Ce pourrait être un tournant de la guerre en Ukraine. Un traumatisme susceptible d'appeler à des sanctions supplémentaires et une condamnation plus forte encore du régime de Vladimir Poutine. L'horreur des images montrant des centaines de civils tués dans la retraite russe du nord de Kiev, singulièrement à Boutcha, donne le tournis. Le tout est désormais de savoir comment riposter sur le plan économique, étant entendu qu'une intervention militaire élargirait le conflit.
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Ce pourrait être un tournant de la guerre en Ukraine. Un traumatisme susceptible d'appeler à des sanctions supplémentaires et une condamnation plus forte encore du régime de Vladimir Poutine. L'horreur des images montrant des centaines de civils tués dans la retraite russe du nord de Kiev, singulièrement à Boutcha, donne le tournis. Le tout est désormais de savoir comment riposter sur le plan économique, étant entendu qu'une intervention militaire élargirait le conflit.Les images de Boutcha sont d'autant plus écoeurantes que les récits des exactions se multiplient: civils tués à bout portant, intrusions de soldats russes dans les maisons avec exécutions sommaires et viols, snipers "s'amusant" à tirer les civils... Le président Vlodymyr Zelinski parle de "génocide". Mais le plus cynique, c'est de voir ces images contestées par de nombreuses théories du complot, moquées dans des commentaires, forçant les médias à démontrer la véracité de l'horreur.Le bras de fer diplomatique est engagé. La Russie veut dénoncer des "provocations haineuses" au Conseil de sécurité de l'Onu. En retour, Zelensky va s'exprimer devant les représentants des nations du monde, lui qui s'est rendu sur place, à Boutcha. Le confit ukrainien fait apparaître de façon de plus en plus claire les nouvelles fractures du monde : la Chine soutient implicitement la Russie, l'Inde joue un drôle de jeu opportuniste, les pays africains et ceux du Proche-Orient font jouer leurs intérêts...L'Europe même n'est pas à l'abri de divisions, après avoir affiché son unité et sa fermeté dans les premières semaines de la guerre. La réélection avec un score fleuve de Viktor Orban, en Hongrie, se fait sur lit de déclarations provocantes sur Bruxelles et avec les félicitations de Vladmir Poutine. En France, la campagne électorale avant le premier tour est en train de basculer avec le pouvoir d'achat comme préoccupation principale et des candidats extrémistes qui ont le vent en poupe : tant Marine Le Pen que Jean-Luc Mélenchon ont pourtant été ambigus à l'égard de Poutine. Désormais, soulignent les analystes des sondages, rien n'est impossible, y compris une victoire finale de la candidate du Rassemblement national.Etant entendu que la riposte ne peut pas être militaire, il faut passer un nouveau cap sur le plan des sanctions économiques. Si Vladimir Poutine est un criminel de guerre, comment peut-on encore acheter son gaz et son pétrole? L'Union européenne est désormais face à sa contradiction la plus difficile à assumer. Les Etats-Unis, moins dépendants à l'énergie russe, ont déjà pris les devants. En Europe, ce sont les petits Etats baltes qui montent l'exemple. La Lituanie, l'Estonie et la Lettonie ont coupé le robinet, voir les relation diplomatiques.Et les autres? Le ministre allemand de la Défense a annoncé son souhait d'agir en ce sens, avant que Berlin ne répète que ce n'était pas possible en l'état, suivi par Vienne. L'agenda de la Commission européenne vise à réduire de deux tiers la dépendance à l'égard des énergies fossiles russes d'ici la fin de l'année, totalement d'ici 2027. Sinon? "Si on ferme le robinet du gaz russe, on risque des coupures sur le réseau et la mise à l'arrêt de certaines industries, rappelle à L'Echo le professeur Adel El Gammal (ULB).Certains, notamment dans les rangs écologistes, sont prêts à passer à l'acte, d'autant que les derniers rapports du Giec insistent sur la nécessité de réduire drastiquement notre utilisation des énergies fossiles pour sauver la planète. Mais ce n'est pas encore un élan majoritaire.Les images de Boutcha mettent notre humanisme et notre pragmatisme économique à l'épreuve. Ainsi que notre unité.