Sur fond d'informations rassurantes sur l'efficacité des vaccins contre le Covid-19, le Bel 20 a gagné 20,5% le mois dernier. Novembre 2020 est ainsi devenu le meilleur mois de l'histoire de l'indice créé en 1991. Mais le Bel 20 reste toujours 8% sous son niveau du début d'une année boursière chahutée par la pandémie.

UCB, plus grande entreprise pharmaceutique du principal indice belge, a vu sa valeur augmenter d'un quart par rapport au début 2020. le groupe compte parmi les nombreuses entreprises qui ont aidé notre pays à fortement accroître la capacité de test des laboratoires en peu de temps, même si ce n'est naturellement pas sa principale source de revenus.

Quant aux deux autres actions biotechnologiques du Bel 20, elles affichent des performances très disparates. Galapagos a ainsi subi une forte correction en août dernier quand la FDA, l'agence américaine des médicaments, a considéré que le filgotinib, un médicament contre le rhumatisme, n'était pas mûr pour une approbation. Certes, la commercialisation du médicament a entre-temps été approuvée au Japon et en Europe, mais le marché américain reste le plus grand pour les médicaments et celui où les prix sont les plus élevés. L'action a perdu plus de 40% de sa valeur en 2020. Ce n'est peut-être qu'un simple contretemps mais le temps, c'est de l'argent, y compris dans la biotechnologie.

Gilead, le partenaire de Galapagos qui devait vendre le filgotinib aux Etats-Unis, a été encore plus lourdement sanctionné, malgré l'approbation du remdesivir, son médicament très controversé. Celui-ci n'est pas un médicament miracle, mais certains scientifiques lui attribuent un effet positif sur la durée d'hospitalisation des patients souffrant du Covid.

La cerise sur le gâteau d'Argenx

Argenx a par contre gagné plus de 60% en 2020. "L'entreprise respecte son tableau de marche avec l'efgartigimod, un médicament utilisé dans le traitement de la myasthénie grave, une maladie rare des muscles", explique Jean-Marie Van Brussel, un des moteurs de Biotech Fan Investment Club, la plateforme flamande d'investissement dans le secteur des sciences de la vie. Argenx espère pouvoir commercialiser son médicament sur le marché américain en 2021.

Cerise sur le gâteau : l'entreprise est également impliquée dans une étude liée au Covid-19. Argenx pense que le médicament qu'elle a développé contre les maladies auto-immunes peut contribuer à préserver le système immunitaire de personnes souffrant de Covid-19. Le zilucoplan, un médicament contre la myasthénie grave d'UCB, est également testé pour freiner l'inflammation des poumons et la formation de caillots sanguins.

"Les investisseurs en biotechnologies ont intérêt à privilégier des entreprises disposant d'une vaste plateforme de médicaments, prévient Jean-Marie Van Brussel. Comme cela, l'échec d'un de leurs programmes ne leur sera pas fatal. Aux premiers stades de développement, les CEO sont toujours enthousiastes sur leurs produits. Mais seul un très petit pourcentage d'entre eux atteint la ligne d'arrivée", rappelle-t-il.

54 études sur des médicaments liés au Covid en Europe

En mars dernier, Jean-Marie Van Brussel et d'autres membres du club d'investissement se sont lancés sur la piste des entreprises actives dans la recherche liée au nouveau coronavirus. "Nous avons pu en identifier une vingtaine mais nous avons décidé de ne pas y investir, explique-t-il. Nombreux sont ceux qui sauteraient dessus mais le risque d'échec est trop grand. Nous avons peur de payer trop cher."

Aujourd'hui, les entreprises européennes qui ont établi des programmes de recherche sur le Covid-19 sont trois fois plus nombreuses. Sur le site spécialisé Biotechradar.eu, nous avons repéré 54 études, dont celles des sociétés belges Argenx, Bone Therapeutics et Mithra.

L'entreprise néerlandaise Kiadis Pharma, qui a une deuxième cotation à Bruxelles, figure également sur cette liste. Kiadis doit cependant son énorme appréciation à l'offre lancée par le groupe français Sanofi début novembre. "Autour de l'an 2000, les grands groupes pharmaceutiques développaient encore 85% de nouveaux médicaments, se remémore Jean-Marie Van Brussel. Aujourd'hui, c'est environ la moitié. Elles préfèrent désormais conclure des partenariats avec des entreprises biotechnologiques plus modestes ou procéder à des acquisitions ciblées."

Fin juin, selon son rapport annuel, le fonds Candriam Equities L Biotechnology possédait plusieurs grands acteurs de la lutte contre le Covid en portefeuille, comme le producteur de vaccins Moderna et BioNTech et les producteurs de médicaments Gilead et Regeneron. Cette dernière entreprise est connue pour le cocktail d'anticorps qu'a vanté le président américain Donald Trump. Elle représentait même plus de 5% du portefeuille fin juin. Mais comme le rappelle Rudi Van Den Eynde, le gestionnaire du fonds, les entreprises ne gagnent pas grand-chose sur les vaccins. ".Nous parlons de 10 à 15 euros par dose. Pour générer un chiffre d'affaires de 10 milliards d'euros, il faut donc vacciner 1 milliard de personnes." A comparer avec les médicaments contre le cancer, dont certains jusqu'à coûtent 10.000 dollars par mois...

Le cancer plutôt que le Covid...

Et Rudi Van Den Eynde d'insister : il n'y a pas que le Covid-19. "Le médicament le plus vendu au monde est un produit contre le cancer. Vous savez, de nombreuses recherches sur les médicaments et les traitements se sont poursuivies en 2020. Les conférences médicales sur le cancer et les maladies orphelines se déroulent désormais par écrans interposés, mais elles ont toujours lieu. Le grand public est exclusivement focalisé sur le Covid-19 mais ce n'est certainement pas le cas des médecins, scientifiques et investisseurs spécialisés. Et il ne manque pas de financement pour d'autres syndromes."

En tout cas, il ne manque pas de capitaux pour la recherche légale. Les introductions en Bourse d'entreprises biotechnologique le démontrent. Le Nasdaq, le marché américain des valeurs technologiques, a par exemple accueilli plus de nouvelles 70 entreprises rien que cette année. On n'avait plus recensé autant d'introductions en Bourse depuis 2014 et 2015, l'âge d'or de la biotechnologie. "Et ces entrées en Bourse sont surtout intervenues en dehors de la sphère du corona", remarque Rudi Van Den Eynde. Qui ajoute que le grand public sous-estime souvent le coût du développement de nouveaux médicaments.

"La toute grande majorité des médicaments en développement n'arrivent jamais sur le marché, rappelle à son tour le gestionnaire de Candriam. On critique souvent les prix élevés de certains médicaments pour les maladies rares, mais il faut amortir les frais de développement. Les entreprises ne peuvent facturer des prix élevés que pendant une brève période, avant l'expiration du brevet. Des prix des médicaments trop bas freineraient l'innovation."

Bien vu

A Bruxelles, nous n'avons assisté qu'à une seule IPO (initial public offering) cette année : celle d'Hyloris, l'entreprise de Stijn Van Rompay qui a notamment gagné ses galons avec Docpharma. "C'est une entreprise qui n'invente rien, mais cherche à améliorer des technologies existantes. C'est très bien vu", sourit Rudi Van Brussel, qui souligne par ailleurs qu'une autre entreprise belge, iTeos Therapeutics, a décroché cette année une première cotation, mais sur le Nasdaq. Basée à Charleroi, dans le Biopark de Gosselies, iTeos est active dans l'immunothérapie.

Les biotechs à Bruxelles

Evolution du cours en 2020Rendement annuel sur cinq ans
Kiadis Pharma164,8%-14,9%
Argenx63,6%88,9%
Genkyotex39,9%-45,6%
Sequana Medical13,4%-
Hyloris*-5,3%-
MDxHealth-13,5%-25,0%
Biocartis-14,2%-16,5%
Mithra-14,3%17,1%
Bone Therapeutics-15,5%-30,5%
Celyad-15,8%-28,6%
ASIT Biotech-35,4%-50,5%
Galapagos-43,6%18,6%

*Rendement depuis l'entrée en Bourse en juillet 2020.

Sur fond d'informations rassurantes sur l'efficacité des vaccins contre le Covid-19, le Bel 20 a gagné 20,5% le mois dernier. Novembre 2020 est ainsi devenu le meilleur mois de l'histoire de l'indice créé en 1991. Mais le Bel 20 reste toujours 8% sous son niveau du début d'une année boursière chahutée par la pandémie.UCB, plus grande entreprise pharmaceutique du principal indice belge, a vu sa valeur augmenter d'un quart par rapport au début 2020. le groupe compte parmi les nombreuses entreprises qui ont aidé notre pays à fortement accroître la capacité de test des laboratoires en peu de temps, même si ce n'est naturellement pas sa principale source de revenus. Quant aux deux autres actions biotechnologiques du Bel 20, elles affichent des performances très disparates. Galapagos a ainsi subi une forte correction en août dernier quand la FDA, l'agence américaine des médicaments, a considéré que le filgotinib, un médicament contre le rhumatisme, n'était pas mûr pour une approbation. Certes, la commercialisation du médicament a entre-temps été approuvée au Japon et en Europe, mais le marché américain reste le plus grand pour les médicaments et celui où les prix sont les plus élevés. L'action a perdu plus de 40% de sa valeur en 2020. Ce n'est peut-être qu'un simple contretemps mais le temps, c'est de l'argent, y compris dans la biotechnologie.Gilead, le partenaire de Galapagos qui devait vendre le filgotinib aux Etats-Unis, a été encore plus lourdement sanctionné, malgré l'approbation du remdesivir, son médicament très controversé. Celui-ci n'est pas un médicament miracle, mais certains scientifiques lui attribuent un effet positif sur la durée d'hospitalisation des patients souffrant du Covid.La cerise sur le gâteau d'ArgenxArgenx a par contre gagné plus de 60% en 2020. "L'entreprise respecte son tableau de marche avec l'efgartigimod, un médicament utilisé dans le traitement de la myasthénie grave, une maladie rare des muscles", explique Jean-Marie Van Brussel, un des moteurs de Biotech Fan Investment Club, la plateforme flamande d'investissement dans le secteur des sciences de la vie. Argenx espère pouvoir commercialiser son médicament sur le marché américain en 2021.Cerise sur le gâteau : l'entreprise est également impliquée dans une étude liée au Covid-19. Argenx pense que le médicament qu'elle a développé contre les maladies auto-immunes peut contribuer à préserver le système immunitaire de personnes souffrant de Covid-19. Le zilucoplan, un médicament contre la myasthénie grave d'UCB, est également testé pour freiner l'inflammation des poumons et la formation de caillots sanguins."Les investisseurs en biotechnologies ont intérêt à privilégier des entreprises disposant d'une vaste plateforme de médicaments, prévient Jean-Marie Van Brussel. Comme cela, l'échec d'un de leurs programmes ne leur sera pas fatal. Aux premiers stades de développement, les CEO sont toujours enthousiastes sur leurs produits. Mais seul un très petit pourcentage d'entre eux atteint la ligne d'arrivée", rappelle-t-il.54 études sur des médicaments liés au Covid en EuropeEn mars dernier, Jean-Marie Van Brussel et d'autres membres du club d'investissement se sont lancés sur la piste des entreprises actives dans la recherche liée au nouveau coronavirus. "Nous avons pu en identifier une vingtaine mais nous avons décidé de ne pas y investir, explique-t-il. Nombreux sont ceux qui sauteraient dessus mais le risque d'échec est trop grand. Nous avons peur de payer trop cher."Aujourd'hui, les entreprises européennes qui ont établi des programmes de recherche sur le Covid-19 sont trois fois plus nombreuses. Sur le site spécialisé Biotechradar.eu, nous avons repéré 54 études, dont celles des sociétés belges Argenx, Bone Therapeutics et Mithra. L'entreprise néerlandaise Kiadis Pharma, qui a une deuxième cotation à Bruxelles, figure également sur cette liste. Kiadis doit cependant son énorme appréciation à l'offre lancée par le groupe français Sanofi début novembre. "Autour de l'an 2000, les grands groupes pharmaceutiques développaient encore 85% de nouveaux médicaments, se remémore Jean-Marie Van Brussel. Aujourd'hui, c'est environ la moitié. Elles préfèrent désormais conclure des partenariats avec des entreprises biotechnologiques plus modestes ou procéder à des acquisitions ciblées."Fin juin, selon son rapport annuel, le fonds Candriam Equities L Biotechnology possédait plusieurs grands acteurs de la lutte contre le Covid en portefeuille, comme le producteur de vaccins Moderna et BioNTech et les producteurs de médicaments Gilead et Regeneron. Cette dernière entreprise est connue pour le cocktail d'anticorps qu'a vanté le président américain Donald Trump. Elle représentait même plus de 5% du portefeuille fin juin. Mais comme le rappelle Rudi Van Den Eynde, le gestionnaire du fonds, les entreprises ne gagnent pas grand-chose sur les vaccins. ".Nous parlons de 10 à 15 euros par dose. Pour générer un chiffre d'affaires de 10 milliards d'euros, il faut donc vacciner 1 milliard de personnes." A comparer avec les médicaments contre le cancer, dont certains jusqu'à coûtent 10.000 dollars par mois... Le cancer plutôt que le Covid...Et Rudi Van Den Eynde d'insister : il n'y a pas que le Covid-19. "Le médicament le plus vendu au monde est un produit contre le cancer. Vous savez, de nombreuses recherches sur les médicaments et les traitements se sont poursuivies en 2020. Les conférences médicales sur le cancer et les maladies orphelines se déroulent désormais par écrans interposés, mais elles ont toujours lieu. Le grand public est exclusivement focalisé sur le Covid-19 mais ce n'est certainement pas le cas des médecins, scientifiques et investisseurs spécialisés. Et il ne manque pas de financement pour d'autres syndromes."En tout cas, il ne manque pas de capitaux pour la recherche légale. Les introductions en Bourse d'entreprises biotechnologique le démontrent. Le Nasdaq, le marché américain des valeurs technologiques, a par exemple accueilli plus de nouvelles 70 entreprises rien que cette année. On n'avait plus recensé autant d'introductions en Bourse depuis 2014 et 2015, l'âge d'or de la biotechnologie. "Et ces entrées en Bourse sont surtout intervenues en dehors de la sphère du corona", remarque Rudi Van Den Eynde. Qui ajoute que le grand public sous-estime souvent le coût du développement de nouveaux médicaments."La toute grande majorité des médicaments en développement n'arrivent jamais sur le marché, rappelle à son tour le gestionnaire de Candriam. On critique souvent les prix élevés de certains médicaments pour les maladies rares, mais il faut amortir les frais de développement. Les entreprises ne peuvent facturer des prix élevés que pendant une brève période, avant l'expiration du brevet. Des prix des médicaments trop bas freineraient l'innovation."Bien vuA Bruxelles, nous n'avons assisté qu'à une seule IPO (initial public offering) cette année : celle d'Hyloris, l'entreprise de Stijn Van Rompay qui a notamment gagné ses galons avec Docpharma. "C'est une entreprise qui n'invente rien, mais cherche à améliorer des technologies existantes. C'est très bien vu", sourit Rudi Van Brussel, qui souligne par ailleurs qu'une autre entreprise belge, iTeos Therapeutics, a décroché cette année une première cotation, mais sur le Nasdaq. Basée à Charleroi, dans le Biopark de Gosselies, iTeos est active dans l'immunothérapie. Les biotechs à Bruxelles*Rendement depuis l'entrée en Bourse en juillet 2020.