Des belles aventures industrielles, Anthony Van Putte, le directeur général du pôle de compétitivité wallon MecaTech (génie mécanique), peut vous en raconter des dizaines: comment la tôlerie familiale Delhez (Verviers) a réussi à optimiser la découpe de ses tôles ; comment IsoHemp (Fernelmont) va complètement automatiser et décupler sa production de blocs isolants à base de chanvre (innovation labellisée par la Fondation Solar Impulse de Bertrand Piccard) ; comment Desami (Farciennes) a fait évoluer la production, pourtant a priori bien classique, des glissières de protection le long des routes, etc.
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Des belles aventures industrielles, Anthony Van Putte, le directeur général du pôle de compétitivité wallon MecaTech (génie mécanique), peut vous en raconter des dizaines: comment la tôlerie familiale Delhez (Verviers) a réussi à optimiser la découpe de ses tôles ; comment IsoHemp (Fernelmont) va complètement automatiser et décupler sa production de blocs isolants à base de chanvre (innovation labellisée par la Fondation Solar Impulse de Bertrand Piccard) ; comment Desami (Farciennes) a fait évoluer la production, pourtant a priori bien classique, des glissières de protection le long des routes, etc. Dans le cadre du programme Factory 4.0, MecaTech fournit aux entreprises un accompagnement sur mesure aux PME wallonnes qui souhaitent s'engager sur de nouvelles voies digitales. En trois ans, une soixantaine d'entreprises y ont participé. "Dans notre secteur, tous les projets ont aujourd'hui une consonance numérique, concède Anthony Van Putte. Si vous développez une innovation dans les matériaux ou le traitement des surfaces, il y aura toujours des aspects numériques comme la collecte de données ou des capacités de simulation. Les outils numériques sont un facteur clé de l'amélioration de la compétitivité des entreprises." Au fil de cette évolution, le pôle de compétitivité, au départ dédié à l'investissement dans la recherche et l'innovation, a élargi son spectre pour offrir aux entreprises un accompagnement spécifique vers le numérique. L'accompagnement ne suffit cependant pas, le nerf de la guerre se situe bien entendu ailleurs. Et c'est ce qui a poussé MecaTech à se tourner vers un partenaire financier, en l'occurrence Sambrinvest. L'idée est toute simple: proposer un "prêt 4.0", calibré pour mettre en oeuvre rapidement les actions déterminées durant l'accompagnement de "Factory 4.0". "Le digital, c'est quand même un risque, tous les acteurs ne maîtrisent pas toujours toutes les nouvelles technologies, poursuit Anthony Van Putte. Défendre de tels projets devant un banquier, c'est souvent compliqué. Un partenaire comme Sambrinvest permet de suivre les projets avec la bienveillance nécessaire, avec un intérêt à long terme pour la construction d'écosystèmes." La construction d'écosystèmes, c'est même carrément la mission de Sambrinvest, structure certes soutenue par la Région wallonne mais dont 60% du capital est détenu par des entreprises privées. Le plan Catch, imaginé après la fermeture de Caterpillar, invitait à miser en priorité sur quatre secteurs d'activité: les sciences du vivant, les industries créatives, la logistique autour de l'aéroport et, donc, l'industrie manufacturière. "Le volet numérique doit contribuer à maintenir et développer les activités industrielles dans la région de Charleroi, affirme Anne Prignon, directrice générale de Sambrinvest. Nous avons, dans notre portefeuille, des entreprises traditionnelles qui ont besoin d'évoluer vers le monde digital. L'accompagnement de MecaTech devrait les y aider. Notre rôle, en tant qu' invest, est de les attirer vers ces programmes car la transformation numérique de nos entreprises est essentielle pour le redéploiement de l'activité économique dans la région." La directrice est convaincue que le prêt 4.0 contribuera à "dérisquer" les investissements numériques et, de ce fait, incitera les entreprises à accélérer leur modernisation. "Avec le partenariat entre Sambrinvest et MecaTech, elles disposent à présent d'une solution clé en main pour enclencher leur transformation numérique", résume Anne Prignon. Les deux partenaires ont appris à se connaître, notamment au sein de A6K, le centre dédié à l'ingénierie récemment installé près de la gare de Charleroi. Les prêts 4.0 pourraient d'ailleurs servir à financer des investissements dans ce lieu, comme les démonstrateurs dont les entreprises ont besoin pour pouvoir présenter leurs innovations à des clients potentiels. On serait alors facilement dans des montants de plusieurs centaines de milliers d'euros. Mais le prêt pourrait aussi venir renforcer le fonds de roulement d'une entreprise qui doit former son personnel aux nouveaux métiers numériques ou doit recruter des profils spécifiques à cette fin. "Nous n'avons pas défini de volume précis pour ces prêts, nous analyserons selon les projets, précise Anne Prignon. En fonction des besoins, nous avons la possibilité de suivre jusqu'à 5 ou 10 millions d'euros." Le programme Factory 4.0 se déroule sur 10 jours. Imaginer le virage numérique d'une entreprise, même très petite, dans un délai aussi court, est-ce bien sérieux? "C'est effectivement très court, convient Anthony Van Putte. Nous n'avons pas la prétention de vouloir révolutionner la stratégie de l'entreprise en 10 jours. Notre mission, c'est ici d'accompagner l'entreprise, de l'aider à bien identifier les opportunités et les obstacles. Quand un problème est bien posé, c'est souvent déjà le début des solutions. Nous amenons l'entreprise sur le début du chemin mais après, pour que ça devienne un succès, il faudra bien entendu des centaines de jours de travail dans l'entreprise." Il ne s'agit pas d'un accompagnement standardisé mais réellement adapté au niveau de maturité numérique de l'entreprise, y compris pour des sociétés qui n'en sont encore qu'aux premiers balbutiements numériques. "Un chef d'entreprise ne se lève pas le matin en disant 'chouette, je vais passer au 4.0', sourit le patron du pôle MecaTech. Il réagit à des demandes de son marché qui veut qu'il soit plus rapide, qu'il se diversifie ou qu'il augmente la qualité de ses produits. Avec les outils numériques, nous allons essayer d'y répondre progressivement. Ce n'est pas juste 10 jours, c'est itératif. Nous faisons des boucles régulières dans les entreprises, nous construisons des relations de long terme, comme le fait Sambrinvest en tant que partenaire financier." MecaTech apporte du recul et de l'expérience, mais aussi une fine connaissance des prestataires de services susceptibles de prendre le relais, dans la région, pour concrétiser efficacement le plan d'action numérique d'une entreprise. Accompagner une société peut aussi ouvrir de nouveaux marchés à d'autres, on en revient à la notion d'écosystème, qui est l'une des raisons d'être tant du pôle de compétitivité que de l' invest. Le prêt 4.0 complète désormais le tout en amenant aussi des solutions de financement.