Avec le protocole de Kyoto de 1997, seules les industries les plus polluantes pouvaient se sentir concernées par la lutte contre le réchauffement. Il y a six ans, la COP21 de l'ONU décidait d'embarquer le monde des entreprises. Peu à peu, nombre de secteurs ont suivi. Jusqu'à la filière du numérique, qui s'est longtemps vue facteur de progrès climatique, mais dont l'impact sur les émissions de gaz à effet de serre est net.

Verdir procédés et sources d'énergie, recycler, transporter en mode bas-carbone... les moyens d'agir sont connus. Pourtant l'action fait défaut, concluent tous les rapports.

Ambivalence

L'industrie par exemple consomme près de 40% de l'énergie finale dans le monde et reste dominée par les combustibles fossiles: pétrole, gaz naturel et en particulier charbon. "Et le défi va être de gérer une demande de biens accrue tout en réduisant les émissions", note l'Agence internationale de l'énergie (AIE), notamment "dans les filières énergivores: matériaux de construction, chimie, transports de longue distance". L'AIE met en garde: "un certain nombre d'entreprises se sont fixé des objectifs ambitieux, mais leur potentiel est inégal".

Selon une enquête du Boston Consulting Group auprès de 1.300 entreprises, seules 11% disent avoir réalisé leurs objectifs de réduction de CO2 ces cinq dernières années. Et 9% à peine mesurent leurs émissions avec précision. Unilever, Ikea et Nestlé sont à ce jour parmi les rares géants à la hauteur de l'enjeu, pointe le think tank InfluenceMap, qui distingue aussi Tesla, H&M et les électriciens Enel, EDF, Iberdrola. Surtout des entreprises européennes. "Une grande partie du monde de l'entreprise apparaît encore ambivalente, voire opposée à toute action audacieuse", souligne Kendra Haven, pour InfluenceMap.

L'analyse disqualifie notamment les groupes pro-climat liés à des lobbies "obstructionnistes": ainsi Microsoft ou Siemens, membres de la National Association of Manufacturers et/ou de la Chambre de commerce des Etats-Unis. Aujourd'hui les promesses de "neutralité carbone" (impliquant de réduire les émissions puis d'absorber les résiduelles) se multiplient: plus de 3.000 entreprises concernées, six fois plus qu'en 2019, selon le rapport statistique annuel de BP.

Mais comment faire, et vérifier? L'entreprise doit agir sur ses émissions directes, mais aussi indirectes (celles générées par ses fournisseurs et par l'utilisation de ses produits), qui sont plus importantes que les premières dans certains secteurs. Et gare à l'abus de "compensations carbone" (soutien à des projets de reboisement, plantation de haies, etc.). Pour une transition conforme à l'accord de Paris, les entreprises peuvent se faire certifier, en particulier par la Science-Based Targets Initiative (SBTi), consortium réunissant experts, ONG et Global Compact de l'ONU. Des alliances sectorielles ont été créées.

Décalage

Le secteur financier pourrait aider à y voir plus clair: indices boursiers thématiques, labels de placements verts et autres solutions d'épargne engagée ont vu le jour pour tenter de diriger les investissements vers les bons élèves du climat. Mais dans les faits, il y a un "décalage entre promesses" des portefeuilles financiers "et réalité", note une étude de la chaire de recherche Edhec-Scientific, qui n'hésite pas à parler de "greenwashing": "les performances climatiques des entreprises" ne représentent que 12% des facteurs déterminant le poids d'un titre dans un indice dit "vert".

"Le secteur financier bouge, mais les bons outils d'audit et vérification" sont à mettre en place, estime Bertrand Badré, ex-directeur général de la Banque mondiale: les méthodes de contrôle sont définies entre entreprises et investisseurs, ces derniers n'étant pas toujours regardants... Il faut donc "ouvrir le capot" pour savoir ce que contient un placement.

Reste le cas des producteurs d'hydrocarbures. "Les compagnies, pas seulement occidentales mais aussi russes, asiatiques et du Moyen-Orient, doivent dire de façon transparente comment elles se diversifient dans les énergies propres, combien d'émissions elles génèrent et quels sont leurs plans," dit à l'AFP le directeur de l'AIE Fatih Birol, qui voit dans "le greenwashing" un "défi" pour la transition. Alors depuis deux ans, l'AIE publie un suivi annuel des investissements du secteur: "il y a deux ans, 1% de leurs investissements étaient consacrés à des énergies propres. Cette année c'est 5%; c'est mieux, mais 95% part toujours dans leurs activités habituelles".

Avec le protocole de Kyoto de 1997, seules les industries les plus polluantes pouvaient se sentir concernées par la lutte contre le réchauffement. Il y a six ans, la COP21 de l'ONU décidait d'embarquer le monde des entreprises. Peu à peu, nombre de secteurs ont suivi. Jusqu'à la filière du numérique, qui s'est longtemps vue facteur de progrès climatique, mais dont l'impact sur les émissions de gaz à effet de serre est net.Verdir procédés et sources d'énergie, recycler, transporter en mode bas-carbone... les moyens d'agir sont connus. Pourtant l'action fait défaut, concluent tous les rapports.L'industrie par exemple consomme près de 40% de l'énergie finale dans le monde et reste dominée par les combustibles fossiles: pétrole, gaz naturel et en particulier charbon. "Et le défi va être de gérer une demande de biens accrue tout en réduisant les émissions", note l'Agence internationale de l'énergie (AIE), notamment "dans les filières énergivores: matériaux de construction, chimie, transports de longue distance". L'AIE met en garde: "un certain nombre d'entreprises se sont fixé des objectifs ambitieux, mais leur potentiel est inégal".Selon une enquête du Boston Consulting Group auprès de 1.300 entreprises, seules 11% disent avoir réalisé leurs objectifs de réduction de CO2 ces cinq dernières années. Et 9% à peine mesurent leurs émissions avec précision. Unilever, Ikea et Nestlé sont à ce jour parmi les rares géants à la hauteur de l'enjeu, pointe le think tank InfluenceMap, qui distingue aussi Tesla, H&M et les électriciens Enel, EDF, Iberdrola. Surtout des entreprises européennes. "Une grande partie du monde de l'entreprise apparaît encore ambivalente, voire opposée à toute action audacieuse", souligne Kendra Haven, pour InfluenceMap. L'analyse disqualifie notamment les groupes pro-climat liés à des lobbies "obstructionnistes": ainsi Microsoft ou Siemens, membres de la National Association of Manufacturers et/ou de la Chambre de commerce des Etats-Unis. Aujourd'hui les promesses de "neutralité carbone" (impliquant de réduire les émissions puis d'absorber les résiduelles) se multiplient: plus de 3.000 entreprises concernées, six fois plus qu'en 2019, selon le rapport statistique annuel de BP.Mais comment faire, et vérifier? L'entreprise doit agir sur ses émissions directes, mais aussi indirectes (celles générées par ses fournisseurs et par l'utilisation de ses produits), qui sont plus importantes que les premières dans certains secteurs. Et gare à l'abus de "compensations carbone" (soutien à des projets de reboisement, plantation de haies, etc.). Pour une transition conforme à l'accord de Paris, les entreprises peuvent se faire certifier, en particulier par la Science-Based Targets Initiative (SBTi), consortium réunissant experts, ONG et Global Compact de l'ONU. Des alliances sectorielles ont été créées.Le secteur financier pourrait aider à y voir plus clair: indices boursiers thématiques, labels de placements verts et autres solutions d'épargne engagée ont vu le jour pour tenter de diriger les investissements vers les bons élèves du climat. Mais dans les faits, il y a un "décalage entre promesses" des portefeuilles financiers "et réalité", note une étude de la chaire de recherche Edhec-Scientific, qui n'hésite pas à parler de "greenwashing": "les performances climatiques des entreprises" ne représentent que 12% des facteurs déterminant le poids d'un titre dans un indice dit "vert"."Le secteur financier bouge, mais les bons outils d'audit et vérification" sont à mettre en place, estime Bertrand Badré, ex-directeur général de la Banque mondiale: les méthodes de contrôle sont définies entre entreprises et investisseurs, ces derniers n'étant pas toujours regardants... Il faut donc "ouvrir le capot" pour savoir ce que contient un placement.Reste le cas des producteurs d'hydrocarbures. "Les compagnies, pas seulement occidentales mais aussi russes, asiatiques et du Moyen-Orient, doivent dire de façon transparente comment elles se diversifient dans les énergies propres, combien d'émissions elles génèrent et quels sont leurs plans," dit à l'AFP le directeur de l'AIE Fatih Birol, qui voit dans "le greenwashing" un "défi" pour la transition. Alors depuis deux ans, l'AIE publie un suivi annuel des investissements du secteur: "il y a deux ans, 1% de leurs investissements étaient consacrés à des énergies propres. Cette année c'est 5%; c'est mieux, mais 95% part toujours dans leurs activités habituelles".