"Je vous emmène à la découverte de l'économie du partage et de la collaboration, avec une vraie success story belge. Et vous verrez, l'histoire de Cambio est encore plus belle qu'on ne le pense. " Le député Ecolo Georges Gilkinet ne cache pas son enthousiasme à l'égard du précurseur belge de la voiture partagée. Pour l'impact sur la mobilité et l'environnement, bien entendu : une voiture Cambio, c'est de 12 à 16 véhicules personnels en moins et plus de kilomètres parcourus à vélo ou en transports en commun.
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"Je vous emmène à la découverte de l'économie du partage et de la collaboration, avec une vraie success story belge. Et vous verrez, l'histoire de Cambio est encore plus belle qu'on ne le pense. " Le député Ecolo Georges Gilkinet ne cache pas son enthousiasme à l'égard du précurseur belge de la voiture partagée. Pour l'impact sur la mobilité et l'environnement, bien entendu : une voiture Cambio, c'est de 12 à 16 véhicules personnels en moins et plus de kilomètres parcourus à vélo ou en transports en commun. Mais sur le plan purement économique, le modèle présente aussi d'intéressantes spécificités. Né dans le giron de l'ASBL Taxistop, Cambio a délibérément opté pour un partenariat avec les sociétés publiques de transport. " Nous aurions sans doute pu lever plus d'argent ailleurs mais nous tenions à cette logique de complémentarité avec le transport public ", insiste Frédéric Van Malleghem. Au capital, on retrouve les sociétés régionales de transport et la SNCB, ainsi que la firme allemande Cambio qui avait lancé le concept des voitures partagées dans trois villes allemandes, juste avant le démarrage de l'expérience belge. L'entreprise a été rentable dès le troisième exercice mais, jusqu'à présent, aucun actionnaire n'a réclamé de dividendes. Tous les bénéfices ont été réinvestis, notamment dans la R&D. " Je suis jugé par mes actionnaires sur le transfert modal grâce à la voiture partagée, pas sur le retour financier, précise le patron de Cambio-Bruxelles. L'entreprise doit être viable, sans plus. Elle peut grandir à son rythme. " " J'apprécie les qualités de cette slow economy, intervient Georges Gilkinet. Nous avons trop souvent des actionnaires qui veulent un retour sur investissement trop rapide et trop important. Ici, chez Cambio, je sens une sagesse dans le développement. " Ecolo mise sur l'implication plus directe des citoyens dans le financement des entreprises (prêts Proxi ou coups de pouce, financement participatif, tax shelter... seraient fiscalement soutenus) pour " changer le rapport au temps ". " Le défi climatique est une opportunité économique, à condition de miser sur la durée, explique le député Ecolo. Il faut investir dans la recherche, sans exiger un retour dans les trois ou quatre ans. C'est pour cela que nous voulions une loi climat : pour fixer une direction dont on ne pourra ensuite s'éloigner. Les choix économiques, de formation et autres s'inscrivent en cohérence avec ce cadre à long terme. " Au-delà de la modeste prise de participation initiale, Cambio ne bénéficie d'aucun subside. " Et je n'en veux pas, sourit Frédéric Van Malleghem. Que les pouvoirs publics investissent dans les transports publics et les pistes cyclables et Cambio grandira ! " L'entreprise ne reçoit pas d'aide non plus des autorités communales, en dehors de la mise à disposition d'espaces de stationnement pour les stations Cambio. Parfois, une commune donne un coup de pouce à une nouvelle station en utilisant le service pour les déplacements de fonctionnaires communaux, comme pourrait le faire n'importe quelle entreprise. Toutes les données d'utilisation (typologie des utilisateurs et de leurs trajets) sont communiquées aux administrations, qui peuvent ainsi adapter leurs politiques de stationnement et de mobilité en conséquence. " Nous sommes dans une logique de dialogue et de construction ", résume Frédéric Van Malleghem. Le programme d'Ecolo va dans le même sens quand il entend inciter les entreprises à " partager les données qui ont un caractère général, dans l'intérêt de mener une politique publique ", notamment en matière de mobilité. Si les pouvoirs publics trouvent leur intérêt au développement de Cambio, il en va de même dans la sphère privée. Les entreprises sont en effet de plus en plus nombreuses à opter pour la voiture partagée plutôt qu'une flotte propre. " Les entreprises assurent désormais la moitié de notre croissance, poursuit le patron de Cambio-Bruxelles. Elles se rendent compte, notamment les PME, que le tout à la voiture n'est pas tenable à terme. " Le bémol, c'est l'implantation géographique : Cambio base son modèle sur la mixité de la demande (des particuliers en soirée, des entreprises en journée) et sur une certaine densité de population. A priori, l'entreprise ne cherche donc pas à installer des stations dans les parcs d'activité économique de la périphérie des villes où doivent pourtant se rendre chaque jour de nombreux travailleurs. Cambio, c'est aujourd'hui une centaine d'emplois en Belgique, de la gestion de la flotte au call center en passant par les services informatiques. L'entreprise ne connaît apparemment pas de gros problèmes de recrutement. " La guerre pour les talents existe mais si on accepte la diversité, on trouve les compétences dont on a besoin, confie Frédéric Van Malleghem. Je n'ai pas peur des profils atypiques, j'ai engagé un chômeur de plus de 50 ans et je ne le regrette absolument pas. " L'entreprise recrute aussi via les contrats " article 60 " qui offrent une expérience professionnelle à des personnes aidées par le CPAS. " C'est l'occasion pour nous de tester des gens de qualité, de toucher et de former un public que nous ne connaissons pas, poursuit le patron de Cambio. Quand la personne donne satisfaction, je l'engage sous contrat à durée indéterminée. " La politique salariale de Cambio est étonnante : l'écart entre les plus gros et les plus petits salaires ne peut dépasser un facteur 3. " C'est un principe auquel nous ne dérogerons pas, assure Frédéric Van Malleghem. C'est porteur de valeurs pour les employés. " Le turnover est très faible dans l'entreprise. Lors de notre visite, nous avons croisé plusieurs personnes présentes depuis le début de l'aventure. " Tout cela nous montre que l'économie peut fonctionner autrement ", résume Georges Gilkinet. Il concède à cet égard une certaine " frustration " de constater que les modèles du Bureau du Plan n'ont pas permis de chiffrer les créations d'emploi que pourrait générer un soutien massif à l'économie circulaire (jusqu'à 100.000 jobs d'ici 2030, selon une étude de PwC, citée par Ecolo). " Si nous voulons sortir de ce système qui épuise les gens et la planète, il faut avancer sur des modèles disruptifs et avoir donc la capacité technique de les évaluer, dit-il. L'exemple de Cambio nous montre que cela fonctionne. " On s'en doute, ici, il n'y a pas de voiture de société. On est plutôt dans l'optique du " budget mobilité ", dont la voiture partagée peut être l'un des éléments. Cela réjouit évidemment le député Ecolo, qui prône le remplacement du régime des voitures de société par une combinaison de produits offrant au travailleur un service équivalent à la possession d'un véhicule. " Le système de la voiture-salaire est spécifique à notre pays et il est régulièrement dénoncé par des instances internationales, soutient Georges Gilkinet. Sa suppression serait une réforme structurelle importante en Belgique mais elle ne doit pas se faire au détriment des travailleurs. Il faut trouver un phasing out pour protéger les avantages acquis. "C'est l'occasion d'évoquer le pouvoir d'achat et le procès en " rage taxatoire " régulièrement fait aux écologistes. Dans leur programme, on trouve effectivement une cotisation de crise sur les grands patrimoines (plus d'un million d'euros, hors habitation principale et locaux affectés à l'activité économique), la globalisation des revenus et une révision de certains avantages fiscaux dont l'épargne- pension (" le trading à haute fréquence, ce sont les fonds de pension qui l'ont inventé ", dit Georges Gilkinet, soucieux de mobiliser l'épargne pour des projets plus constructifs). " Nous voulons un système fiscal ciblé et intelligent, poursuit le député Ecolo. Il faut réserver les subsides fiscaux à des choix économiques déterminants en termes de création d'emplois et de défi climatique. " Il préconise, par exemple, le soutien public à l'isolation des logements et au développement de l'autoconsommation collective d'énergie renouvelable. De vastes chantiers susceptibles de réduire les émissions polluantes, de créer de l'emploi et, à terme, de réduire la facture énergétique des ménages. " Il faut se placer dans un autre modèle, conclut Georges Gilkinet. L'expérience de Cambio nous montre qu'un ménage peut économiser de 200 à 300 euros par mois en se passant de voiture individuelle. En agissant efficacement sur l'isolation, on peut également améliorer le pouvoir d'achat des familles. "