Ces oligarques, on ne les voit pas sur le front, en armes, aux côtés des courageux et véritables héros : Volodymyr Zelensky (le président et chef du gouvernement) et Vitali Klitschko (le maire de Kiev, la capitale).

Non. Eux, deux petites centaines d'oligarques qui se sont accaparés une partie du revenu national ukrainien (1), se terrent bien au chaud, parmi nous, dans l'opulence que leur procurent les actifs offshore détournés à l'Ukraine.

Par l'effet magique de l'indulgence européenne, ces complices indirects de l'ogre russe échappent à toute sanction, ils ne figurent même pas sur les radars des autorités de surveillance européenne. Personne, ni en Europe ni aux Etats-Unis, ne songe à saisir leurs yachts, appartements de luxe, jets privés.

Pourtant, nous ferions bien de leur demander des comptes, nous les contribuables européens qui, depuis 2014, comblons les fuites (nous payons les factures de gaz, électricité, carburant de l'Ukraine) laissées dans les finances publiques par ces maîtres de l'évasion fiscale et grands corrupteurs des institutions de l'Etat.

Les oligarques ont tenu, jusqu'au début de l'intervention militaire russe, un rôle central au sein du système politico-économique de l'Ukraine et maintenu des relations complexes, pour ne pas dire hostiles, avec Zelensky.

On ne peut nier le mérite du président d'avoir essayé, maintes et maintes fois, de s'attaquer aux richesses (mal acquises) de ses richissimes compatriotes. Cette élite commerciale ultra-riche, ne payant pas ou peu d'impôts, est détentrice en Ukraine d'un pouvoir politique disproportionné.

Cette caste a soudoyé près de la moitié des députés et sénateurs de la République ukrainienne (dont la plupart ne sont pas non plus partis se battre aux côtés de leur chef de gouvernement, mais ont préféré prendre le chemin moins dangereux de la douillette Pologne), ce qui a suffi à saborder presque toutes les tentatives du persévérant Zelensky de lutter contre la corruption chronique des institutions de son pays.

Cette corruption invétérée qui désorganisait l'Etat et faussait la branlante démocratie ukrainienne faisait que, jusqu'avant le conflit, il y a trois semaines, le pays était encore loin de remplir les conditions de base pour intégrer l'UE.

Face à l'incapacité de son gouvernement de changer les lois et de lever suffisamment d'impôts en raison de la funeste pression des oligarques sur le Parlement et le Gouvernement, c'est contraint et forcé que le turbulent Volodymyr Zelensky a dû prendre son bâton de pèlerin pour aller faire le siège des institutions européennes et internationales (Banque Mondiale, FMI...) pour assurer son pays d'un flux régulier de fonds lui permettant de subvenir à ses besoins.

Sa demande d'adhérer à l'UE et de bénéficier de la manne européenne (au travers de ses colossaux fonds structurels) était somme toute logique, mais agaçait en même temps de plus en plus son menaçant voisin russe. D'où sa demande, elle aussi toute raisonnée, d'intégrer l'OTAN, pour se protéger de l'ire d'un Poutine impérial.

C'est en connaissance de cause certes contraint et forcé, que Zelensky a provoqué les Russes. S'il avait montré, face à ses propres oligarques, la même fermeté, le même courage, comme il le prouve chaque jour de ce conflit, il aurait pu éviter tout ce crève-coeur des destructions de vies et de biens qui accable ses concitoyens et qui fait souffrir, par réaction, toute l'Europe en train de sacrifier volontairement son économie par coquetterie amicale et solidaire. Coquetterie est un terme éminemment cynique, mais il est à l'aune de la valeur qu'accorde le gouvernement ukrainien actuel à la solidarité européenne.

Tant que nous n'aurons pas versé notre sang (la protection de l'espace aérien ukrainien nous entraînant de facto dans la 3e guerre mondiale et immédiatement dans le bain de sang nucléaire, puisque la Russie n'a pas les capacités matérielles et logistiques de se lancer dans une guerre conventionnelle avec les forces de l'OTAN, matériellement et techniquement bien équipées) ; tous les efforts européens fournis jusqu'ici (factures énergétiques de l'Ukraine, payées à la Russie, depuis 2014, prise en charge de 2,5 millions de réfugiés (plus tous ceux qui doivent encore les rejoindre), envois de ravitaillements en vivres, médicaments, carburants, armements (missiles anti-char et anti-aériens, pour plus d'un milliard d'euros...), ne sont que de la roupie de sansonnet.

V. Zelensky remercie Joe Biden pour l'embargo, mais fustige les Européens pour leur inaction. A notre tour, de lui rendre la politesse et de le fustiger pour son inaction face aux oligarques qui ont fourré son pays dans une chausse-trappe mortifère.

C'est le martyr de son pays qui a transformé le matamore "Mister Zelensky", un président téméraire, mais aux abois, en "docteur Folamour" des années 2022. Zelensky n'est pas Churchill, sa posture et ses déclarations ne sont pas churchilliennes, mais... comédiennes. De même, Poutine n'est pas Staline. C'est certes un agresseur revanchard, un partenaire dangereux, mais quand même un partenaire incontournable pour la prospérité européenne, à l'intérieur de l'UE comme aux marches de celle-ci.

Je refuse que mes fils, ainsi que 450 millions d'Européens, plongent dans le chaos apocalyptique d'une 3e conflagration mondiale, forcément nucléaire, pour préserver le style de vie d'un ersatz de démocratie européenne pervertie par l'oligarchie ukrainienne.

La guerre en Ukraine coutera 175 milliards d'euros aux contribuables européens, estime Jean Pisani-Ferry, professeur de politique économique à Sciences-Po et chercheur du think tank européen Bruegel (2): et personne ne songe à déposséder les oligarques mafieux (réfugiés pour la plupart en Espagne, notamment à Ibiza...) de leurs actifs offshore, eux qui sont à l'origine de la tragédie ukrainienne.

Carl-Alexandre Robyn - Ingénieur-conseil financier

(1) En avril 2017, l'organisme d'investigation Dragon Capital constatait que les revenus des 10 principaux oligarques ukrainiens s'élevaient déjà à pratiquement 13 % du PIB de l'Ukraine en 2015. En comparaison, les revenus des 10 américains les plus riches représentent environ 3 % du PIB des Etats-Unis. Source : https://uacrisis.org/fr/54793-top-5-ukrainian-oligarchs"

(2) Article publié dans le magazine L'Obs du 09 mars 2022.

Ces oligarques, on ne les voit pas sur le front, en armes, aux côtés des courageux et véritables héros : Volodymyr Zelensky (le président et chef du gouvernement) et Vitali Klitschko (le maire de Kiev, la capitale).Non. Eux, deux petites centaines d'oligarques qui se sont accaparés une partie du revenu national ukrainien (1), se terrent bien au chaud, parmi nous, dans l'opulence que leur procurent les actifs offshore détournés à l'Ukraine.Par l'effet magique de l'indulgence européenne, ces complices indirects de l'ogre russe échappent à toute sanction, ils ne figurent même pas sur les radars des autorités de surveillance européenne. Personne, ni en Europe ni aux Etats-Unis, ne songe à saisir leurs yachts, appartements de luxe, jets privés. Pourtant, nous ferions bien de leur demander des comptes, nous les contribuables européens qui, depuis 2014, comblons les fuites (nous payons les factures de gaz, électricité, carburant de l'Ukraine) laissées dans les finances publiques par ces maîtres de l'évasion fiscale et grands corrupteurs des institutions de l'Etat.Les oligarques ont tenu, jusqu'au début de l'intervention militaire russe, un rôle central au sein du système politico-économique de l'Ukraine et maintenu des relations complexes, pour ne pas dire hostiles, avec Zelensky.On ne peut nier le mérite du président d'avoir essayé, maintes et maintes fois, de s'attaquer aux richesses (mal acquises) de ses richissimes compatriotes. Cette élite commerciale ultra-riche, ne payant pas ou peu d'impôts, est détentrice en Ukraine d'un pouvoir politique disproportionné. Cette caste a soudoyé près de la moitié des députés et sénateurs de la République ukrainienne (dont la plupart ne sont pas non plus partis se battre aux côtés de leur chef de gouvernement, mais ont préféré prendre le chemin moins dangereux de la douillette Pologne), ce qui a suffi à saborder presque toutes les tentatives du persévérant Zelensky de lutter contre la corruption chronique des institutions de son pays.Cette corruption invétérée qui désorganisait l'Etat et faussait la branlante démocratie ukrainienne faisait que, jusqu'avant le conflit, il y a trois semaines, le pays était encore loin de remplir les conditions de base pour intégrer l'UE.Face à l'incapacité de son gouvernement de changer les lois et de lever suffisamment d'impôts en raison de la funeste pression des oligarques sur le Parlement et le Gouvernement, c'est contraint et forcé que le turbulent Volodymyr Zelensky a dû prendre son bâton de pèlerin pour aller faire le siège des institutions européennes et internationales (Banque Mondiale, FMI...) pour assurer son pays d'un flux régulier de fonds lui permettant de subvenir à ses besoins. Sa demande d'adhérer à l'UE et de bénéficier de la manne européenne (au travers de ses colossaux fonds structurels) était somme toute logique, mais agaçait en même temps de plus en plus son menaçant voisin russe. D'où sa demande, elle aussi toute raisonnée, d'intégrer l'OTAN, pour se protéger de l'ire d'un Poutine impérial.C'est en connaissance de cause certes contraint et forcé, que Zelensky a provoqué les Russes. S'il avait montré, face à ses propres oligarques, la même fermeté, le même courage, comme il le prouve chaque jour de ce conflit, il aurait pu éviter tout ce crève-coeur des destructions de vies et de biens qui accable ses concitoyens et qui fait souffrir, par réaction, toute l'Europe en train de sacrifier volontairement son économie par coquetterie amicale et solidaire. Coquetterie est un terme éminemment cynique, mais il est à l'aune de la valeur qu'accorde le gouvernement ukrainien actuel à la solidarité européenne. Tant que nous n'aurons pas versé notre sang (la protection de l'espace aérien ukrainien nous entraînant de facto dans la 3e guerre mondiale et immédiatement dans le bain de sang nucléaire, puisque la Russie n'a pas les capacités matérielles et logistiques de se lancer dans une guerre conventionnelle avec les forces de l'OTAN, matériellement et techniquement bien équipées) ; tous les efforts européens fournis jusqu'ici (factures énergétiques de l'Ukraine, payées à la Russie, depuis 2014, prise en charge de 2,5 millions de réfugiés (plus tous ceux qui doivent encore les rejoindre), envois de ravitaillements en vivres, médicaments, carburants, armements (missiles anti-char et anti-aériens, pour plus d'un milliard d'euros...), ne sont que de la roupie de sansonnet. V. Zelensky remercie Joe Biden pour l'embargo, mais fustige les Européens pour leur inaction. A notre tour, de lui rendre la politesse et de le fustiger pour son inaction face aux oligarques qui ont fourré son pays dans une chausse-trappe mortifère.C'est le martyr de son pays qui a transformé le matamore "Mister Zelensky", un président téméraire, mais aux abois, en "docteur Folamour" des années 2022. Zelensky n'est pas Churchill, sa posture et ses déclarations ne sont pas churchilliennes, mais... comédiennes. De même, Poutine n'est pas Staline. C'est certes un agresseur revanchard, un partenaire dangereux, mais quand même un partenaire incontournable pour la prospérité européenne, à l'intérieur de l'UE comme aux marches de celle-ci.Je refuse que mes fils, ainsi que 450 millions d'Européens, plongent dans le chaos apocalyptique d'une 3e conflagration mondiale, forcément nucléaire, pour préserver le style de vie d'un ersatz de démocratie européenne pervertie par l'oligarchie ukrainienne.La guerre en Ukraine coutera 175 milliards d'euros aux contribuables européens, estime Jean Pisani-Ferry, professeur de politique économique à Sciences-Po et chercheur du think tank européen Bruegel (2): et personne ne songe à déposséder les oligarques mafieux (réfugiés pour la plupart en Espagne, notamment à Ibiza...) de leurs actifs offshore, eux qui sont à l'origine de la tragédie ukrainienne. Carl-Alexandre Robyn - Ingénieur-conseil financier(1) En avril 2017, l'organisme d'investigation Dragon Capital constatait que les revenus des 10 principaux oligarques ukrainiens s'élevaient déjà à pratiquement 13 % du PIB de l'Ukraine en 2015. En comparaison, les revenus des 10 américains les plus riches représentent environ 3 % du PIB des Etats-Unis. Source : https://uacrisis.org/fr/54793-top-5-ukrainian-oligarchs"(2) Article publié dans le magazine L'Obs du 09 mars 2022.