On a vu ces derniers jours en Europe qu'un personnage comme Viktor Orban, en Hongrie, a profité de ces circonstances pour s'octroyer des pouvoirs spéciaux pour une durée illimitée, suscitant l'inquiétude de ses partenaires européens.
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On a vu ces derniers jours en Europe qu'un personnage comme Viktor Orban, en Hongrie, a profité de ces circonstances pour s'octroyer des pouvoirs spéciaux pour une durée illimitée, suscitant l'inquiétude de ses partenaires européens.Le coronavirus donne en effet de mauvaises idées aux autocrates. C'est d'autant plus dangereux que l'épidémie a également renforcé l'arsenal de surveillance à leur disposition.Surveillance de masseEn Chine, la lutte contre la maladie a ainsi permis d'étendre le système de "surveillance de masse" qui s'instaure dans le pays. Des drones équipés de caméras et reliés à des systèmes de reconnaissance faciale ont surveillé le confinement de la population. Des intelligences artificielles ont identifié les personnes qui ne portaient pas de masques. Elles recevaient une notification sur leur smartphone. Ces systèmes sont toutefois aussi capables d'identifier désormais même les visages couverts d'un masque, une application utile pour signaler qui fait partie d'une manifestation, même s'il a le visage partiellement caché.Toujours en Chine, les systèmes de géolocalisation logés dans les smartphones ont permis de voir si quelqu'un avait déjoué le confinement obligatoire. Ainsi, comme le rapporte le Financial Times, trois jours après que le gouvernement chinois avait ordonné le confinement de la province de Hubei, coeur de l'épidémie, "un fonctionnaire situé à plus de 1 000 km de là, recevait des données d'opérateurs de télécommunications l'alertant d'une liste de personnes qui avaient quitté Hubei et pénétré dans sa ville". Les données comprenaient des traces de l'emplacement estimé des téléphones portables des utilisateurs, permettant d'aller les appréhender.Un des outils les plus en vogue en Chine pour combattre le virus a été Alipay Health Code, développé par une filiale du groupe Alibaba. Cette application permettait, en analysant les déplacements de l'utilisateur et les réponses à un questionnaire sur son état de santé, d'évaluer le risque que l'utilisateur du téléphone soit contaminé. Le résultat s'affichait en couleurs sur le téléphone des utilisateurs : vert (faible risque, sortie autorisée), jaune (confinement obligatoire de 7 jours), rouge (quarantaine de deux semaines). Et la police a effectué de fréquents contrôles de ces codes couleurs.Big data contre coronaLa stratégie très efficace de Taiwan pour combattre le virus a fait appel elle aussi au big data et au traçage... Taïwan a très vite constitué une base de données nationale reprenant les bénéficiaires de l'assurance maladie, les personnes immigrées et les personnes recensées par les douanes qui avaient des antécédents de voyage récents.Une personne se rendant à l'hôpital pour tel ou tel symptôme faisait l'objet d'une alerte immédiate et d'une analyse afin de voir s'il n'était pas suspect d'être porteur du virus, auquel cas il était immédiatement testé.En fonction de ces données et de leurs analyses, chaque Taiwanais a reçu par sms un laisser-passer s'il n'était pas considéré comme une personne à risque. Mais les personnes à risque, en raison notamment de leurs voyages récents, ont été mises en quarantaine et suivies via leur téléphone portable pour s'assurer qu'elles restaient chez elles pendant quinze jours.Traçage anonyme ou pasDes systèmes, à Singapour, en Israël, en Pologne, ont été développés en utilisant les systèmes de géolocalisation et les relais Bluetooth et permettent de savoir quels usagers se sont rencontrés à moins de deux mètres, bravant le confinement.Chez nous aussi, les gouvernements sont tentés de se servir de la technologie pour réduire les effets du virus. En Belgique et en Espagne, le projet "Data against corona" a été lancé, avec des applications permettant de voir si les mesures de confinement sont efficaces, et comment pourrait se propager le virus ... Tout en veillant cependant à anonymiser ces données. Un comité d'éthique est chargé d'y veiller. La France a voulu aller plus loin. Voici une bonne semaine des experts mandatés par l'Elysée réfléchissait à une "stratégie numérique d'identification des personnes ayant été au contact de personnes infectées". Une hypothèse rejetée par Christophe Castaner, le ministre de l'Intérieur français, qui estime que ce traçage individuel ne fait "pas partie de la culture du pays". Le rejet, cependant, est loin d'être définitif : "Je fais confiance aux Français, a ajouté le ministre, pour que nous n'ayons pas besoin de mettre en place ces systèmes qui atteignent la liberté individuelle de chacun." Si jamais la discipline des citoyens laisse à désirer, on pourrait ressortir l'idée des cartons.