La Fondation Abbé Pierre et la Fédération européenne des associations nationales travaillant avec les sans-abri (FEANTSA) ont publié leur rapport "7ème regard sur le mal-logement en Europe 2022". Celui-ci alerte sur la hausse des impayés de loyers, qui mène selon ses auteurs vers un risque d'augmentation du nombre d'expulsions.

Le document souligne que le secteur du logement est dernièrement touché par plusieurs facteurs : la fragilisation des ménages à faibles revenus - aggravée par le Covid -, la flambée inédite des coûts de l'énergie et du carburant, ou encore l'inflation.

Ainsi selon le rapport, entre 2020 et 2021, le poids du logement et des factures courantes (l'eau, l'électricité, le gaz) représentait plus d'un quart (25,7%) des dépenses des ménages, en hausse de 2,2 points en un an.

Hausse des loyers, des coûts de l'eau et de l'énergie

Alors qu'il y a quelques années, la crise financière de 2008 avait fortement fragilisé les ménages, aujourd'hui, c'est donc la pandémie et la guerre en Ukraine - et leur impact sur les coûts de l'énergie et des biens de consommation courante - qui touchent fortement leurs revenus.

Par conséquent, ce sont 6,5% de la population et 15,8% des ménages pauvres qui étaient en retard de paiement de leurs factures courantes dans l'UE en 2020. En Belgique, c'est 3,8% de la population totale et 10,2% des ménages les plus pauvres.

Mais plus spécifiquement, ce sont bel et bien les dépenses en énergie (électricité, gaz et autres combustibles) qui ont augmenté le plus fortement, soit + 29% entre 2010 et 2021. Et rien qu'en un an, entre 2020 et 2021, cette hausse était de 10%.

Selon l'index des prix à la consommation harmonisé présenté dans le rapport, cette augmentation des prix est visible dans tous les Etats membres européens - à l'exception de la Slovaquie, de la République Tchèque et de Malte. Les auteurs précisent que ces hausses sont particulièrement alarmantes en Belgique (+ 26%), en Espagne (+ 26%), en Estonie (+ 22%) et aux Pays-Bas (+ 18%). Des chiffres encore davantage marqués en janvier 2022, ce qui laisse craindre des conséquences plus graves cette année.

Autre élément crucial à cette analyse : la hausse constante des loyers en Europe depuis plus de dix ans, soit + 14% entre 2010 et 2020. Les prix du logement à l'achat n'ont eux aussi pas arrêté d'augmenter depuis 2013, avec un indice de + 26%. Enfin, au 31 décembre 2021, l'indice des prix résidentiels immobiliers dans l'UE s'élevait à 141,74 (100 équivalant à l'année 2015), une hausse de 16% par rapport à fin 2019. En Belgique, ce chiffre est de 129,63.

L'équivalent de 24 millions d'européens menacés d'expulsion

En 2020 dans l'UE, 8,3% des ménages pauvres étaient en retard de paiement de loyer ou d'hypothèque, une part qui a augmenté de 20% entre 2019 et 2020. Un nombre à peu près identique en Belgique (8,7%), enregistrant une hausse de 10% par rapport à 2019. Des chiffres qui pourraient encore augmenter.

Selon une enquête d'Eurofound (Fondation européenne pour l'amélioration des conditions de vie et de travail) menée en ligne durant la pandémie et citée dans le rapport, 5,4% des répondants déclaraient en février ou mars 2021 qu'ils étaient menacés d'expulsion dans les trois mois suivants. Rapporté à la population européenne, cela équivaudrait à 24 millions de personnes menacées par une expulsion locative, soit deux fois la population de la Belgique.

Les auteurs du rapport rappellent qu'au moment de la crise Covid, de nombreux pays ont accordé des moratoires aux personnes en procédure d'expulsion de leur domicile. Deux ans plus tard, la plupart des mesures sont arrivées à leur terme, et les organisations craignent donc une recrudescence des expulsions. Mais cela sera difficile à évaluer, car ces types de données sont absentes dans de nombreux pays.

En Belgique, d'après des estimations datant de 2018, à Bruxelles, 5 000 demandes d'expulsions judiciaires sont introduites chaque année auprès de la justice de paix. Au minimum 600 expulsions forcées en résultent. En Wallonie, les jugements d'expulsion rendus ont augmenté de 5 529 en 2005 à 14 234 en 2012 (+ 180%). Enfin, on estime que 80% de ces expulsions sont prononcées pour raison d'arriérés de loyers.

Une part de la population touchée qui s'élargit

Pour conclure, le rapport de la Fondation Abbé Pierre et la Fédération européenne des associations nationales travaillant avec les sans-abri indique que le problème avec la crise sanitaire, c'est qu'elle a non seulement fragilisé la situation des personnes à faibles revenus, mais également celle des personnes dont le niveau de vie se situait à la limite de la précarité.

Parmi les travailleurs touchés, ce sont les salariés du secteur de la restauration, des services, les petits auto-entrepreneurs, les travailleurs des secteurs culturel et événementiel qui ont été les plus affectés par les impayés de loyers.

"On a vu arriver dans nos permanences des personnes que l'on ne connaissait pas auparavant. Des personnes qui vivaient sans encombre jusqu'à aujourd'hui. La difficulté avec eux, c'est qu'ils ne connaissent pas leurs droits, il faut éviter le non-recours",

indique Siiri Winter, conseillère logement à la Fondation Y spécialisée en prévention des expulsions, citée dans le rapport.

Aurore Dessaigne

La Fondation Abbé Pierre et la Fédération européenne des associations nationales travaillant avec les sans-abri (FEANTSA) ont publié leur rapport "7ème regard sur le mal-logement en Europe 2022". Celui-ci alerte sur la hausse des impayés de loyers, qui mène selon ses auteurs vers un risque d'augmentation du nombre d'expulsions. Le document souligne que le secteur du logement est dernièrement touché par plusieurs facteurs : la fragilisation des ménages à faibles revenus - aggravée par le Covid -, la flambée inédite des coûts de l'énergie et du carburant, ou encore l'inflation. Ainsi selon le rapport, entre 2020 et 2021, le poids du logement et des factures courantes (l'eau, l'électricité, le gaz) représentait plus d'un quart (25,7%) des dépenses des ménages, en hausse de 2,2 points en un an. Alors qu'il y a quelques années, la crise financière de 2008 avait fortement fragilisé les ménages, aujourd'hui, c'est donc la pandémie et la guerre en Ukraine - et leur impact sur les coûts de l'énergie et des biens de consommation courante - qui touchent fortement leurs revenus. Par conséquent, ce sont 6,5% de la population et 15,8% des ménages pauvres qui étaient en retard de paiement de leurs factures courantes dans l'UE en 2020. En Belgique, c'est 3,8% de la population totale et 10,2% des ménages les plus pauvres. Mais plus spécifiquement, ce sont bel et bien les dépenses en énergie (électricité, gaz et autres combustibles) qui ont augmenté le plus fortement, soit + 29% entre 2010 et 2021. Et rien qu'en un an, entre 2020 et 2021, cette hausse était de 10%.Selon l'index des prix à la consommation harmonisé présenté dans le rapport, cette augmentation des prix est visible dans tous les Etats membres européens - à l'exception de la Slovaquie, de la République Tchèque et de Malte. Les auteurs précisent que ces hausses sont particulièrement alarmantes en Belgique (+ 26%), en Espagne (+ 26%), en Estonie (+ 22%) et aux Pays-Bas (+ 18%). Des chiffres encore davantage marqués en janvier 2022, ce qui laisse craindre des conséquences plus graves cette année.Autre élément crucial à cette analyse : la hausse constante des loyers en Europe depuis plus de dix ans, soit + 14% entre 2010 et 2020. Les prix du logement à l'achat n'ont eux aussi pas arrêté d'augmenter depuis 2013, avec un indice de + 26%. Enfin, au 31 décembre 2021, l'indice des prix résidentiels immobiliers dans l'UE s'élevait à 141,74 (100 équivalant à l'année 2015), une hausse de 16% par rapport à fin 2019. En Belgique, ce chiffre est de 129,63.En 2020 dans l'UE, 8,3% des ménages pauvres étaient en retard de paiement de loyer ou d'hypothèque, une part qui a augmenté de 20% entre 2019 et 2020. Un nombre à peu près identique en Belgique (8,7%), enregistrant une hausse de 10% par rapport à 2019. Des chiffres qui pourraient encore augmenter.Selon une enquête d'Eurofound (Fondation européenne pour l'amélioration des conditions de vie et de travail) menée en ligne durant la pandémie et citée dans le rapport, 5,4% des répondants déclaraient en février ou mars 2021 qu'ils étaient menacés d'expulsion dans les trois mois suivants. Rapporté à la population européenne, cela équivaudrait à 24 millions de personnes menacées par une expulsion locative, soit deux fois la population de la Belgique.Les auteurs du rapport rappellent qu'au moment de la crise Covid, de nombreux pays ont accordé des moratoires aux personnes en procédure d'expulsion de leur domicile. Deux ans plus tard, la plupart des mesures sont arrivées à leur terme, et les organisations craignent donc une recrudescence des expulsions. Mais cela sera difficile à évaluer, car ces types de données sont absentes dans de nombreux pays. En Belgique, d'après des estimations datant de 2018, à Bruxelles, 5 000 demandes d'expulsions judiciaires sont introduites chaque année auprès de la justice de paix. Au minimum 600 expulsions forcées en résultent. En Wallonie, les jugements d'expulsion rendus ont augmenté de 5 529 en 2005 à 14 234 en 2012 (+ 180%). Enfin, on estime que 80% de ces expulsions sont prononcées pour raison d'arriérés de loyers.Pour conclure, le rapport de la Fondation Abbé Pierre et la Fédération européenne des associations nationales travaillant avec les sans-abri indique que le problème avec la crise sanitaire, c'est qu'elle a non seulement fragilisé la situation des personnes à faibles revenus, mais également celle des personnes dont le niveau de vie se situait à la limite de la précarité. Parmi les travailleurs touchés, ce sont les salariés du secteur de la restauration, des services, les petits auto-entrepreneurs, les travailleurs des secteurs culturel et événementiel qui ont été les plus affectés par les impayés de loyers.Aurore Dessaigne