Nommée Première ministre le 6 septembre, Liz Truss avait mis à peine 17 jours à se mettre les marchés financiers à dos. La faute avant tout à son "mini-budget" présenté le 23 septembre. Les deux mesures phares étaient le gel des factures énergétiques, pour un coût total évalué à 200 milliards de livres sterling, et un vaste plan de réduction d'impôts de 45 milliards de livres, sans financement en contrepartie. Dans un marché déjà surchauffé par l'inflation, cette annonce avait fait décoller les taux et plonger la livre. La Banque d'Angleterre (BoE) avait ainsi été contrainte d'intervenir, incitant même Liz Truss à se débarrasser de son chancelier de l'Echiquier, Kwasi Kwarteng, et de sa réforme fiscale. Les mesures énergétiques aussi avaient été revues à la baisse. Mais cela n'aura pas suffi. Moins de 24 heures après la démission de Suella Braverman, ministre de l'Intérieur, Liz Truss finissait elle aussi par jeter l'éponge, annonçant son départ du 10 Downing Street.
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Nommée Première ministre le 6 septembre, Liz Truss avait mis à peine 17 jours à se mettre les marchés financiers à dos. La faute avant tout à son "mini-budget" présenté le 23 septembre. Les deux mesures phares étaient le gel des factures énergétiques, pour un coût total évalué à 200 milliards de livres sterling, et un vaste plan de réduction d'impôts de 45 milliards de livres, sans financement en contrepartie. Dans un marché déjà surchauffé par l'inflation, cette annonce avait fait décoller les taux et plonger la livre. La Banque d'Angleterre (BoE) avait ainsi été contrainte d'intervenir, incitant même Liz Truss à se débarrasser de son chancelier de l'Echiquier, Kwasi Kwarteng, et de sa réforme fiscale. Les mesures énergétiques aussi avaient été revues à la baisse. Mais cela n'aura pas suffi. Moins de 24 heures après la démission de Suella Braverman, ministre de l'Intérieur, Liz Truss finissait elle aussi par jeter l'éponge, annonçant son départ du 10 Downing Street. Cette volte-face conjuguée aux rachats temporaires d'obligations par la BoE a permis de stabiliser les marchés londoniens. Mais l'épisode a laissé des traces. Les taux britanniques évoluent toujours autour de 4% pour quasiment toutes les échéances, le double d'il y a trois mois. Et la livre sterling végète à proximité de ses plus bas à 1,14 euro, soit une perte de 20% en sept ans. Par rapport au dollar, la dégringolade est même de 35% et la livre est au plus bas depuis 1985. En actualisant les chiffres du dernier Big Mac Index, une méthode d'évaluation des devises basée sur les prix du célèbre hamburger, la sous-évaluation de la livre est de 8% par rapport à l'euro et de 15% vis-à-vis du dollar. La dépréciation de la livre découle notamment des retraits de capitaux par les investisseurs étrangers. Selon l'enquête du mois de septembre de Bank of America auprès de gestionnaires de fonds internationaux, les actions britanniques sont l'actif le plus sous-pondéré parmi les grands marchés financiers mondiaux. Et les gestionnaires limitent aussi leurs positions en obligations britanniques. "Les investisseurs nous disent qu'ils considèrent que le Royaume-Uni n'est tout simplement pas une option envisageable en présence d'un tel chaos gouvernemental", écrivait ainsi Joachim Klement, du gestionnaire d'actifs Liberum Capital, début octobre. Désormais, la situation politique s'est quelque peu éclaircie avec la démission de Liz Truss.Jusqu'à ce week-end, deux candidats se partageaient les faveurs des bookmakers: Rishi Sunak, chancelier de l'Echiquier de 2020 à 2022 et Penny Mordaunt. Cette dernière était peu connue jusqu'à l'été dernier, avant de s'illustrer durant la course au remplacement de Boris Johnson. Mais ses aptitudes en économie et budgétaires restaient incertaines. Le verdict est tombé lundi: c'est Rishi Sunak qui a été choisi par le parti conservateur pour reprendre le poste de Premier ministre. Bénéficiant des faveurs des marchés, l'homme est surtout connu pour ses compétences en économie et son conservatisme budgétaire, ayant notamment averti Liz Truss des conséquences dévastatrices de son mini-budget. Comme le rappelle Azad Zangana, senior european economist chez Schroders, le futur chef de gouvernement aura rapidement fort à faire: Jeremy Hunt, nouveau chancelier de l'Echiquier, doit présenter un budget complet dès le 31 octobre... La semaine dernière, les marchés réagissaient déjà positivement et les premiers chasseurs de bonnes affaires commencent à s'intéresser au Royaume-Uni, à l'image de certains hedge funds. "Je ne peux pas vous dire comment évoluera la livre dans les prochains jours, semaines ou mois, mais au cours des une à trois prochaines années, la livre sera significativement plus élevée par rapport au dollar", a ainsi affirmé Thomas Hayes, président de Great Hill Capital. Stephen Diggle, de Vulpes Investment Management, mise également à nouveau sur la livre, estimant la chute des derniers mois exagérée. "D'une certaine manière, je pense que c'est encore à cause du Brexit... La rapidité avec laquelle les détracteurs du mini-budget, comme Larry Summers (économiste et ancien secrétaire au Trésor américain, Ndlr), ont commencé à parler du Brexit est très révélatrice" et a contribué à ce que les marchés deviennent "irrationnellement négatifs". A court terme, la grande majorité des analystes estiment toutefois que la livre sterling devrait rester volatile. Ils s'attendent ainsi à ce que le changement de cap du gouvernement ait surtout un impact sur les taux. John Higgins, chief market economist de la société de recherche britannique Capital Economics, souligne que "la politique budgétaire sera vraisemblablement plus stricte à l'avenir que ce qui était attendu avant le mini-budget, afin de combler un trou plus important que prévu dans les finances publiques en raison d'une croissance économique plus faible". Or, si le nouveau Premier ministre "veut restaurer la stabilité et mettre en oeuvre le plan budgétaire de Jeremy Hunt, cela signifie que le pic des taux sera plus bas que ce qui est prévu", embraye ainsi Kit Juckes, de la Société Générale. Concrètement, la BoE devrait relever son taux directeur de 2,25% à 3% lors de sa réunion de politique monétaire début novembre. Mais elle pourrait ensuite ralentir. Il y a quelques semaines, les marchés anticipaient que son taux directeur atteindrait jusqu'à 6% l'année prochaine. Aujourd'hui, l'anticipation moyenne a baissé à environ 5%. Des finances publiques plus serrées, le ralentissement de l'économie, une stabilisation de la livre et une accalmie sur le front des prix de l'énergie devraient en effet contribuer à freiner l'inflation qui a atteint 10,1% en septembre au Royaume-Uni. Dans ce contexte, Luke Bartholomew, senior economist chez Abrdn, se montre même plus optimiste. "Nous nous attendons à ce que le taux soit à 4,5% au début de l'année prochaine. La BoE pourrait commencer à baisser ses taux au cours du second semestre de l'année." Ce qui semble d'autant plus plausible que Ben Broadbent, membre de la BoE, s'est inquiété la semaine dernière des conséquences de la remontée des taux sur l'économie. Un tel scénario serait de bon augure pour les marchés britanniques et tout particulièrement les obligations. Les rendements des gilts (obligations souveraines) devraient en effet alors se détendre au cours de l'année prochaine, soutenant les cours. Pour Rishi Mishra, analyste chez Futures First, les récents événements pourraient même avoir un impact "positif à long terme à la fois pour la livre et pour les gilts, car cet épisode rappellera à chaque candidat Premier ministre de ne pas saper la crédibilité du gouvernement en établissant des plans de dépenses farfelus". Concrètement, comment profiter de la stabilisation et des perspectives plus favorables des marchés britanniques pour les prochaines années? Une première option assez simple est d'ouvrir un compte en livres sterling chez votre banquier. Pour obtenir des intérêts, vous devrez probablement opter pour un compte à terme. Toutefois, les frais peuvent être conséquents et les contraintes assez importantes. KBC (Brussels) ne propose par exemple ses comptes en livres que pour des durées inférieures à un an. Dans une perspective d'investissement, les obligations apparaissent plus indiquées. Ce marché étant peu accessible aux particuliers, vous pouvez opter pour un fonds (voir le tableau ci-dessous). Dans un environnement où les taux pourraient plafonner, ce genre de produit qui réinvestit en permanence permet en effet de profiter davantage du futur potentiel redressement des cours. Pour illustrer l'ampleur de tels mouvements (pour des titres à plus long terme), le cours de l'obligation souveraine à 30 ans de référence a chuté de moitié depuis décembre 2021 à la suite de la remontée du rendement d'intérêts de 1% à 3%. L'autre option est de s'intéresser aux Bourses avec deux approches radicalement différentes.La première est de privilégier les grandes entreprises britanniques actives à l'étranger comme GlaxoSmithKline, Unilever, BP, Shell, Diageo ou Rio Tinto. Ces géants sont rassemblés au sein de l'indice FTSE 100 dont les membres réalisent 65% de leur chiffre d'affaires hors du Royaume-Uni, selon Ben Laidler de la plateforme de trading eToro. Mécaniquement, leurs bénéfices sont soutenus par la simple conversion en livres des profits réalisés hors du Royaume-Uni. Un élément que les investisseurs ont commencé à intégrer, le FTSE ayant limité ses pertes à 7% depuis le début de l'année, trois fois moins que la moyenne mondiale. D'autant que les grandes actions britanniques sont bon marché. L'indice MSCI United Kingdom, assez comparable au FTSE 100, affiche ainsi un rendement de dividende de plus de 4% et un rapport cours/bénéfice prévu de 8,6, soit une décote de 38% par rapport à l'indice mondial MSCI World. Pour profiter de ces coupons élevés, vous pouvez notamment opter pour le fonds indiciel coté sur Euronext Amsterdam iShares Core FTSE 100 UCITS (ISIN: IE0005042456 ; ISFA ; frais annuels de 0,07%). La deuxième approche consiste à miser sur une reprise de l'économie britannique, grâce à une accalmie des marchés financiers et la perspective d'un recul de l'inflation et des taux. L'indice le plus indiqué est alors le FTSE 250 qui rassemble globalement les entreprises de taille moyenne. Selon Ben Laidler, les activités à l'étranger ne représentent qu'en moyenne 20% du chiffre d'affaires. Cette stratégie plus risquée est potentiellement plus lucrative alors que le FTSE affiche une chute de 27% depuis le début de l'année. Au sein du FTSE 250, on retrouve notamment des entreprises comme le croisiériste Carnival, le spécialiste du jeu en ligne 888 Holdings, Marks & Spencer, ou de nombreuses sociétés d'investissement immobilières. Pour investir dans le FTSE 250, vous pouvez vous orienter vers l'ETF iShares FTSE 250 UCITS (ISIN: IE00B00FV128, MIDD, frais annuels 0,40%) coté en Bourse de Londres.