Le nucléaire, non-émetteur de CO2, a assuré 52% de la consommation d'électricité en 2021 avec une puissance de 5.940 MW [1]. Selon le Green Deal appliqué à la Belgique, il devrait être remplacé rapidement par des éoliennes et des panneaux photovoltaïques. Ces derniers satisfont aujourd'hui seulement 18% de la demande et le remplacement annoncé est pour le moins douteux. D'après la ministre, on devrait assurer une totale sécurité d'approvisionnement électrique avec un minimum de nouvelles centrales au gaz servant à la période de transition, mais qui disparaitraient rapidement. Dans son plan de sortie du nucléaire, elle avait d'abord prévu d'ajouter 2.300 mégawatts (MW) de gaz au parc existant, déjà clairement insuffisant par rapport au 5.940 MW disparus.

Ce chiffre a été revu à la baisse en 2021 à 1.600 MW, avec deux centrales qui font l'objet, l'une d'un refus de permis, l'autre d'un recours. Néanmoins elle persiste à déclarer, avec l'accord apparent du gestionnaire du réseau de transport ELIA [2], qu'on aurait assez de gaz pour faire face à la sortie du nucléaire. Elle est donc en pleine contradiction avec le même ELIA, qui pourtant met en évidence dans son plan d'adéquation le besoin impérieux de nouvelles capacités plus importantes, à compléter par des importations et des délestages importants [3]. Malgré la contradiction avec les objectifs de décarbonation du Green Deal, l'Europe est en négociation pour accepter le gaz comme étant une énergie de transition vers un 100% de renouvelables annoncé, mais irréalisable partout. Il faut en permanence un palliatif à l'absence de vent et de soleil et donc sans aucun doute possible, 100% renouvelables sont une impossibilité en Belgique en la quasi- absence d'hydraulique, de stockage et avec des importations limitées venant de pays voisins, soumis à des régimes de vent et de soleil comparables aux nôtres, et dont les capacités pilotables arrivent à la marge.

Dans le contexte de la crise du gaz en cours, il faut encore plus d'audace pour affirmer à répétition que grâce aux renouvelables, prétendument gratuits, la facture d'électricité ne pourra que diminuer [4]. Le gaz naturel qu'on devra utiliser de plus en plus est depuis longtemps le principal "price maker" sur les réseaux européens : son prix dépend de sa disponibilité, et donc de contraintes géopolitiques. De plus, les éoliennes et les panneaux photovoltaïques ne sont pas rentables s'ils ne sont pas fortement subsidiés. On peut estimer que toutes les surcharges des renouvelables dans les factures des ménages représentaient début 2021 déjà une part importante du prix total du kWh [5], soit un supplément d'environ 1,5 milliard par an, avec, pour ce prix élevé, une production marginale d'électricité.

Sachant cela, pourquoi la Région bruxelloise s'entête-t-elle encore à renforcer le soutien au photovoltaïque [6], malgré la bulle passée de plusieurs milliards, non encore apurée complètement par les ménages démunis de panneaux ? Il serait temps que ceux-ci refusent de payer l'ardoise des détenteurs de panneaux qui ont, eux, bénéficié des subsides, des certificats verts et aussi des compteurs qui tournent à l'envers amenant à zéro leurs factures. Ces détenteurs de panneaux profitent donc aussi des prix élevés, tout comme les opérateurs d'éoliens. La ministre veut certes réduire quelque peu les trop généreux subsides accordés aux éoliennes en mer (qui sont du ressort du gouvernement fédéral), mais cela relève plus de la symbolique, alors qu'elle pointe du doigt principalement le nucléaire amorti qui produit à pleine puissance en cet hiver 2022 [4].

Les factures d'électricité surévaluées explosent en entraînant une grande précarité, de nombreux foyers Belges devant faire appel aux aides sociales. Le gouvernement essaie de balayer le problème sous le tapis par des demi-mesures, alors que des réformes structurelles seraient indispensables [7]. Il sera difficile de changer dans l'immédiat les règles du marché de l'électricité en Europe, mais on peut agir sans tarder en dénonçant deux dogmes dangereux de l'écologie politique, et en tirer immédiatement les conséquences pour notre mix électrique :

  • Le gaz naturel n'est pas une énergie de transition vers les renouvelables intermittents dont l'apport global dans le système de production restera toujours marginal. Le soleil et le vent sont clairement insuffisants, même s'ils pèseront de plus en plus lourds dans les factures. Il faut arrêter de les subsidier avec les deniers publics.
  • Le nucléaire n'est pas l'énergie indomptable produisant beaucoup de déchets hors contrôle que la propagande verte/groen décrit sans répit. Il produit à un coût modeste, indépendamment de la géopolitique, plus de la moitié de notre approvisionnement électrique. Loin d'être une énergie du passé, il est susceptible de grands développements vers encore plus d'efficacité et de sûreté.

N'acceptons plus l'hypocrisie de l'écologie politique devenue la meilleure propagandiste des promoteurs de l'éolien, du photovoltaïque et, last but not least, du gaz naturel.

Pierre Kunsch, Dr. en Sciences, Professeur honoraire de l'ULB

Références

[1] ELIA Mix électrique 2021 en Belgique - 7 janvier 2022

[2] Elia est confiant, il y a assez de projets de centrales au gaz pour sortir du nucléaire - La Libre Éco du 19 janvier 2022

[3] ELIA présente son plan d'adéquation et de flexibilité pour la période 2022-2032, Communiqué de presse, 25 juin 2021

[4] Tinne Van der Straeten "Les fournisseurs qui ne respectent pas les règles seront sanctionnés", L'Echo du 22 janvier 2022

[5] CREG (Comité de régulation de l'électricité et du gaz) Tableau de bord mensuel électricité et gaz naturel, 6 juin 2021

[6] La région renforce le soutien à l'installation de panneaux photovoltaïques, BXL Médias de Bruxelles, 20 janvier 2022

[7] Pas encore d'accord sur une baisse de la facture énergétique, L'Echo du 22 janvier 2022

Le nucléaire, non-émetteur de CO2, a assuré 52% de la consommation d'électricité en 2021 avec une puissance de 5.940 MW [1]. Selon le Green Deal appliqué à la Belgique, il devrait être remplacé rapidement par des éoliennes et des panneaux photovoltaïques. Ces derniers satisfont aujourd'hui seulement 18% de la demande et le remplacement annoncé est pour le moins douteux. D'après la ministre, on devrait assurer une totale sécurité d'approvisionnement électrique avec un minimum de nouvelles centrales au gaz servant à la période de transition, mais qui disparaitraient rapidement. Dans son plan de sortie du nucléaire, elle avait d'abord prévu d'ajouter 2.300 mégawatts (MW) de gaz au parc existant, déjà clairement insuffisant par rapport au 5.940 MW disparus. Ce chiffre a été revu à la baisse en 2021 à 1.600 MW, avec deux centrales qui font l'objet, l'une d'un refus de permis, l'autre d'un recours. Néanmoins elle persiste à déclarer, avec l'accord apparent du gestionnaire du réseau de transport ELIA [2], qu'on aurait assez de gaz pour faire face à la sortie du nucléaire. Elle est donc en pleine contradiction avec le même ELIA, qui pourtant met en évidence dans son plan d'adéquation le besoin impérieux de nouvelles capacités plus importantes, à compléter par des importations et des délestages importants [3]. Malgré la contradiction avec les objectifs de décarbonation du Green Deal, l'Europe est en négociation pour accepter le gaz comme étant une énergie de transition vers un 100% de renouvelables annoncé, mais irréalisable partout. Il faut en permanence un palliatif à l'absence de vent et de soleil et donc sans aucun doute possible, 100% renouvelables sont une impossibilité en Belgique en la quasi- absence d'hydraulique, de stockage et avec des importations limitées venant de pays voisins, soumis à des régimes de vent et de soleil comparables aux nôtres, et dont les capacités pilotables arrivent à la marge.Dans le contexte de la crise du gaz en cours, il faut encore plus d'audace pour affirmer à répétition que grâce aux renouvelables, prétendument gratuits, la facture d'électricité ne pourra que diminuer [4]. Le gaz naturel qu'on devra utiliser de plus en plus est depuis longtemps le principal "price maker" sur les réseaux européens : son prix dépend de sa disponibilité, et donc de contraintes géopolitiques. De plus, les éoliennes et les panneaux photovoltaïques ne sont pas rentables s'ils ne sont pas fortement subsidiés. On peut estimer que toutes les surcharges des renouvelables dans les factures des ménages représentaient début 2021 déjà une part importante du prix total du kWh [5], soit un supplément d'environ 1,5 milliard par an, avec, pour ce prix élevé, une production marginale d'électricité. Sachant cela, pourquoi la Région bruxelloise s'entête-t-elle encore à renforcer le soutien au photovoltaïque [6], malgré la bulle passée de plusieurs milliards, non encore apurée complètement par les ménages démunis de panneaux ? Il serait temps que ceux-ci refusent de payer l'ardoise des détenteurs de panneaux qui ont, eux, bénéficié des subsides, des certificats verts et aussi des compteurs qui tournent à l'envers amenant à zéro leurs factures. Ces détenteurs de panneaux profitent donc aussi des prix élevés, tout comme les opérateurs d'éoliens. La ministre veut certes réduire quelque peu les trop généreux subsides accordés aux éoliennes en mer (qui sont du ressort du gouvernement fédéral), mais cela relève plus de la symbolique, alors qu'elle pointe du doigt principalement le nucléaire amorti qui produit à pleine puissance en cet hiver 2022 [4]. Les factures d'électricité surévaluées explosent en entraînant une grande précarité, de nombreux foyers Belges devant faire appel aux aides sociales. Le gouvernement essaie de balayer le problème sous le tapis par des demi-mesures, alors que des réformes structurelles seraient indispensables [7]. Il sera difficile de changer dans l'immédiat les règles du marché de l'électricité en Europe, mais on peut agir sans tarder en dénonçant deux dogmes dangereux de l'écologie politique, et en tirer immédiatement les conséquences pour notre mix électrique : N'acceptons plus l'hypocrisie de l'écologie politique devenue la meilleure propagandiste des promoteurs de l'éolien, du photovoltaïque et, last but not least, du gaz naturel. Pierre Kunsch, Dr. en Sciences, Professeur honoraire de l'ULBRéférences[1] ELIA Mix électrique 2021 en Belgique - 7 janvier 2022[2] Elia est confiant, il y a assez de projets de centrales au gaz pour sortir du nucléaire - La Libre Éco du 19 janvier 2022[3] ELIA présente son plan d'adéquation et de flexibilité pour la période 2022-2032, Communiqué de presse, 25 juin 2021[4] Tinne Van der Straeten "Les fournisseurs qui ne respectent pas les règles seront sanctionnés", L'Echo du 22 janvier 2022[5] CREG (Comité de régulation de l'électricité et du gaz) Tableau de bord mensuel électricité et gaz naturel, 6 juin 2021[6] La région renforce le soutien à l'installation de panneaux photovoltaïques, BXL Médias de Bruxelles, 20 janvier 2022[7] Pas encore d'accord sur une baisse de la facture énergétique, L'Echo du 22 janvier 2022