Selon des responsables américains, la Russie a demandé à la Chine de lui fournir du matériel militaire et de l'aide financière pour mener sa guerre en Ukraine après l'invasion à grande échelle du pays par Poutine, le 24 février dernier, rapporte le journal américain The New York Times. D'autres médias anglo-saxons, tels que leFinancial Times et le Washington Post avancent les mêmes informations. Un soutien direct de Pékin à Moscou placerait la Chine en conflit avec les partisans de l'Ukraine, notamment l'Union européenne et les États-Unis.

Pékin a réagi avec colère à ces informations, sans toutefois les démentir spécifiquement.

Les responsables américains, déterminés à garder secrets leurs moyens de collecte de renseignements sur les demandes de la Russie, ont refusé de décrire plus précisément le type d'armes ou d'aide militaire que Moscou recherche, précise le NYT.

Par le passé, c'est plutôt la Chine qui a acheté des équipements militaires à la Russie plutôt que l'inverse, rappelle le New York Times. Ces dernières années, la Russie a ainsi augmenté ses ventes d'armes à la Chine. La Chine dispose, pour sa part, de missiles et de drones avancés que la Russie pourrait utiliser dans sa guerre en Ukraine. Par ailleurs, des éléments avancés par des analystes indépendants indiquent que les stocks de missiles ruses seraient en baisse.

Aide financière

Selon un de ces responsables, la Russie a également demandé à la Chine une aide économique supplémentaire, afin de contrecarrer les coups portés à son économie par les vastes sanctions imposées par les alliés occidentaux. Les responsables ont refusé de discuter d'une éventuelle réaction de la Chine à ces demandes.

Liu Pengyu, un porte-parole de l'ambassade de Chine à Washington, a déclaré de son côté qu'il n'avait jamais entendu parler de la demande de la Russie, rapporte encore le New York Times. "La situation actuelle en Ukraine est en effet déconcertante", a-t-il déclaré, ajoutant que Pékin souhaite voir un règlement pacifique au conflit qui oppose les Ukrainiens et les Russes. "La grande priorité est maintenant d'empêcher que la situation tendue ne s'aggrave, voire devienne incontrôlable", ajoute-t-il.

Le gouvernement chinois, de son côté, n'a ni condamné ni approuvé l'offensive de la Russie et s'est abstenu de la qualifier d'"invasion" par son allié. Le Premier ministre chinois Li Keqiang a appelé à la retenue dans le conflit ukrainien afin d'éviter une catastrophe humanitaire, mais il s'est également prononcé contre les sanctions internationales contre la Russie.

Mardi dernier, le président chinois Xi Jinping a répété les positions officielles de la Chine sur la guerre lors d'un appel vidéo avec les dirigeants français et allemands. Il a également déclaré que toutes les nations devaient faire preuve d'une "retenue maximale" et que la Chine était "profondément affligée par le déclenchement d'une nouvelle guerre sur le continent européen", selon un compte rendu chinois.

Réunion cruciale ce lundi à Rome

Dans ce contexte tendu, les responsables américains surveillent de près la Chine pour voir si elle donnera suite à toute demande d'aide de la Russie. Jake Sullivan, le conseiller à la sécurité nationale de la Maison Blanche, doit rencontrer ce lundi à Rome Yang Jiechi, directeur de la commission centrale des Affaires étrangères du Parti communiste chinois.

"Nous ne permettrons pas qu'il y ait une bouée de sauvetage vers la Russie pour échapper à ces sanctions économiques, quel que soit le pays"

Jake Sullivan, conseiller à la sécurité nationale de la Maison Blanche

Le conseiller de la Maison Blanche a l'intention de mettre en garde Yang Jiechi contre tout effort chinois futur visant à soutenir la Russie dans sa guerre ou à affaiblir l'Ukraine, les États-Unis et leurs partenaires. "Nous ne permettrons pas que cela se poursuive et qu'il y ait une bouée de sauvetage vers la Russie pour échapper à ces sanctions économiques, quel que soit le pays", a déclaré ce dimanche Sullivan sur la chaîne CNN.

Des responsables américains affirment que la réunion de Rome de ce lundi est d'une haute importance, compte tenu des vies en jeu dans la guerre en Ukraine et de la possibilité que la Russie et la Chine présentent un front géopolitique uni contre les États-Unis et leurs alliés dans les années à venir.

"Cette réunion est cruciale et pourrait constituer un moment décisif dans les relations entre les deux pays", déclare Evan Medeiros dans le New York Times. Professeur à l'université de Georgetown, Evan Medeiros a été directeur principal pour l'Asie au Conseil national de sécurité sous l'administration Obama.

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L'administration Biden cherche à exposer à la Chine les conséquences de son alignement sur la Russie et les sanctions qu'elle encourt si elle continue ou accroît son soutien. Certains responsables américains estiment qu'il serait possible de dissuader Pékin d'accroître son aide à Moscou. Les dirigeants chinois pourraient se contenter d'offrir un soutien rhétorique à Moscou et ne pas vouloir s'allier davantage à Poutine en fournissant un soutien militaire pour la guerre.

"Cette réunion est cruciale et pourrait constituer un moment décisif dans les relations entre les deux pays"

Evan Medeiros, directeur principal pour l'Asie au Conseil national de sécurité sous l'administration Obama

Selon Sullivan, cité par le New York Times, la Chine "savait, avant l'invasion, que Vladimir Poutine préparait quelque chose", mais il a ajouté que les Chinois ne connaissaient peut-être pas toute l'étendue des plans du dirigeant russe. "Il est très possible que Poutine leur ait menti, de la même manière qu'il a menti aux Européens et à d'autres", a-t-il dit. Certains responsables américains cherchent également des moyens d'obliger Xi Jinping à prendre ses distances avec Poutine sur la guerre.

Rapprochement entre la Chine et la Russie

La Chine et la Russie se sont rapprochées ces derniers temps. Suite aux sanctions imposées par l'Occident, la Russie se retrouve en effet de plus en plus isolée et n'a que peu d'alliés.

Ces derniers temps, les responsables chinois ont exprimé leur sympathie envers la Russie en réitérant les critiques de Poutine à l'égard de l'OTAN et en accusant les États-Unis d'avoir déclenché le conflit. Ils se sont abstenus de toute mention d'une "guerre" ou d'une "invasion" russe.

L'ouverture de la Russie à ses partenaires est un signe des difficultés qu'elle rencontre pour tenter de conquérir l'Ukraine. Le président chinois Xi Jinping a, par ailleurs, renforcé ses liens avec Poutine. Les deux hommes partagent, en outre, une volonté d'affaiblir la puissance américaine.

Par ailleurs, depuis douze ans, la Chine est le premier partenaire commercial de la Russie, qui lui fournit 16 % de son pétrole mais seulement 5 % de sa consommation en gaz naturel, très loin des 40 % en Europe, rapporte le journal La Croix.

Ces dernières semaines, les relations bancaires se sont aussi intensifiées entre Moscou et Pékin : les établissements chinois offrent une échappatoire en yuans aux Russes, interdits de financements en euros ou dollars à cause des sanctions occidentales. Aucune information n'a été rendue publique sur les détails de ces emprunts bancaires, selon La Croix.

Selon des responsables américains, la Russie a demandé à la Chine de lui fournir du matériel militaire et de l'aide financière pour mener sa guerre en Ukraine après l'invasion à grande échelle du pays par Poutine, le 24 février dernier, rapporte le journal américain The New York Times. D'autres médias anglo-saxons, tels que leFinancial Times et le Washington Post avancent les mêmes informations. Un soutien direct de Pékin à Moscou placerait la Chine en conflit avec les partisans de l'Ukraine, notamment l'Union européenne et les États-Unis.Pékin a réagi avec colère à ces informations, sans toutefois les démentir spécifiquement.Les responsables américains, déterminés à garder secrets leurs moyens de collecte de renseignements sur les demandes de la Russie, ont refusé de décrire plus précisément le type d'armes ou d'aide militaire que Moscou recherche, précise le NYT. Par le passé, c'est plutôt la Chine qui a acheté des équipements militaires à la Russie plutôt que l'inverse, rappelle le New York Times. Ces dernières années, la Russie a ainsi augmenté ses ventes d'armes à la Chine. La Chine dispose, pour sa part, de missiles et de drones avancés que la Russie pourrait utiliser dans sa guerre en Ukraine. Par ailleurs, des éléments avancés par des analystes indépendants indiquent que les stocks de missiles ruses seraient en baisse.Selon un de ces responsables, la Russie a également demandé à la Chine une aide économique supplémentaire, afin de contrecarrer les coups portés à son économie par les vastes sanctions imposées par les alliés occidentaux. Les responsables ont refusé de discuter d'une éventuelle réaction de la Chine à ces demandes.Liu Pengyu, un porte-parole de l'ambassade de Chine à Washington, a déclaré de son côté qu'il n'avait jamais entendu parler de la demande de la Russie, rapporte encore le New York Times. "La situation actuelle en Ukraine est en effet déconcertante", a-t-il déclaré, ajoutant que Pékin souhaite voir un règlement pacifique au conflit qui oppose les Ukrainiens et les Russes. "La grande priorité est maintenant d'empêcher que la situation tendue ne s'aggrave, voire devienne incontrôlable", ajoute-t-il.Le gouvernement chinois, de son côté, n'a ni condamné ni approuvé l'offensive de la Russie et s'est abstenu de la qualifier d'"invasion" par son allié. Le Premier ministre chinois Li Keqiang a appelé à la retenue dans le conflit ukrainien afin d'éviter une catastrophe humanitaire, mais il s'est également prononcé contre les sanctions internationales contre la Russie.Mardi dernier, le président chinois Xi Jinping a répété les positions officielles de la Chine sur la guerre lors d'un appel vidéo avec les dirigeants français et allemands. Il a également déclaré que toutes les nations devaient faire preuve d'une "retenue maximale" et que la Chine était "profondément affligée par le déclenchement d'une nouvelle guerre sur le continent européen", selon un compte rendu chinois. Dans ce contexte tendu, les responsables américains surveillent de près la Chine pour voir si elle donnera suite à toute demande d'aide de la Russie. Jake Sullivan, le conseiller à la sécurité nationale de la Maison Blanche, doit rencontrer ce lundi à Rome Yang Jiechi, directeur de la commission centrale des Affaires étrangères du Parti communiste chinois. Le conseiller de la Maison Blanche a l'intention de mettre en garde Yang Jiechi contre tout effort chinois futur visant à soutenir la Russie dans sa guerre ou à affaiblir l'Ukraine, les États-Unis et leurs partenaires. "Nous ne permettrons pas que cela se poursuive et qu'il y ait une bouée de sauvetage vers la Russie pour échapper à ces sanctions économiques, quel que soit le pays", a déclaré ce dimanche Sullivan sur la chaîne CNN. Des responsables américains affirment que la réunion de Rome de ce lundi est d'une haute importance, compte tenu des vies en jeu dans la guerre en Ukraine et de la possibilité que la Russie et la Chine présentent un front géopolitique uni contre les États-Unis et leurs alliés dans les années à venir. "Cette réunion est cruciale et pourrait constituer un moment décisif dans les relations entre les deux pays", déclare Evan Medeiros dans le New York Times. Professeur à l'université de Georgetown, Evan Medeiros a été directeur principal pour l'Asie au Conseil national de sécurité sous l'administration Obama. L'administration Biden cherche à exposer à la Chine les conséquences de son alignement sur la Russie et les sanctions qu'elle encourt si elle continue ou accroît son soutien. Certains responsables américains estiment qu'il serait possible de dissuader Pékin d'accroître son aide à Moscou. Les dirigeants chinois pourraient se contenter d'offrir un soutien rhétorique à Moscou et ne pas vouloir s'allier davantage à Poutine en fournissant un soutien militaire pour la guerre. Selon Sullivan, cité par le New York Times, la Chine "savait, avant l'invasion, que Vladimir Poutine préparait quelque chose", mais il a ajouté que les Chinois ne connaissaient peut-être pas toute l'étendue des plans du dirigeant russe. "Il est très possible que Poutine leur ait menti, de la même manière qu'il a menti aux Européens et à d'autres", a-t-il dit. Certains responsables américains cherchent également des moyens d'obliger Xi Jinping à prendre ses distances avec Poutine sur la guerre. La Chine et la Russie se sont rapprochées ces derniers temps. Suite aux sanctions imposées par l'Occident, la Russie se retrouve en effet de plus en plus isolée et n'a que peu d'alliés. Ces derniers temps, les responsables chinois ont exprimé leur sympathie envers la Russie en réitérant les critiques de Poutine à l'égard de l'OTAN et en accusant les États-Unis d'avoir déclenché le conflit. Ils se sont abstenus de toute mention d'une "guerre" ou d'une "invasion" russe.L'ouverture de la Russie à ses partenaires est un signe des difficultés qu'elle rencontre pour tenter de conquérir l'Ukraine. Le président chinois Xi Jinping a, par ailleurs, renforcé ses liens avec Poutine. Les deux hommes partagent, en outre, une volonté d'affaiblir la puissance américaine.Par ailleurs, depuis douze ans, la Chine est le premier partenaire commercial de la Russie, qui lui fournit 16 % de son pétrole mais seulement 5 % de sa consommation en gaz naturel, très loin des 40 % en Europe, rapporte le journal La Croix. Ces dernières semaines, les relations bancaires se sont aussi intensifiées entre Moscou et Pékin : les établissements chinois offrent une échappatoire en yuans aux Russes, interdits de financements en euros ou dollars à cause des sanctions occidentales. Aucune information n'a été rendue publique sur les détails de ces emprunts bancaires, selon La Croix.