Les économistes sont unanimes: le spectre inflationniste devrait être confiné pour un bon bout de temps. Le chômage et la superfluité de la capacité de production dus au Covid l'auraient mis K.O. Même l'évolution du marché monétaire (cours actionnaires euphoriques et taux d'intérêts nuls, voire négatifs) semble donner raison aux experts. Un raisonnement d'une logique apparemment implacable.
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Les économistes sont unanimes: le spectre inflationniste devrait être confiné pour un bon bout de temps. Le chômage et la superfluité de la capacité de production dus au Covid l'auraient mis K.O. Même l'évolution du marché monétaire (cours actionnaires euphoriques et taux d'intérêts nuls, voire négatifs) semble donner raison aux experts. Un raisonnement d'une logique apparemment implacable. Quiconque ose douter du bien-pensant des économistes est cloué au pilori. Ceci dit, ces mêmes économistes qui n'ont pas vu venir la crise financière - et encore moins la crise sanitaire - sont les premiers à rivaliser d'explications. Ils semblent exceller dans l'art de prédire le passé. Quels facteurs pourraient malgré tout annoncer le retour de l'inflation? D'abord, la création monétaire:"Whatever it takes", telle est la devise de la BCE en vertu de laquelle l'Europe a, ces dernières années, fait tourner la planche à billets pour pas moins de 4 milliards d'euros injectés dans l'économie, soit environ 10 fois le PIB de la Belgique. La première décision du nouveau président des Etats-Unis a été d'arroser ses concitoyens de "monnaie hélicoptère". Une création monétaire d'une telle envergure ne provoquera pas directement d'inflation mais aucun mécanisme économique ne démontre que cela n'arrivera pas à terme. Deuxièmement, le risque de surchauffe observé dans de nombreuses régions du monde avant le virus a été éteint par le Covid, argumentent certains. Là aussi, c'est tout sauf évident. Le coup infligé au marché du travail est déjà en grande partie résorbé et les chiffres de l'emploi actuels diffèrent assez peu de ceux d'avant le Covid. Les mutations intersectorielles sont phénoménales mais sans impact réel en termes d'inflation. Troisièmement, du fait du confinement, les dépenses sont en chute libre. Le taux d'épargne, en hausse un peu partout (de 26% en Belgique, par exemple), n'a jamais été aussi élevé depuis 10 ans. Les carnets d'épargne débordent et ne rapportent rien. Quatrièmement, le Covid a sérieusement mis à mal la globalisation. Place désormais à la "glocalisation": consommer local chaque fois que c'est possible. Avec le risque réel de pousser les prix à la hausse car nombre d'entre nous sommes prêts à payer un peu plus cher les produits locaux. Enfin, une fois la crise surmontée, nous nous lâcherons tous. Le Covid nous a rappelé le caractère éphémère de l'existence. Plutôt que de mourir les poches pleines, profitons de ce qui nous reste à vivre. Dès que nous viendrons à bout de ce satané virus, nous recommencerons à dépenser, à aller au restaurant, à voyager, etc. Les prévisions de croissance pour 2021 sont extrêmement encourageantes. La croissance devrait frôler les 7%. Il y a longtemps que ce n'était plus arrivé. Tout ceci doit nous faire douter que le spectre inflationniste ne réapparaîtra pas avant plusieurs années. L'inflation pourrait, à l'instar du coronavirus, ressurgir de nulle part au moment où on s'y attend le moins. Une spirale inflationniste provoquerait l'augmentation des taux d'intérêt, aggraverait les problèmes budgétaires, justifierait de nouvelles taxes. Gouverner c'est prévoir et une inflation (l'objectif explicite mais pas encore atteint de la BCE) est un des scénarios possibles. Si ce scénario venait à se concrétiser, les économistes se bousculeraient une fois de plus pour expliquer ce qui s'est passé.