" On entend les entreprises et les indépendants nous dire qu'ils n'en peuvent plus (...). On a vu le week-end dernier qu'il y avait un sentiment de ras-le-bol avec 100.000 personnes dans les rues. Nous sommes, je le crains, au bord d'une forme de révolution." Le président de l'Union des classes moyennes, Pierre-Frédéric Nyst, a eu sur notre site internet des mots très forts pour commenter les dernières mesures gouvernementales contre la pandémie.

Il n'est pas le seul à employer un langage cru. Le patron d'Uber à Bruxelles fustige "l'inaction coupable pendant sept ans du gouvernement bruxellois". Bruno Colmant, professeur à l'UCLouvain et l'ULB et patron du private banking chez Degroof Petercam, se dit "hébété" devant le projet de réforme fiscale. Jean Baeten, l'expert fiscal de la Fédération des entreprises de Belgique, qualifie d'"ahurissante" la progressivité de l'impôt sur les moyens salaires dans notre pays. Geert Noels, CEO d'Econopolis, se désole de la "philosophie d'inertie" dont souffre la Wallonie...

L'exaspération des acteurs économiques est chauffée par les indécisions politiques ou les saupoudrages inefficaces sur des dossiers majeurs en attente depuis des lustres

Un peu partout, l'exaspération des acteurs économiques est chauffée par les indécisions ou les saupoudrages inefficaces sur des dossiers majeurs en attente depuis des lustres. Trois exemples. Le premier concerne Uber et les autorités bruxelloises. Le patron d'Uber a raison: voilà sept ans au moins que le problème de la concurrence entre les taxis traditionnels et les nouveaux VLC existe. Ce sujet aurait dû faire depuis longtemps l'objet d'une ordonnance réorganisant le marché et permettant aux différents acteurs de travailler. Pourtant, c'est finalement la justice qui a été la première à décider. Provoquant évidemment la colère des chauffeurs d'Uber privés de gagne-pain du jour au lendemain.

Le deuxième exemple concerne cette fameuse réforme fiscale promise depuis des années et devant laquelle, dixit le grand argentier, il n'y a pas de tabou qui tienne. De quelque bord politique qu'on soit, on sait que notre pays a besoin d'une fiscalité simplifiée (chaque année voit son ajout de lignes de code dans la déclaration), qui favorise les revenus du travail et incite l'épargne à se tourner vers le capital à risque. Au lieu de cela, les experts mandatés par les Finances proposent, si l'on en croit une fuite dans La Libre, de rehausser la TVA, de taxer les revenus locatifs réels, de supprimer les avantages pour l'épargne-pension, de taxer les sociétés unipersonnelles au barème de l'IPP... Des mesures pénalisant la prise de risque et les petits revenus (la TVA se fait sentir davantage sur les ménages modestes, la taxation des loyers sera répercutée sur les tarifs de location, etc.).

Et puis, il y a la politique d'énergie. Voici quelques jours dans L'Echo, le patron de Luminus, Grégoire Dallemagne, estimait que nous entrions dans "une zone dangereuse". Aujourd'hui, nous consommons 85 TWh en Belgique. Si nous voulons atteindre le zéro carbone en 2050, rouler en voitures électriques et produire de l'hydrogène vert, nos besoins seront trois à quatre fois plus importants. Surtout si nous continuons à accueillir sur le territoire les centres de données très gourmands en énergie de Google ou Microsoft. Alors qu'il faudrait donc décupler la production d'énergie éolienne, les permis ne sont plus octroyés qu'au compte-goutte et l'on table, pour combler l'écart et continuer à faire tourner notre économie dans quelques années, sur la bonne volonté des pays voisins. Mais qui dit qu'en 2050, la France, les Pays-Bas ou l'Allemagne auront des capacités excédentaires?

Jusqu'à présent, pour mécontenter le moins de monde possible, on a saupoudré et joué la montre. Mais l'exaspération grandissante des acteurs de terrain indique que cette attitude n'est vraiment plus tenable.

" On entend les entreprises et les indépendants nous dire qu'ils n'en peuvent plus (...). On a vu le week-end dernier qu'il y avait un sentiment de ras-le-bol avec 100.000 personnes dans les rues. Nous sommes, je le crains, au bord d'une forme de révolution." Le président de l'Union des classes moyennes, Pierre-Frédéric Nyst, a eu sur notre site internet des mots très forts pour commenter les dernières mesures gouvernementales contre la pandémie. Il n'est pas le seul à employer un langage cru. Le patron d'Uber à Bruxelles fustige "l'inaction coupable pendant sept ans du gouvernement bruxellois". Bruno Colmant, professeur à l'UCLouvain et l'ULB et patron du private banking chez Degroof Petercam, se dit "hébété" devant le projet de réforme fiscale. Jean Baeten, l'expert fiscal de la Fédération des entreprises de Belgique, qualifie d'"ahurissante" la progressivité de l'impôt sur les moyens salaires dans notre pays. Geert Noels, CEO d'Econopolis, se désole de la "philosophie d'inertie" dont souffre la Wallonie... Un peu partout, l'exaspération des acteurs économiques est chauffée par les indécisions ou les saupoudrages inefficaces sur des dossiers majeurs en attente depuis des lustres. Trois exemples. Le premier concerne Uber et les autorités bruxelloises. Le patron d'Uber a raison: voilà sept ans au moins que le problème de la concurrence entre les taxis traditionnels et les nouveaux VLC existe. Ce sujet aurait dû faire depuis longtemps l'objet d'une ordonnance réorganisant le marché et permettant aux différents acteurs de travailler. Pourtant, c'est finalement la justice qui a été la première à décider. Provoquant évidemment la colère des chauffeurs d'Uber privés de gagne-pain du jour au lendemain. Le deuxième exemple concerne cette fameuse réforme fiscale promise depuis des années et devant laquelle, dixit le grand argentier, il n'y a pas de tabou qui tienne. De quelque bord politique qu'on soit, on sait que notre pays a besoin d'une fiscalité simplifiée (chaque année voit son ajout de lignes de code dans la déclaration), qui favorise les revenus du travail et incite l'épargne à se tourner vers le capital à risque. Au lieu de cela, les experts mandatés par les Finances proposent, si l'on en croit une fuite dans La Libre, de rehausser la TVA, de taxer les revenus locatifs réels, de supprimer les avantages pour l'épargne-pension, de taxer les sociétés unipersonnelles au barème de l'IPP... Des mesures pénalisant la prise de risque et les petits revenus (la TVA se fait sentir davantage sur les ménages modestes, la taxation des loyers sera répercutée sur les tarifs de location, etc.). Et puis, il y a la politique d'énergie. Voici quelques jours dans L'Echo, le patron de Luminus, Grégoire Dallemagne, estimait que nous entrions dans "une zone dangereuse". Aujourd'hui, nous consommons 85 TWh en Belgique. Si nous voulons atteindre le zéro carbone en 2050, rouler en voitures électriques et produire de l'hydrogène vert, nos besoins seront trois à quatre fois plus importants. Surtout si nous continuons à accueillir sur le territoire les centres de données très gourmands en énergie de Google ou Microsoft. Alors qu'il faudrait donc décupler la production d'énergie éolienne, les permis ne sont plus octroyés qu'au compte-goutte et l'on table, pour combler l'écart et continuer à faire tourner notre économie dans quelques années, sur la bonne volonté des pays voisins. Mais qui dit qu'en 2050, la France, les Pays-Bas ou l'Allemagne auront des capacités excédentaires? Jusqu'à présent, pour mécontenter le moins de monde possible, on a saupoudré et joué la montre. Mais l'exaspération grandissante des acteurs de terrain indique que cette attitude n'est vraiment plus tenable.