La Turquie fête son centenaire cette année

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Cet anniversaire pourrait marquer la fin de l’ère Erdogan. Mais celui-ci fera tout pour échapper à la défaite lors des prochaines élections.

L’Etat moderne que Kemal Atatürk a bâti sur les ruines de l’Empire ottoman fête son centenaire en 2023. Mais l’ambiance ne sera guère à la fête. En 2010, Recep Tayyip Erdogan, le président autoritaire de la Turquie, s’est engagé à porter le PIB à 2.000 milliards de dollars et à faire de l’économie turque l’une des 10 plus importantes au monde d’ici 2023. Miné par une inflation qui frôle les 80% et une monnaie faible (conséquences directes des politiques d’Erdogan) le pays stagne au 19e rang mondial. En termes réels, le PIB a même diminué: de 957 milliards de dollars en 2013 à 815 milliards en 2021.

L’économie, ainsi que les préoccupations relatives à la corruption et à l’intégrité institutionnelle, pourraient entraîner la chute d’Erdogan. Des élections présidentielles et parlementaires sont prévues en juin. L’opposition n’a pas encore présenté son représentant, mais les sondages montrent qu’Erdogan perdrait contre tous les candidats au second tour.

Son parti au pouvoir, le parti de la justice et du développement (AKP), et son partenaire de coalition, le parti du mouvement nationaliste, sont en passe d’être battus par une alliance de l’opposition. La mort politique du président avait déjà été annoncée par le passé mais cette fois-ci, même ses alliés admettent que ces élections seront les plus difficiles pour lui.

Risque de confrontation

De nombreux Turcs craignent qu’Erdogan n’ait recours à des mesures extrêmes pour échapper à la défaite. Il serait susceptible d’augmenter les dépenses pour sortir de l’impasse. Privée de devises fortes, la Turquie fait désormais la cour aux nouveaux investisseurs de Russie, d’Arabie saoudite et des Emirats arabes unis.

Il a déjà mis en place un programme d’amnistie de la dette et augmenté de façon spectaculaire le salaire minimum. De nouvelles dépenses de relance pourraient propulser le taux d’inflation officiel à trois chiffres.

Erdogan pourrait également tenter de renverser la situation par une confrontation, soit avec les insurgés kurdes en Syrie, soit avec son éternel ennemi grec, au sujet de l’espace aérien et des droits maritimes. A l’approche des élections grecques, le risque d’escalade est bien réel. Mais cela ne suffira pas pour sauver Erdogan. Il est fort probable qu’en octobre, au moment des célébrations officielles, l’ère Erdogan sera définitivement enterrée. Ne sous-estimons toutefois pas les efforts qu’il déploiera pour éviter cette issue.

Piotr Zalewski, correspondant de “The Economist”

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