Dans le cadre de l'accord sur la prolongation des deux réacteurs nucléaires de Doel 4 et Tihange 2, on savait qu'Engie était en position de force. Le producteur d'énergie n'était demandeur de rien, le nucléaire n'est plus au coeur de sa stratégie industrielle et l'Etat belge s'est mis en position de faiblesse en tardant à décider.
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Dans le cadre de l'accord sur la prolongation des deux réacteurs nucléaires de Doel 4 et Tihange 2, on savait qu'Engie était en position de force. Le producteur d'énergie n'était demandeur de rien, le nucléaire n'est plus au coeur de sa stratégie industrielle et l'Etat belge s'est mis en position de faiblesse en tardant à décider. On sait aussi, par expérience du passé, que l'entreprise a une grande force de négociation: les Français auraient notamment renfloué leurs activités de l'autre côté de la frontière grâce aux centrales nucléaires belges, dont l'amortissement avait été accéléré. Cette grande force de négociation semble se vérifier, au fur et à mesure que les détails de l'accord - qualifié par certains de "partiel" - sont dévoilés.Tout d'abord, le CEO d'Engie, Thierry Saegeman, avait tapé du poing sur la table en décembre pour dénoncer une augmentation des prévisions demandées pour la gestion des déchets nucléaires. En menaçant de se retirer des négociations. Une "méthode de calcul" a été élaborée, qui déterminera la facture, mais Engie aurait obtenu dans ce cadre un "plafonnement" du coût des déchets nuclaires.Cela préoccupe l'opposition et cela fait bondir chez Greenpeace Belgique, notamment: "Le point central des négociations porte clairement sur le plafonnement de la facture des déchets qu'Engie réclame, souligne Jan Vande Putte, expert énergie chez Greenpeace Belgique. La gestion des déchets nucléaires sera le chantier du siècle prochain et on n'en sait toujours pas plus, ni sur le prix, ni sur la manière pratique dont ces déchets ingérables seront gérés. Seule certitude, cette prolongation risque d'imposer aux générations futures une facture sans précédent."Le coût du traitement des déchets est évalué à quelque 18 milliards d'euros.Ce n'est pas tout. Selon L'Echo de ce mercredi, Engie aurait également obtenu une garantie sur la rentabilité de son investissement. Pour prolonger les deux réacteurs, des investissements importants seront nécéssaires, à hauteur d'environ un milliard d'euros. La structure mixte 50%-50% entre Engie et l'Etat fédéral devra prendre la facture , chacun des deux acteurs assumant la moitié du montant.Mais selon nos confrères, donc, deux mécanismes seraient possibles pour permettre à Engie de garantir cette rentabilité: via un prix garanti (un système de "contrat de différence") ou via un prélèvement sur la facture des consommateurs (une "base d'actifs régulés"). En tout état de cause, la facture d'électricité devrait éponger le coût de la prolongation pour Engie.Enfin, certains observateurs avertis du marché de l'énergie constatent que, dans ce deal, l'Etat belge obtient de la brique, mais Engie garde le know-how en matière de nucléaire; Bref, l'accord serait loin d'être mauvais pour Engie. Sans surprise.