"Est-ce le début de la guerre du gaz? C'est bien probable." Adel El Gammal, spécialiste de la géopolitique de l'énergie à l'ULB, observe avec une inquiétude certaine l'escalade générée par la guerre en Ukraine. En raison des risques que cela fait peser sur l'approvisionnement de l'Europe, mais aussi des conséquences militaires graves qui semblent désormais possibles et de l'impact sur le réchauffement climatique, grand oublié de la crise.
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"Est-ce le début de la guerre du gaz? C'est bien probable." Adel El Gammal, spécialiste de la géopolitique de l'énergie à l'ULB, observe avec une inquiétude certaine l'escalade générée par la guerre en Ukraine. En raison des risques que cela fait peser sur l'approvisionnement de l'Europe, mais aussi des conséquences militaires graves qui semblent désormais possibles et de l'impact sur le réchauffement climatique, grand oublié de la crise.La décision russe de couper le gaz à la Pologne et à la Bulgarie est "un coup de semonce de Vladimir Poutine", souligne le professeur de l'ULB. Il fait suite à la menace exprimée en mars de ne plus approvisionner les pays "inamicaux" qui ne payeraient pas ce gaz en roubles. "Cela est contraire aux dispositions contractuelles, souligne Adel El Gammal. Cela correspond à une rupture de contrat."Les conséquences, en l'état, devraient rester modérées. Le gouvernement polonais a rapidement affirmé qu'il a de quoi tenir le choc avec de réserves à 76%. "Il faut prendre la déclaration polonaise avec optimisme, souligne notre interlocuteur. Même s'il faut la moduler, dans le sens où le véritable impact de la décision russe ne se fera sentir que quand les autres pays seront touchés."L'Allemagne et la France pourraient être les prochains sur la liste, en raison de leur refus de payer en roubles, mais aussi dans une forme d'escalade par rapport à leur décision d'armer plus lourdement l'Ukraine - l'Allemagne a finalement annoncé mardi qu'elle enverrait des chars.Depuis le début de la guerre, les Européens ont recalibré leur approvisionnement énergétique, notamment en développement l'apport de GNL venu d'Amérique ou en augmentant les livraisons depuis l'Azerbaïdjan ou l'Algérie. Cela n'apportera toutefois qu'un peu plus de la moitié des 100 milliards de m3 nécessaires: le reste devra être compensé par des économies et une montée en puisance des énergies renouvelables.Dans leur déclaration de Versailles, mi-mars, les dirigeants européens ont pris les dispositions pour les hivers prochains.Adel El Gammal s'inquiète de cette escalade, mais est davantage troublé par les récentes déclarations du ministre russe des Affaires étrangères, Sergei Lavrov. "Quand il évoque le risque réel d'une troisième guerre mondiale, c'est préoccupant." D'autant que la mort suspecte de plusieurs responsables oligarques russes actifs dans le domaine de l'énergie, depuis le début de la guerre, montre que le régime de Poutine est prêt à tout. "On est visiblement sorti du calcul et de la raison", s'inquiète-t-il.Le professeur s'inquiète tout autant de l'oubli du défi climatique. "Il y a eu un deuxième rapport du Giec qui est pratiquement passé autant inaperçu que le premier. Et les effets du réchauffement climatique continuent leurs dégâts, notamment avec une vague de sécheresses très importante en Asie." L'humanité est au bord du gouffre.