La poussière des combats retombe peu à peu. Le second tour des élections législatives françaises a eu lieu et donne à voir un champ de bataille terriblement chamboulé. Ensemble, le parti du président Emmanuel Macron, perd sa majorité absolue au parlement, en ne récoltant que 245 sièges (pour rappel, il en faut 289 pour être majoritaire) . La NUPES, l'union de la gauche patronnée par Jean-Luc Mélenchon, obtient 131 sièges. Marine Le Pen et son Rassemblement national en ont 89 et Les Républicains ferment la marche des grands partis avec 61 sièges.
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La poussière des combats retombe peu à peu. Le second tour des élections législatives françaises a eu lieu et donne à voir un champ de bataille terriblement chamboulé. Ensemble, le parti du président Emmanuel Macron, perd sa majorité absolue au parlement, en ne récoltant que 245 sièges (pour rappel, il en faut 289 pour être majoritaire) . La NUPES, l'union de la gauche patronnée par Jean-Luc Mélenchon, obtient 131 sièges. Marine Le Pen et son Rassemblement national en ont 89 et Les Républicains ferment la marche des grands partis avec 61 sièges.La plupart des commentaires s'attardent sur la gifle donnée à Emmanuel Macron (trop jupitérien pour emporter l'adhésion des électeurs indécis), la montée historique de l'extrême droite et surtout l'ingouvernabilité de la France orpheline d'un grand parti majoritaire. On conseillera à l'Élysée de revoir la série danoise Borgen ou de lire la presse de notre pays pour constater qu'il est possible de gouverner avec une coalition, même si, et ce n'est pas Alexander De Croo qui démentira, c'est loin d'être une partie de plaisir.L'important, cependant, semble ailleurs : dans la mécanique des reports de voix qui est le fruit d'une polarisation sans doute jamais vue jusqu'à présent du paysage politique hexagonal. La grande surprise est que les candidats d'Ensemble !, le parti d'Emmanuel Macron, n'ont pas bénéficié au second tour de beaucoup de reports de voix. Au contraire, la polarisation du paysage a permis à l'extrême droite de devenir le troisième parti du pays , et à l'extrême gauche des insoumis de faire une OPA réussie sur l'entièreté de la gauche écologique et socialiste classique pour se hisser comme deuxième parti de France. Tous contre MacronLa mécanique des reports a en effet très largement plébiscité les extrêmes. En règle générale, les électeurs macronistes à qui on proposait au second tour un duel RN-NUPES sont restés chez eux à plus de 70%, reflétant ainsi le discours de nombreux cadres macronistes qui ont dit refuser de choisir entre le RN et la NUPES. Un tel discours a hérissé les électeurs sociaux-démocrates qui auparavant faisaient rempart au RN. Ils se sont sentis rejetés et sont restés chez eux.À l'inverse, les électeurs RN ont été nombreux à se mobiliser pour faire échouer les partisans d'Emmanuel Macron. Dans les duels qui opposaient Ensemble ! à la NUPES, ils ont reporté leur voix sur la NUPES à plus de 60%. L'exemple emblématique est celui d'un homme fort de la macronie, le chef du groupe parlementaire Christophe Castaner. Il a été battu dans les Alpes de haute Provence par un candidat de la NUPES qui a bénéficié à plein de voix d'électeur RN. Et parallèlement, quand un duel opposait Ensemble ! à RN, il y a eu de nombreux reports de voix d'extrême gauche vers l'extrême droite, qui a bénéficié également de voix d'électeur d'une partie de la droite classique tendance dure (celle d'Éric Ciotti). Ce qui rend la France ingouvernable est donc moins la sensibilité politique des partis - finalement, quand on voit les programmes, il y a des lignes de convergences dans certains domaines - que le ressentiment très fort que le parti d'Emmanuel Macron attise contre lui. Dans de nombreux cas, des électeurs de la droite et de la gauche classique ont secrètement reporté leur voix vers les extrêmes...Ce sont donc moins les programmes qu'il faut rabibocher que les hommes.