Les décisions du comité de concertation du 17 novembre ont sonné comme une douche froide pour beaucoup de Belges. Retour du masque, de la distanciation sociale, du télétravail. Le vaccin avait pourtant été présenté comme la clé de la sortie de crise. "Pour voir mes proches quand je veux demain, je me vaccine", "Pour une rentrée sereine, je me vaccine" affichait la campagne jemevaccine.be.

Cette nouvelle hausse des hospitalisations est-elle un échec du vaccin ou un échec de la stratégie belge de vaccination ?

Cinq millions de doses dans les frigos

Le vaccin n'est pas parfait, mais il fonctionne. En tout cas pour réduire les formes graves de la maladie et la mortalité. Mais son efficacité s'amenuise au cours du temps. Une diminution progressive de l'immunité que l'on connaît, certes à des intervalles plus longs, pour d'autres vaccins. Pour les personnes les plus à risque, vaccinées en premier, la dernière injection date de plus de 6 mois.

Après ce délai, l'immunité induite par la vaccination devient trop faible. L'expérience israélienne montre l'efficacité d'une 3e dose [1]. Mais, à quelques semaines de l'hiver, la Belgique continue à tergiverser. A ce jour, moins de 10% de la population l'a reçu.

L'arrivée de la 4e vague aurait dû donner un coup de fouet à cette dose de rappel. Mais toujours pas. Les centres de vaccination tournent au ralenti. Les emblématiques centres de vaccination du Heysel et de l'aéroport de Zaventem ont été fermés.

Le 9 juin 2021, près de 200.000 doses avaient été administrées en un jour. A la mi-novembre, on tourne seulement à 40.000 doses en moyenne par jour [2]. Soit cinq fois moins. Plus de 5 millions de doses sont pourtant en stock. Quel est l'intérêt de faire patienter ces doses dans des frigos ?

Les six mois de novembre à mai sont justement les plus froids et les plus critiques. Avec son action plus rapide que les injections précédentes, la 3e dose aurait le pouvoir de juguler la vague actuelle et de prévenir la suivante.

Dans le graphique de la mortalité Covid de la semaine du 10 au 16 novembre, la tranche d'âge 75-84 passe en tête, en chiffre absolu, alors que la tranche 85+ l'avait toujours été jusqu'à présent. Un chiffre qui coïncide avec la faible couverture de cette tranche d'âge par une vaccination suffisamment récente que pour garantir une haute protection (43 % versus 74% pour la tranche d'âge supérieure [2]).

Interpellé au parlement, le ministre de la Santé a déclaré : "Plus de 3.300.000 se feront inviter dans la planification déjà réalisée". Une annonce vague et timide au vu de l'urgence épidémique. Le ministre de la Santé, généralement peu apte à la remise en question, craindrait-il qu'une remise en cause de la stratégie de vaccination ne soit perçue comme un aveu d'échec de sa part ?

Restrictions de liberté inconstitutionnelles

Une stratégie de vaccination efficace étant moins intrusive au regard des libertés fondamentales que les restrictions actuelles, le gouvernement a l'obligation de la mettre en oeuvre en priorité (exigence du moyen le moins intrusif). Avec un vaccin efficace à disposition, des restrictions des libertés ne sont plus juridiquement "nécessaires " pour atteindre le but légitime poursuivi, à savoir éviter la saturation des hôpitaux. On pourrait rétorquer que la population ne serait pas motivée à recevoir cette 3e dose. Mais les personnes qui ont fait librement le choix de se vacciner ne s'y opposeraient sans doute pas.

Et le gouvernement dispose d'un argument de poids : conditionner la validité du Covid Safe Ticket à l'administration du rappel, à tout le moins pour les personnes à risque. C'est la solution qu'a choisi la France. Des centaines de milliers de personnes se sont inscrites dans les heures qui ont suivi le discours d'Emmanuel Macron annonçant l'expiration du pass sanitaire au 15 décembre, faute d'obtention d'un rappel du vaccin.

Une approche cohérente avec la vision d'une sortie de crise par la vaccination. Le gouvernement n'a pas été jusqu'au bout de sa logique. Et, une fois de plus, les Belges sont pris en otage. Il est temps de ne plus accepter le yoyo des restrictions sanitaires. Et de donner pleinement et rapidement au vaccin le moyen de nous protéger.

Laurent Hermoye, docteur en sciences médicales.

Références

[1] N. Barda et al., "Effectiveness of a third dose of the BNT162b2 mRNA COVID-19 vaccine for preventing severe outcomes in Israel: an observational study," The Lancet, October 29, 2021.

[2] https://covid-vaccinatie.be

Les décisions du comité de concertation du 17 novembre ont sonné comme une douche froide pour beaucoup de Belges. Retour du masque, de la distanciation sociale, du télétravail. Le vaccin avait pourtant été présenté comme la clé de la sortie de crise. "Pour voir mes proches quand je veux demain, je me vaccine", "Pour une rentrée sereine, je me vaccine" affichait la campagne jemevaccine.be. Cette nouvelle hausse des hospitalisations est-elle un échec du vaccin ou un échec de la stratégie belge de vaccination ?Cinq millions de doses dans les frigosLe vaccin n'est pas parfait, mais il fonctionne. En tout cas pour réduire les formes graves de la maladie et la mortalité. Mais son efficacité s'amenuise au cours du temps. Une diminution progressive de l'immunité que l'on connaît, certes à des intervalles plus longs, pour d'autres vaccins. Pour les personnes les plus à risque, vaccinées en premier, la dernière injection date de plus de 6 mois. Après ce délai, l'immunité induite par la vaccination devient trop faible. L'expérience israélienne montre l'efficacité d'une 3e dose [1]. Mais, à quelques semaines de l'hiver, la Belgique continue à tergiverser. A ce jour, moins de 10% de la population l'a reçu. L'arrivée de la 4e vague aurait dû donner un coup de fouet à cette dose de rappel. Mais toujours pas. Les centres de vaccination tournent au ralenti. Les emblématiques centres de vaccination du Heysel et de l'aéroport de Zaventem ont été fermés. Le 9 juin 2021, près de 200.000 doses avaient été administrées en un jour. A la mi-novembre, on tourne seulement à 40.000 doses en moyenne par jour [2]. Soit cinq fois moins. Plus de 5 millions de doses sont pourtant en stock. Quel est l'intérêt de faire patienter ces doses dans des frigos ? Les six mois de novembre à mai sont justement les plus froids et les plus critiques. Avec son action plus rapide que les injections précédentes, la 3e dose aurait le pouvoir de juguler la vague actuelle et de prévenir la suivante. Dans le graphique de la mortalité Covid de la semaine du 10 au 16 novembre, la tranche d'âge 75-84 passe en tête, en chiffre absolu, alors que la tranche 85+ l'avait toujours été jusqu'à présent. Un chiffre qui coïncide avec la faible couverture de cette tranche d'âge par une vaccination suffisamment récente que pour garantir une haute protection (43 % versus 74% pour la tranche d'âge supérieure [2]). Interpellé au parlement, le ministre de la Santé a déclaré : "Plus de 3.300.000 se feront inviter dans la planification déjà réalisée". Une annonce vague et timide au vu de l'urgence épidémique. Le ministre de la Santé, généralement peu apte à la remise en question, craindrait-il qu'une remise en cause de la stratégie de vaccination ne soit perçue comme un aveu d'échec de sa part ? Restrictions de liberté inconstitutionnellesUne stratégie de vaccination efficace étant moins intrusive au regard des libertés fondamentales que les restrictions actuelles, le gouvernement a l'obligation de la mettre en oeuvre en priorité (exigence du moyen le moins intrusif). Avec un vaccin efficace à disposition, des restrictions des libertés ne sont plus juridiquement "nécessaires " pour atteindre le but légitime poursuivi, à savoir éviter la saturation des hôpitaux. On pourrait rétorquer que la population ne serait pas motivée à recevoir cette 3e dose. Mais les personnes qui ont fait librement le choix de se vacciner ne s'y opposeraient sans doute pas. Et le gouvernement dispose d'un argument de poids : conditionner la validité du Covid Safe Ticket à l'administration du rappel, à tout le moins pour les personnes à risque. C'est la solution qu'a choisi la France. Des centaines de milliers de personnes se sont inscrites dans les heures qui ont suivi le discours d'Emmanuel Macron annonçant l'expiration du pass sanitaire au 15 décembre, faute d'obtention d'un rappel du vaccin. Une approche cohérente avec la vision d'une sortie de crise par la vaccination. Le gouvernement n'a pas été jusqu'au bout de sa logique. Et, une fois de plus, les Belges sont pris en otage. Il est temps de ne plus accepter le yoyo des restrictions sanitaires. Et de donner pleinement et rapidement au vaccin le moyen de nous protéger.Laurent Hermoye, docteur en sciences médicales.Références[1] N. Barda et al., "Effectiveness of a third dose of the BNT162b2 mRNA COVID-19 vaccine for preventing severe outcomes in Israel: an observational study," The Lancet, October 29, 2021. [2] https://covid-vaccinatie.be