Depuis la crise financière de 2009, la planche à billets des banques centrales tourne à plein régime. J'évoquais dans un Trends-Tendances de février 2021 le possible retour du spectre de l'inflation, inhérent à la création de monnaie. Le fait d'imprimer des billets en grande quantité a pour effet de diminuer leur rareté et par conséquent leur valeur. La dévalorisation de la monnaie porte un nom: l'inflation. Autrement dit, chaque euro permet d'acheter moins. La planche à billets est évidemment une métaphore. La création de monnaie se fait aussi par le biais de programmes d'achat: la Banque centrale européenne achète une obligation à une banque commerciale et l'échange contre de l'argent sur son compte en banque. Cet échange permet de créer de l'argent.
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Depuis la crise financière de 2009, la planche à billets des banques centrales tourne à plein régime. J'évoquais dans un Trends-Tendances de février 2021 le possible retour du spectre de l'inflation, inhérent à la création de monnaie. Le fait d'imprimer des billets en grande quantité a pour effet de diminuer leur rareté et par conséquent leur valeur. La dévalorisation de la monnaie porte un nom: l'inflation. Autrement dit, chaque euro permet d'acheter moins. La planche à billets est évidemment une métaphore. La création de monnaie se fait aussi par le biais de programmes d'achat: la Banque centrale européenne achète une obligation à une banque commerciale et l'échange contre de l'argent sur son compte en banque. Cet échange permet de créer de l'argent. La prédiction s'est réalisée. L'inflation a passé la barre des 6% (la plus haute depuis 30 ans) aux Etats-Unis et des 4% en Europe. Cet emballement finira bien par s'estomper mais l'inflation n'a jamais tout à fait disparu. Le lecteur critique rétorquera que l'inflation était quasi nulle cette dernière décennie. Ce n'est pas tout à fait vrai. Si on estime le pouvoir d'achat à 100 lors de l'introduction de l'euro fin 2001, il était de 70 en 2020. En d'autres termes, notre pouvoir d'achat a baissé de 30% en l'espace de deux petites décennies. Ceci dit, cette perte de pouvoir d'achat n'est rien comparée à une inflation de 4%. Si ce niveau devait se maintenir au cours des deux prochaines décennies, le pouvoir d'achat estimé à 100 en 2001 ne vaudrait plus que 32 dans 20 ans. Ou à supposer qu'on remette le compteur à 100 en 2020, il ne sera plus que de 45 dans 20 ans. L'inflation entraîne donc la paupérisation collective des nantis mais profite aux endettés. Mais elle est une bonne chose pour la plupart des Etats qui voient ainsi diminuer (légèrement) la charge de la dette publique. Fidèles au principe du juste milieu d'Aristote, la plupart des banquiers centraux poursuivent un objectif d'inflation de 2%, considéré comme un des baromètres de la bonne santé de l'économie. Un objectif qu'ils n'arrivent pas à atteindre depuis plusieurs décennies mais bien aujourd'hui, grâce notamment à la hausse des prix de l'énergie. Mais vu la nécessité de freiner l'inflation, les planches à billets doivent être mises à l'arrêt. Or, cette expansion monétaire avait précisément pour but de relancer l'économie fragilisée par la crise financière et la pandémie. D'où le dilemme auquel sont aujourd'hui confrontées les banques centrales: réduire les gigantesques quantités de monnaie créées sans grever l'économie. Cette réduction progressive, appelée tapering, sera assurément le mot d'ordre de 2022. Le bilan de la BCE a gonflé de 7.700 milliards, soit 15 fois le produit intérieur brut de la Belgique, dont à peine 18% ou 1.400 milliards en billets de banque. Ce chiffre correspond au bilan global d'avant la crise financière, bien avant les différents programmes d'achat donc. Pour retrouver le niveau pré-crise, il faut donc retirer du marché monétaire 6.300 milliards, soit 12 fois le PIB de la Belgique ou près de la moitié du PIB de la zone euro, ce qui risque de plomber l'économie, d'induire une récession et de pousser les taux d'intérêt à la hausse. Le travail sera de longue haleine. Cela prouve en tout cas que les tenants de la création débridée de monnaie qui prétendent que faire tourner la planche à billets ne coûte rien et que l'orthodoxie budgétaire n'intéresse que les économistes ringards, se trompent sur toute la ligne. N'avons-nous toujours pas compris que la gratuité n'existe pas mais implique que quelqu'un d'autre que le bénéficiaire devra payer l'addition? En fait, cela revient tout simplement à reporter le problème sur la génération suivante, la génération tapering.