An 2020, annus horribilis. Grâce à la politique monétaire très souple des banques centrales, les actions ont poursuivi leur tendance haussière sans trop de difficultés ces 10 dernières années. Mais lors de cet exercice 2020 à nul autre pareil, les Bourses ont été chahutées comme elles ne l'avaient plus été depuis longtemps, rappelant aux investisseurs qu'absence de volatilité ne signifie pas nécessairement absence de risques. Or, comme le rappelle Didier Saint-Georges, membre du comité d'investissement stratégique du gestionnaire de patrimoine français Carmignac, l'objectif des bons vieux fonds mixtes d'actions et d'obligations est justement de maîtriser ces risques.

Finis les rendements de 10%

Dans cet outil d'investissement très classique, les actions sont en quelque sorte le moteur du rendement, dont le compte-tours suit la croissance économique. Quant aux obligations, elles font office d'amortisseurs: leur coupon fixe assure au portefeuille une certaine prévisibilité, voire une relative certitude, tandis qu'elles se valorisent en cas de coup de mou sur les marchés actionnaires.

Ces 40 dernières années, un portefeuille mixte constitué à 60% d'actions américaines et 40% d'obligations tout aussi américaines rapportait en moyenne 10% annuels. C'est aussi la composition standard de nombreux fonds d'épargne-pension dont le pourcentage d'obligations augmente au fur et à mesure qu'approche l'âge de la retraite.

Mais le rendement du portefeuille mixte pourrait être remis en question dans les prochaines décennies. D'abord parce que les taux d'intérêt sont nuls depuis plusieurs années et risquent de le rester encore un moment. Les obligations ne pourront donc plus assurer un apport de revenus stables et sans risques. Ensuite, les valorisations des marchés actionnaires ont atteint de tels sommets que les bénéfices anticipés pour les prochaines années sont moins alléchants que d'habitude.

Mais pas de conclusion hâtive : les fonds mixtes sont encore tout à fait capables de générer de la plus-value et de tempérer les risques, du moins si l'on en croit Didier Saint-Georges.

Nouvel équilibre

Selon le gestionnaire, les interventions des banques centrales en réaction à la crise sanitaire étaient tout à fait compréhensibles. "Elles n'avaient pas le choix. Elles ont fait ce qu'il fallait pour prévenir l'effondrement des marchés financiers et continueront à le faire", assure-t-il. Reste qu'en injectant des quantités phénoménales de liquidités, les banques centrales ont donc non seulement réussi à étouffer la volatilité mais elles ont aussi créé des opportunités pour les gestionnaires de fonds mixtes soucieux de rebalancer leur portefeuille.

En effet, aujourd'hui, le rendement des obligations n'est plus assuré par des titres de créance sans risque donnant droit à des coupons acceptables. "Sur les marchés obligataires, le fossé s'est dès lors creusé entre les titres de créance jugés qualitatifs que tout le monde s'arrache, et donc très onéreux, et les moins bonnes obligations dont personne ne veut et de ce fait très bon marché", constate Didier Saint-Georges. Mais ce fossé est synonyme de potentiel bénéficiaire pour les gestionnaires de fonds, moyennant une analyse de crédit en profondeur. Et l'homme de Carmignac de citer l'exemple d'une obligation cotée à 70% de sa valeur d'émission. "Si après avoir correctement analysé la crédibilité de l'entreprise et son flux de trésorerie, vous êtes convaincu qu'elle sera en mesure de rembourser les créances, il n'y a plus qu'à conserver cette obligation jusqu'à l'échéance pour en tirer un rendement intéressant", raisonne-t-il. Voilà pourquoi, dans la partie obligataire d'un portefeuille mixte, l'évaluation revêt une si grande importance. "Pour gérer les risques dans le contexte actuel, c'est un outil très précieux", confie le gestionnaire.

Penchons-nous maintenant sur le volet "actions". On l'a dit, le portefeuille mixte en comporte aussi. Mais leur stratégie d'approche est exactement à l'inverse de celle adoptée pour les obligations. "Il convient en effet de privilégier les actions qui peuvent sembler coûteuses selon les critères d'appréciation traditionnels, mais au potentiel bénéficiaire prometteur indépendamment de l'évolution de la situation macroéconomique", résume Didier Saint-Georges. Les grandes entreprises technologiques répondent le mieux au profil recherché. Sauf que, selon le Français, il n'est plus question de se contenter d'acquérir la panoplie complète d'actions technologiques du Nasdaq dans l'espoir que l'ensemble du secteur technologique continue à prospérer. Aujourd'hui, il importe d'également sélectionner les actions avec minutie, le cas échéant contrairement à l'avis général, plutôt que de miser sur certains secteurs. Un choix d'actions d'autant plus vaste si la vision du portefeuille se veut mondiale.

"Pareille approche aboutira à un portefeuille constitué, d'une part, d'actions apparemment onéreuses mais de grande qualité et, d'autre part, d'obligations dont personne ne veut mais dans lesquelles vous avez suffisamment confiance, explique le gestionnaire. A mes yeux, c'est la meilleure stratégie pour constituer un fonds mixte en 2021."

Nouvelle incertitude

Pour Didier Saint-Georges, la chute soudaine des marchés financiers en mars dernier a par ailleurs permis de tirer d'autres leçons importantes. "Les corrections ont rarement été aussi brutales, rappelle-t-il. Impossible d'y parer par la simple diversification du portefeuille par différentes catégories d'actifs. Il fallait donc aussi réduire le plus vite possible son exposition à l'ensemble des marchés financiers. C'est la qualité d'un bon gestionnaire de fonds d'investissement, qu'ils soient mixtes et autres, de pouvoir faire preuve de flexibilité dans ces moments-là et, par exemple, décider de sortir rapidement du marché et d'y revenir tout aussi vite après la tempête. Pouvoir implémenter au pied levé sa vision d'investissement dans de telles circonstances est fondamental."

Toujours selon Didier Saint-Georges, la pandémie a en tout cas créé un risque d'un genre nouveau dont les marchés financiers et les investisseurs doivent désormais tenir compte. "L'incertitude a toujours fait partie intégrante des économies et des marchés financiers et cette incertitude a un prix, explique-t-il. Mais celle que l'on connaît actuellement est tout à fait inédite. Et il est tout simplement impossible de l'anticiper en diversifiant son portefeuille sur base des prévisions macroéconomiques habituelles. Dans cette conjoncture, les fonds mixtes constituent donc une bonne solution, mais à condition qu'ils soient suffisamment flexibles."

An 2020, annus horribilis. Grâce à la politique monétaire très souple des banques centrales, les actions ont poursuivi leur tendance haussière sans trop de difficultés ces 10 dernières années. Mais lors de cet exercice 2020 à nul autre pareil, les Bourses ont été chahutées comme elles ne l'avaient plus été depuis longtemps, rappelant aux investisseurs qu'absence de volatilité ne signifie pas nécessairement absence de risques. Or, comme le rappelle Didier Saint-Georges, membre du comité d'investissement stratégique du gestionnaire de patrimoine français Carmignac, l'objectif des bons vieux fonds mixtes d'actions et d'obligations est justement de maîtriser ces risques.Finis les rendements de 10%Dans cet outil d'investissement très classique, les actions sont en quelque sorte le moteur du rendement, dont le compte-tours suit la croissance économique. Quant aux obligations, elles font office d'amortisseurs: leur coupon fixe assure au portefeuille une certaine prévisibilité, voire une relative certitude, tandis qu'elles se valorisent en cas de coup de mou sur les marchés actionnaires.Ces 40 dernières années, un portefeuille mixte constitué à 60% d'actions américaines et 40% d'obligations tout aussi américaines rapportait en moyenne 10% annuels. C'est aussi la composition standard de nombreux fonds d'épargne-pension dont le pourcentage d'obligations augmente au fur et à mesure qu'approche l'âge de la retraite.Mais le rendement du portefeuille mixte pourrait être remis en question dans les prochaines décennies. D'abord parce que les taux d'intérêt sont nuls depuis plusieurs années et risquent de le rester encore un moment. Les obligations ne pourront donc plus assurer un apport de revenus stables et sans risques. Ensuite, les valorisations des marchés actionnaires ont atteint de tels sommets que les bénéfices anticipés pour les prochaines années sont moins alléchants que d'habitude.Mais pas de conclusion hâtive : les fonds mixtes sont encore tout à fait capables de générer de la plus-value et de tempérer les risques, du moins si l'on en croit Didier Saint-Georges.Nouvel équilibreSelon le gestionnaire, les interventions des banques centrales en réaction à la crise sanitaire étaient tout à fait compréhensibles. "Elles n'avaient pas le choix. Elles ont fait ce qu'il fallait pour prévenir l'effondrement des marchés financiers et continueront à le faire", assure-t-il. Reste qu'en injectant des quantités phénoménales de liquidités, les banques centrales ont donc non seulement réussi à étouffer la volatilité mais elles ont aussi créé des opportunités pour les gestionnaires de fonds mixtes soucieux de rebalancer leur portefeuille.En effet, aujourd'hui, le rendement des obligations n'est plus assuré par des titres de créance sans risque donnant droit à des coupons acceptables. "Sur les marchés obligataires, le fossé s'est dès lors creusé entre les titres de créance jugés qualitatifs que tout le monde s'arrache, et donc très onéreux, et les moins bonnes obligations dont personne ne veut et de ce fait très bon marché", constate Didier Saint-Georges. Mais ce fossé est synonyme de potentiel bénéficiaire pour les gestionnaires de fonds, moyennant une analyse de crédit en profondeur. Et l'homme de Carmignac de citer l'exemple d'une obligation cotée à 70% de sa valeur d'émission. "Si après avoir correctement analysé la crédibilité de l'entreprise et son flux de trésorerie, vous êtes convaincu qu'elle sera en mesure de rembourser les créances, il n'y a plus qu'à conserver cette obligation jusqu'à l'échéance pour en tirer un rendement intéressant", raisonne-t-il. Voilà pourquoi, dans la partie obligataire d'un portefeuille mixte, l'évaluation revêt une si grande importance. "Pour gérer les risques dans le contexte actuel, c'est un outil très précieux", confie le gestionnaire.Penchons-nous maintenant sur le volet "actions". On l'a dit, le portefeuille mixte en comporte aussi. Mais leur stratégie d'approche est exactement à l'inverse de celle adoptée pour les obligations. "Il convient en effet de privilégier les actions qui peuvent sembler coûteuses selon les critères d'appréciation traditionnels, mais au potentiel bénéficiaire prometteur indépendamment de l'évolution de la situation macroéconomique", résume Didier Saint-Georges. Les grandes entreprises technologiques répondent le mieux au profil recherché. Sauf que, selon le Français, il n'est plus question de se contenter d'acquérir la panoplie complète d'actions technologiques du Nasdaq dans l'espoir que l'ensemble du secteur technologique continue à prospérer. Aujourd'hui, il importe d'également sélectionner les actions avec minutie, le cas échéant contrairement à l'avis général, plutôt que de miser sur certains secteurs. Un choix d'actions d'autant plus vaste si la vision du portefeuille se veut mondiale. "Pareille approche aboutira à un portefeuille constitué, d'une part, d'actions apparemment onéreuses mais de grande qualité et, d'autre part, d'obligations dont personne ne veut mais dans lesquelles vous avez suffisamment confiance, explique le gestionnaire. A mes yeux, c'est la meilleure stratégie pour constituer un fonds mixte en 2021."Nouvelle incertitudePour Didier Saint-Georges, la chute soudaine des marchés financiers en mars dernier a par ailleurs permis de tirer d'autres leçons importantes. "Les corrections ont rarement été aussi brutales, rappelle-t-il. Impossible d'y parer par la simple diversification du portefeuille par différentes catégories d'actifs. Il fallait donc aussi réduire le plus vite possible son exposition à l'ensemble des marchés financiers. C'est la qualité d'un bon gestionnaire de fonds d'investissement, qu'ils soient mixtes et autres, de pouvoir faire preuve de flexibilité dans ces moments-là et, par exemple, décider de sortir rapidement du marché et d'y revenir tout aussi vite après la tempête. Pouvoir implémenter au pied levé sa vision d'investissement dans de telles circonstances est fondamental."Toujours selon Didier Saint-Georges, la pandémie a en tout cas créé un risque d'un genre nouveau dont les marchés financiers et les investisseurs doivent désormais tenir compte. "L'incertitude a toujours fait partie intégrante des économies et des marchés financiers et cette incertitude a un prix, explique-t-il. Mais celle que l'on connaît actuellement est tout à fait inédite. Et il est tout simplement impossible de l'anticiper en diversifiant son portefeuille sur base des prévisions macroéconomiques habituelles. Dans cette conjoncture, les fonds mixtes constituent donc une bonne solution, mais à condition qu'ils soient suffisamment flexibles."