors que la "Petite-Reine" est de plus en plus favorisée pour certains déplacements urbains, il est devenu difficile de réparer sa monture ces derniers mois. Les vélos sont principalement produits en Asie où des pénuries de composants et de matières premières se ajoutées à la hausse des prix du fret. La filière des vélos livre ses clients au compte-gouttes et la situation devrait durer au moins jusqu'à l'année prochaine. En septembre dernier, le marché automobile européen vendait quasiment 25% de voitures neuves en moins. On retrouvait le niveau de 1995. Un an plus tôt, les constructeurs avaient pourtant su rebondir après les confinements, mais la pénurie des semi-conducteurs a porté un dur coup au secteur. Certaines usines sont mêmes obligées de fermer quelques jours par semaine car la production est désormais devenue insuffisante. Chez le géant suédois de l'ameublement Ikea, il est aussi difficile de trouver des produits phares comme certaines étagères. Les problèmes de stock s'expliquent autant par les difficultés de production, de transport et de livraison, que par l'accès aux matières premières. Le groupe estime que la situation risque encore de durer de nombreux mois.Personne n'a oublié les mois de mars et avril 2020 et les cohues délirantes dans certains supermarchés sur le papier-toilette, la farine ou les pâtes. Si les prix pourraient augmenter dans les prochaines semaines, il ne faut pas craindre de se retrouver devant des rayons vides comme au Royaume-Uni. La plupart de ces produits sont fabriqués sur le Vieux Continent et les problèmes d'acheminement devraient être réduits.