Mais quelle mouche a donc piqué Paul Magnette!? Souhaite-il une nouvelle fois surfer sur le populisme du PTB ou reconquérir le coeur de travailleurs prêts à rejoindre la gauche radicale? Mène-t-il une bataille interne au sein de son parti avec les "pragmatiques" version Elio Di Rupo, ce ministre-président wallon qui avait été tellement fier que Google vienne s'implanter à Mons?

Dans un entretien à Humo, le président du PS lance donc après avoir critiqué la volonté d'assouplir le travail de nuit: "après la sortie du nucléaire, il serait souhaitable de sortir de l'e-commerce ; faisons de la Belgique un pays sans commerce électronique, avec de vrais magasins et des villes animées". Et il justifie: "Je pense que l'e-commerce n'est pas un progrès, mais une régression sociale et écologique. Pourquoi acceptons-nous de faire travailler des ouvriers de nuit dans des centres de conditionnement ? Parce que les gens veulent acheter 24 heures sur 24 et recevoir leur colis à domicile dans les 24 heures. Ne peut-on vraiment pas attendre deux jours pour un livre ?"

Les réactions ont fusé, indignées, stupéfaites ou tout simplement incrédules. Innombrables aussi. Elles témoignent à nouveau d'un ambiance particulière au sein de la Vivaldi, chaque parti cherchant à se positionner à coups de petites phrases. Mais elles illustrent aussi le parfait décalage de ces propos avec la réalité économique actuelle.

Remous au sein des coalitions

Forcément, cela a généré une passe d'armes avec son meilleur ennemi, le président du MR, Georges-Louis Bouchez. Réaction du libéral: "Le 19ème siècle ne peut être un projet de société. Le progrès est une chance. Il faut avoir l'esprit ouvert et la capacité d'adapter la société pour plus de bien être. L'ecommerce ne doit pas être laissé aux pays étrangers. On perdrait des centaines de millions et des emplois."

Riposte du socialiste: "En ce qui me concerne, je défendrai toujours le commerce local et les petits indépendants. Libre au président du MR de défendre Jeff Bezos, le modèle Amazon et ses conditions de travail digne du '19ème'."

Re-réplique de Bouchez: "Nous, nous défendons les petits indépendants depuis toujours. Mais leur faire croire que la Belgique est une île isolée du monde est au mieux les prendre pour des idiots, au pire les mépriser. Travaillons au monde de demain avec une place pour chacun au lieu du repli archaïque."

Bras de fer idéologique et positionnement à bon compte. Sur fond de vrai débat sur la réforme du marché du travail, qui doit être discutée au sein du gouvernement fédéral - et cela promet.

Ecolo n'est pas en reste, tant au fédéral qu'à Bruxelles où les verts gouvernent avec le PS... sans le MR.

Zakia Khattabi, ministre fédérale du Climat, ouvre le bal: "Depuis mon entrée en fonction, j'ai à chaque occasion (plan de relance, ex budgétaires successifs) porté la revendication du renforcement de l'inspection E-commerce. Un premier pas a été fait, il faut l'amplifier! Je compte désormais sur l'appui de tous vu la polémique du jour..."

Barbara Trachte, secrétaire d'Etat bruxelloise à la Relance économique, embraie: Entre Amazon et la bougie, il existe aussi des initiatives qui concilient e-commerce et PME/indépendants. Comme le projet http://mymarket.brussels que nous avons soutenu avec Uccle, Ixelles, l'agence digitale solidaire et GroupeOne."

Le plus "drôle", dans cette écume d'un jour, c'est que le PTB lui-même tacle le PS, en mode "moderniste", par la voix de son porte-parole Germain Mugemangango: "Chez Amazone (sic), Deliveroo et autres secteurs émergents, les travailleurs et les travailleuses se battent pour de meilleures conditions de travail et même parfois, gagnent. C'est ce combat qui est le coeur du débat. Un retour vers le passé est complètement illusoire."

Stupéfaction économique

Dans les rangs économiques, la stupéfaction est plus grande encore: "Si toutes ces marchandises doivent venir de l'étranger, nous perdrons 9 milliards d'euros de chiffre d'affaires et des dizaines de milliers d'emplois", souligne Comeos, la fédération du commerce.

Qui poursuit: "Il pense que seuls les magasins physiques survivront. Mais il a tort. La réalité est qu'aujourd'hui, chaque chaîne de magasins physiques a également une stratégie numérique et que l'avenir du commerce sera physique et numérique. Si Magnette ne veut pas de mauvais emplois, la solution est simple: il doit alors aider à organiser le commerce numérique principalement ici en Belgique au lieu de le faire maintenant avec des acteurs mondiaux étrangers."

"L'e-commerce, c'est beaucoup d'emplois en Wallonie, en ce compris dans les PME", souligne Willy Borsus (MR), ministre wallon d l'Economie. En reprenant une liste de mille entreprises wallonnes actives dans le domaine.

"En termes de démagogie, on attend le sommet!, commente Olivier de Wasseige, administrateur délégué de l'Union wallonne des entreprises. Rarement vu une proposition aussi rétrograde et à contresens! Qu'on légifère sur le travail de nuit, soit (et encore on est beaucoup plus "protecteur" en Belgique que chez nos voisins), mais qu'on nie l'intérêt du e-commerce notamment pour les petits commerces, pour ceux qui démarrent et veulent tester leurs produits par la vente en ligne avant d'ouvrir un commerce physique, c'est revenir au 19ième siècle, en mettant des oeillères sur l'évolution de la société ! La crise covid nous a d'ailleurs montré tout l'intérêt du e-commerce local, indépendamment des grandes plateformes internationales. On a déjà perdu des milliers d'emplois en Belgique en ne prenant pas le train de l'e-commerce assez tôt, on a quand même fini par en créer (cfr une réussite comme e-farmz) et on voudrait maintenant supprimer ces emplois ! On doit être le 1er avril !"

Certains CEO adeptes de l'e-commerce invitent Paul Magnette à se rendre compte que l'e-commerce, aujourd'hui, est une activité qui donne lieu à des cercles vertueux, respectueux de l'environnement et socialement responsables.

"Lorsque Macron défend la technologie Français, nos politiciens remettent en question l'utilité du commerce électronique, s'étonne Tanguy Goretti, fondateur de COWBOY. Nous ne parlons même pas du web 3 ici. En tant que Belges, nous avons ce que nous méritons. Nous avons voté pour ces gens. Assurons-nous de changer cela lors des prochaines élections."

Le président du PS a-t-il perdu l'occasion de se taire?

Mais quelle mouche a donc piqué Paul Magnette!? Souhaite-il une nouvelle fois surfer sur le populisme du PTB ou reconquérir le coeur de travailleurs prêts à rejoindre la gauche radicale? Mène-t-il une bataille interne au sein de son parti avec les "pragmatiques" version Elio Di Rupo, ce ministre-président wallon qui avait été tellement fier que Google vienne s'implanter à Mons?Dans un entretien à Humo, le président du PS lance donc après avoir critiqué la volonté d'assouplir le travail de nuit: "après la sortie du nucléaire, il serait souhaitable de sortir de l'e-commerce ; faisons de la Belgique un pays sans commerce électronique, avec de vrais magasins et des villes animées". Et il justifie: "Je pense que l'e-commerce n'est pas un progrès, mais une régression sociale et écologique. Pourquoi acceptons-nous de faire travailler des ouvriers de nuit dans des centres de conditionnement ? Parce que les gens veulent acheter 24 heures sur 24 et recevoir leur colis à domicile dans les 24 heures. Ne peut-on vraiment pas attendre deux jours pour un livre ?"Les réactions ont fusé, indignées, stupéfaites ou tout simplement incrédules. Innombrables aussi. Elles témoignent à nouveau d'un ambiance particulière au sein de la Vivaldi, chaque parti cherchant à se positionner à coups de petites phrases. Mais elles illustrent aussi le parfait décalage de ces propos avec la réalité économique actuelle.Forcément, cela a généré une passe d'armes avec son meilleur ennemi, le président du MR, Georges-Louis Bouchez. Réaction du libéral: "Le 19ème siècle ne peut être un projet de société. Le progrès est une chance. Il faut avoir l'esprit ouvert et la capacité d'adapter la société pour plus de bien être. L'ecommerce ne doit pas être laissé aux pays étrangers. On perdrait des centaines de millions et des emplois."Riposte du socialiste: "En ce qui me concerne, je défendrai toujours le commerce local et les petits indépendants. Libre au président du MR de défendre Jeff Bezos, le modèle Amazon et ses conditions de travail digne du '19ème'."Re-réplique de Bouchez: "Nous, nous défendons les petits indépendants depuis toujours. Mais leur faire croire que la Belgique est une île isolée du monde est au mieux les prendre pour des idiots, au pire les mépriser. Travaillons au monde de demain avec une place pour chacun au lieu du repli archaïque."Bras de fer idéologique et positionnement à bon compte. Sur fond de vrai débat sur la réforme du marché du travail, qui doit être discutée au sein du gouvernement fédéral - et cela promet.Ecolo n'est pas en reste, tant au fédéral qu'à Bruxelles où les verts gouvernent avec le PS... sans le MR.Zakia Khattabi, ministre fédérale du Climat, ouvre le bal: "Depuis mon entrée en fonction, j'ai à chaque occasion (plan de relance, ex budgétaires successifs) porté la revendication du renforcement de l'inspection E-commerce. Un premier pas a été fait, il faut l'amplifier! Je compte désormais sur l'appui de tous vu la polémique du jour..."Barbara Trachte, secrétaire d'Etat bruxelloise à la Relance économique, embraie: Entre Amazon et la bougie, il existe aussi des initiatives qui concilient e-commerce et PME/indépendants. Comme le projet http://mymarket.brussels que nous avons soutenu avec Uccle, Ixelles, l'agence digitale solidaire et GroupeOne."Le plus "drôle", dans cette écume d'un jour, c'est que le PTB lui-même tacle le PS, en mode "moderniste", par la voix de son porte-parole Germain Mugemangango: "Chez Amazone (sic), Deliveroo et autres secteurs émergents, les travailleurs et les travailleuses se battent pour de meilleures conditions de travail et même parfois, gagnent. C'est ce combat qui est le coeur du débat. Un retour vers le passé est complètement illusoire."Dans les rangs économiques, la stupéfaction est plus grande encore: "Si toutes ces marchandises doivent venir de l'étranger, nous perdrons 9 milliards d'euros de chiffre d'affaires et des dizaines de milliers d'emplois", souligne Comeos, la fédération du commerce.Qui poursuit: "Il pense que seuls les magasins physiques survivront. Mais il a tort. La réalité est qu'aujourd'hui, chaque chaîne de magasins physiques a également une stratégie numérique et que l'avenir du commerce sera physique et numérique. Si Magnette ne veut pas de mauvais emplois, la solution est simple: il doit alors aider à organiser le commerce numérique principalement ici en Belgique au lieu de le faire maintenant avec des acteurs mondiaux étrangers.""L'e-commerce, c'est beaucoup d'emplois en Wallonie, en ce compris dans les PME", souligne Willy Borsus (MR), ministre wallon d l'Economie. En reprenant une liste de mille entreprises wallonnes actives dans le domaine."En termes de démagogie, on attend le sommet!, commente Olivier de Wasseige, administrateur délégué de l'Union wallonne des entreprises. Rarement vu une proposition aussi rétrograde et à contresens! Qu'on légifère sur le travail de nuit, soit (et encore on est beaucoup plus "protecteur" en Belgique que chez nos voisins), mais qu'on nie l'intérêt du e-commerce notamment pour les petits commerces, pour ceux qui démarrent et veulent tester leurs produits par la vente en ligne avant d'ouvrir un commerce physique, c'est revenir au 19ième siècle, en mettant des oeillères sur l'évolution de la société ! La crise covid nous a d'ailleurs montré tout l'intérêt du e-commerce local, indépendamment des grandes plateformes internationales. On a déjà perdu des milliers d'emplois en Belgique en ne prenant pas le train de l'e-commerce assez tôt, on a quand même fini par en créer (cfr une réussite comme e-farmz) et on voudrait maintenant supprimer ces emplois ! On doit être le 1er avril !"Certains CEO adeptes de l'e-commerce invitent Paul Magnette à se rendre compte que l'e-commerce, aujourd'hui, est une activité qui donne lieu à des cercles vertueux, respectueux de l'environnement et socialement responsables."Lorsque Macron défend la technologie Français, nos politiciens remettent en question l'utilité du commerce électronique, s'étonne Tanguy Goretti, fondateur de COWBOY. Nous ne parlons même pas du web 3 ici. En tant que Belges, nous avons ce que nous méritons. Nous avons voté pour ces gens. Assurons-nous de changer cela lors des prochaines élections."Le président du PS a-t-il perdu l'occasion de se taire?