40 années de données réunies dans une seule et même analyse. L'agence européenne de statistiques Eurostat a sorti une étude combinant des données sur l'utilisation du chauffage et de la climatisation par les Européens. Une étude qui se révèle être une mine d'informations.
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40 années de données réunies dans une seule et même analyse. L'agence européenne de statistiques Eurostat a sorti une étude combinant des données sur l'utilisation du chauffage et de la climatisation par les Européens. Une étude qui se révèle être une mine d'informations.Ces données reflètent en effet non seulement les périodes les plus chaudes et les plus froides de notre histoire récente, mais également l'augmentation des températures, causée entre autres par le changement climatique. En effet, sans surprise, les Européens se chauffent de moins en moins, mais cherchent à se "refroidir" de plus en plus.Tout d'abord, un petit point technique s'impose. Pour arriver à ces conclusions, l'agence de statistiques a utilisé des indicateurs tels que les degrés de chauffage par jour (heating degree days, HDD) et les degrés de refroidissement par jour (cooling degree days, CDD). Ces données sont présentées dans l'étude comme des sommes de températures en °C, avec donc comme unité de mesure le "degrés-jours". Les statisticiens européens sont remontés loin, puisque les premières données disponibles datent de 1979. Ainsi, à cette date, l'Union européenne enregistrait un total de 3 510 degrés-jours de chauffage, contre 3 126 en 2021, soit une baisse de 11%. La Belgique accuse une diminution encore plus importante, avec une baisse de 15% des degrés-jours de chauffage en l'espace de 40 ans. Comme un symbole, c'est en l'an 2000 que l'Union européenne passe sous la barre des 3 000, soit 2 961 degrés-jours. Depuis lors, elle oscillera toujours autour de ce chiffre. La Belgique descend quant à elle sous la barre des 3 000 degrés-jours de chauffage dès 1982, mais enregistre son plus gros score en 1985, tout comme l'Europe. Le continent connaît en effet à cette époque une grande vague de froid.Comme le rappelle Météo en Belgique, l'hiver 1984-1985 est le "dernier 'grand hiver' que notre pays ait connu" . À Saint-Vith (province de Liège), on enregistrera des températures à -18°C; à Rochefort (province de Namur) à -16,4°C; et à Knokke (province de Flandre-Occidentale) à -13,4°C. Pas étonnant donc que cette année soit celle où les Belges et les Européens ont le plus utilisé leur chauffage.A l'inverse, l'année la plus chaude a été l'année 2020. L'Union européenne comme la Belgique enregistrent leur plus bas degrés-jours de chauffage avec respectivement des chiffres à 2 759 et 2 340. Là encore, confirmé par Météo en Belgique, qui reconnaît que "2020 aura connu souvent des mois aux températures plus hautes que la normale." L'institution va même jusqu'à dire que c'est "la plus chaude année jamais enregistrée à Uccle depuis le début des mesures en 1833".En Belgique, ce record de chaleur s'est également vu dans les chiffres concernant les degrés de refroidissement (ou climatisation) par jour. C'est en effet en 2020 que les degrés-jours sont les plus élevés, atteignant 53 degrés-jours. Des chiffres qui étaient pourtant quasi nuls au début de l'étude. En effet, la climatisation ne fonctionnait pas beaucoup en 1979, puisque la Belgique affiche 0,07 degrés-jours de climatisation. Des pics ont lieu en 1983 et 1990. Mais il faut attendre 1994 pour voir une hausse significative, avec 40,5 degrés-jours de climatisation et des températures particulièrement douces selon Météo en Belgique. Sans surprise, 2003 fait également partie des années où les Belges ont le plus utilisé leur climatiseur, avec 44 degrés-jours de climatisation. C'est d'ailleurs cette année-là que l'Union européenne établit son plus gros résultat, avec 129 degrés-jours de refroidissement.Si on prend un peu de recul sur ces données, nous nous apercevons que de 1979 à 2021 dans l'Union européenne, les degrés-jours de refroidissement enregistrent une augmentation impressionnante de 200%, passant de 37 degrés-jours à 110. La Belgique fait bien pire, avec une augmentation de près de 6000%, passant de 0,07 en 1979 à 4,18 en 2021.Cette baisse de l'utilisation du chauffage opposée à l'augmentation drastique de la climatisation reflète le réchauffement que nous connaissons aujourd'hui. La hausse des températures est visible et impacte notre consommation quotidienne d'énergie, que cela soit pour nous chauffer ou nous "refroidir". Un basculement du premier vers le deuxième semble ainsi s'oppérer.Aurore Dessaigne